Homélie du vingt-troisième dimanche du temps ordinaire A, Roubaix, paroisse Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld église Saint-François 5 et 6 septembre 2026.

À première vue, voici des indications pour bien vivre ensemble, l’exigence de s’intéresser à ce que vive les frères et sœurs dans la foi. Cela peut nous sembler curieux : Après tout, chacun ses problèmes !  L’examen de conscience est quelque chose de très personnel. Il se joue dans la relation intime avec Dieu, comme cela se manifeste dans le sacrement de réconciliation. Ici, il en va tout autrement. Chaque croyant est invité à se préoccuper de ses frères et de ses sœurs, à les guider s’ils ont péché envers lui. L’exigence de réconciliation devient un enjeu communautaire. Cela se vit au sein des communautés monastiques où le soir les frères ou les sœurs reconnaissent leurs fautes et demandent pardon s’ils ont blessé l’un ou l’autre.  Mais il me semble que nous n’avons pas pris la mesure de ce qui se joue. Déjà le prophète Ezékiel, notre première lecture,  avait reçu de Dieu cette mission de dénoncer le péché du peuple et de l’inviter à la conversion. Réfléchissons bien. Le salut n’est pas une affaire individuelle. Il ne s’agit pas de sauver son âme. Il s’agit d’avancer vers le Royaume que Dieu nous donne, de nous ajuster au projet d’amour, de justice et de paix de Dieu, comme le manifeste la communion eucharistique. Nous avançons ensemble vers la même table sainte qui préfigure la table des noces entre Dieu et l’humanité même si nous sommes parfois juxtaposés les uns aux autres dans l’assemblée et que beaucoup sont seuls. L’aventure que nous vivons dans la foi est une aventure communautaire. C’est ensemble que nous écoutons la Parole, ensemble que nous entrons dans l’action de grâce du Christ et participons au mystère de Pâques avec lui. Ensemble, dans la diversité de nos personnalités, de nos histoires, dans l’ancienneté ou l’intensité de notre appartenance à l’Eglise. Nous célébrons l’eucharistie pour la gloire de Dieu et le salut du monde, pas seulement notre salut personnel, le salut du monde ! C’est le sens de notre prière universelle. C’est le sens de la prière eucharistique qui s’unit à toute l’Eglise, au Pape et aux évêques du monde entier, qui embrasse dans une même prière les vivants et les morts, ceux qui sont déjà au ciel, les saints et ceux qui sont encore en chemin, nous-mêmes. 

Frères et sœurs comprenez bien : au-delà des conseils que Jésus nous donne, l’enjeu, c’est de penser la foi comme une aventure communautaire. C’est prendre conscience que le salut concerne toute l’humanité que Dieu chérit chacun de nos frères en humanité, croyant ou non. L’un d’entre vous me partageait hier son étonnement que l’Eglise ne s’implique pas dans le soin des personnes victimes de la drogue pour les libérer de ce fléau. Nous pourrions en dire autant de bien des défis auxquels notre humanité est confrontée. La foi ne nous conduit pas à vivre en dehors de la complexité du monde. Elle nous invite au contraire à travers nos professions, nos engagements, nos initiatives, à favoriser la fraternité et la justice en vue du Royaume de Dieu. En ce début d’année, interrogeons-nous sur la vitalité de notre paroisse, notre implication pour que la vie communautaire se développe, pour que les nouveaux venus soient accueillis, que les catéchumènes soient accompagnés par des témoins, que les personnes qui souffrent de solitude puissent trouver des espaces de convivialité, comme les repas paroissiaux que nous avons initiés l’an dernier. Demandons-nous de quels talents, de quels dons nous disposons, et comment nous pouvons les mettre au service de cette vie communautaire, pour que la paroisse reflète le projet de Dieu, qu’elle soit un signe dans la ville. Tout récemment, une habitante de Roubaix impliquée dans la vie sociale et le monde de la formation me disait combien elle avait apprécié notre assemblée, son côté ouvert, cosmopolite, joyeux et alors qu’elle se pose des questions sur la foi, elle y voyait un signe qui l’invitait à revenir. Peut-être se trouve-t-elle parmi nous aujourd’hui, je ne sais. J’étais en tout cas touché par son témoignage. Et je vous remercie chacun et chacune pour la contribution que vous apportez à la vie communautaire, mais en écoutant l’évangile d’aujourd’hui, je réalise combien nous avons encore de progrès à faire pour donner le goût de l’évangile et manifester davantage la proximité du règne de Dieu.

Je conclus en reprenant les mots de Saint Paul dans la lettre aux Romains, « nous n’avons pas d’autre dette les uns envers les autres que la dette de l’amour mutuel, car l’amour accomplit la Loi » (cf Rm13,8-10). Demandons à l’Esprit Saint de nous inspirer les initiatives qui contribueront à la croissance de cet amour mutuel et au témoignage que nous donnerons. Qu’il nous libère de notre timidité et de notre prudence et nous donne l’audace d’aimer comme Jésus qui a donné sa vie pour nous. « Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux et s’ils s’accordent sur une même prière, celle-ci sera exaucée. » ( cf Mt18,19-20) Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 21ème dimanche du temps ordinaire A, Roubaix Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église du Sacré-Cœur, 22 et 23 août 2026.

Voilà un passage célèbre qui fonde l’autorité de Pierre comme pierre de fondation de l’Eglise et scelle celles des papes, successeurs de Pierre sur le siège de Rome. D’autorité, il en était aussi question dans la première lecture du livre d’Isaïe, laquelle décrit ce qu’on appellerait aujourd’hui un coup d’état. Eliakim, reçoit le pouvoir des clés sur Jérusalem et la maison de Juda. Jésus reprend la même expression mais cette fois ce sont les clés du royaume des Cieux que Pierre détient et avec lui toute l’Eglise, laquelle reçoit la promesse de résister à la mort : « la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ». 

Le ministère de Pierre, la mission de l’Eglise, les clés du royaume des Cieux. Très bien, mais avez-vous noté ce qui précède la déclaration de Jésus à Pierre ? C’est la réponse de Simon-Pierre à la question de Jésus : « Pour vous qui suis-je ? » Auparavant, Jésus avait demandé à ses disciples : « Pour les gens qui suis-je ? » et les réponses ont fusées : Jean-Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Les contemporains de Jésus n’ont pas manqué de remarquer sa qualité de prophète, c’est-à-dire d’envoyé de Dieu, d’homme qui regarde le monde avec les yeux de Dieu et ne cesse d’annoncer la promesse de Dieu tout en dénonçant ce qui s’y oppose. De ce fait, les prophètes ne se font pas que des amis. Jérémie a beaucoup souffert, Élie de même. Ne parlons pas de Jean Baptiste qui finit décapité.

Après avoir questionné les disciples sur ce que les gens pensaient de lui, Jésus leur pose directement la question : « Pour vous qui suis-je ? » et c’est Simon-Pierre qui répond : « Tu es le Christ le fils de Dieu vivant. Christ c’est devenu le titre de Jésus presque un nom propre n’oublions pas ce que cela signifie : Messie en hébreu, Christ en grec. Mot à mot celui qui a reçu l’onction celui qui a été choisi par Dieu, élu de Dieu. Le messie, c’est celui qui est promis par Dieu depuis des siècles à son peuple Israël, pour que tout le peuple vive en alliance avec Dieu, pour que tout le peuple réalise la promesse messianique : celle d’être vraiment le peuple de Dieu. La réponse de Simon-Pierre est tellement juste que Jésus ne lui attribue pas mais l’attribue à Dieu lui-même qui lui a suggéré : « C’est mon Père qui t’a révélé cela et non la chair et le sang. » Autrement-dit : tu ne l’as pas dit de toi-même c’est le Père qui te l’a suggéré. La réponse est magnifique. Elle fonde l’autorité que Pierre va recevoir sur l’Eglise et le pouvoir des clés. A vrai dire ce pouvoir des clés n’est pas seulement attribué à Pierre mais à toute l’Eglise chargée d’annoncer le Royaume des cieux et d’être témoin en ce monde de l’amour miséricordieux du Père pour que tous les hommes puissent vivre de la vie de Dieu. Remarquez bien que Jésus va demander aux disciples de ne rien dire à personne de son identité de Christ. En effet, il ne sera pas Christ, Messie, comme les gens s’y attendent. Il sera un messie humilié, le serviteur qui va s’abaisser jusqu’à la souffrance de la croix. Et cela, même les apôtres peineront à le comprendre et le même Simon Pierre qui vient de reconnaître Jésus comme Christ s’entendra dire : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes », lorsque il voudra épargner la croix à son maître.

Par le baptême, nous sommes associés au Christ nous devenons membres du corps du Christ nous participons à sa dignité de fils de Dieu. Nous sommes nous-aussi choisis par Dieu pour annoncer au monde la merveilleuse vocation de participer à la vie divine, d’entrer dans la confiance de Jésus envers son Père et de nous laisser transformer par l’Esprit Saint. Nous devenons le peuple choisi par Dieu, la nation sainte, chargée d’annoncer la victoire de l’amour, le passage des ténèbres à la lumière. C’est la mission de toute l’Eglise que Pierre est chargé de guider et avec lui les évêques et leurs collaborateurs, les prêtres et les diacres. 

N’oublions pas que cette mission de l’Eglise découle de la reconnaissance de Jésus comme Christ et Seigneur. Revenons toujours au fondement. Interrogeons-nous sur notre lien personnel au Christ Jésus, la place qu’il occupe dans notre vie, la manière dont il façonne notre manière d’être, dont il guide notre prière. Comment l’eucharistie renouvelle notre foi et l’enracine dans le mystère de Pâques, le mystère d’une vie reçue du Père et offerte en sacrifice agréable à Dieu Alors que la rentrée approche, questionnons-nous sur les moyens que nous prenons pour nourrir notre foi et en témoigner autour de nous. Comment contribuons-nous à la vitalité de l’Eglise ? Quelle part prenons-nous dans son dynamisme, dans sa capacité d’accueillir les candidats au baptême, à la confirmation et à la communion ? Alors que notre archevêque invite tout le diocèse à réfléchir à une réorganisation pastorale, que l’Esprit Saint nous guide dans les choix que nous prendrons et nous permette de les tenir dans la durée, quelles que soient nos capacités et notre disponibilité. Amen. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour l’assomption de la Vierge Marie, 15 août 2026, Paroisse Saint-Martin de Roubaix

La popularité du 15 août ne se dément pas. Beaucoup, et vous en êtes, viennent vénérer la Vierge Marie et célébrer sa montée au Ciel. Même si l’Eglise a mis du temps pour officialiser l’assomption de Marie et la déclarer comme dogme en 1950, voilà des siècles que le peuple chrétien fête la mère de Dieu entrée dans la gloire de son Fils ressuscité, accueillie au Ciel dans la communion de la Sainte Trinité. Certes la Bible n’en dit rien, ce qui peut incommoder nos frères protestants, mais très vite, les chrétiens ont pressenti que celle qui avait donné naissance au Sauveur ne pouvait pas être privée de la compagnie de son Fils après sa mort terrestre. Ainsi, on a parlé de la dormition de la Vierge, puis de sa glorification ou de son assomption au Ciel, avec son corps et son âme, c’est-à-dire tout entière, puisque c’est en son sein que le Verbe de Dieu a pris chair de notre humanité. J’aime bien aussi les représentations de Marie couronnée par son Fils. Elle est reine dans le Royaume de Dieu. 

Si la Vierge Marie occupe une si grand place dans la foi des catholiques et de nos frères d’Orient, ce n’est pas seulement en raison du rôle éminent qu’elle a joué dans l’histoire du salut, c’est aussi parce qu’elle est la première de notre humanité à être entrée pleinement dans la gloire de Dieu. Elle nous montre le chemin. Elle nous indique vers où aller. Avec elle, nous désirons le Ciel. Avec elle, nous marchons vers la Jérusalem d’En-Haut, la véritable patrie dans laquelle nous partagerons la gloire de Dieu et vivrons pleinement de sa vie. Marie nous fait aimer le Ciel. Le Ciel, non pas comme une évasion ou un rêve qui nous console des affres de ce bas monde, non, mais comme l’accomplissement de l’alliance avec Dieu, la pleine réalisation du Règne de Dieu. Or, Jésus ne cesse de prêcher sur le Royaume. Il multiplie les paraboles pour dévoiler son mystère. Il le signifie au travers de ces attitudes et de sa manière d’être. En lui et autour de lui le Royaume prend corps et Marie ne s’y trompe pas qui dès la visitation à sa cousine Elisabeth chante la victoire de l’amour, la puissance de la miséricorde qui relève les humbles et comble de bien les affamés (Lc1,52.53)

Puissions-nous avec la Vierge Marie désirer ardemment le Ciel. Puissions-nous, comme elle, laisser la grâce de Dieu agir en nous pour que nous mettions en œuvre la promesse de Dieu et que le Règne de Dieu vienne en nous et autour de nous. Que Marie intercède pour nous, pauvres pécheurs. Qu’elle nous entraîne sur le chemin de la foi. Qu’elle nous encourage lorsque les tempêtes et les vents contraires semblent démentir l’espérance qui nous habite. Loin de nous désengager, la perspective de la gloire de Dieu dans laquelle elle vit déjà, doit nous stimuler ici-bas à correspondre toujours davantage à notre vocation d’enfants de Dieu et de citoyens du Ciel. Amen. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, églises Saint-Vincent-de-Paul et Saint-Joseph, Roubaix, 18 et 19 juillet 2026.

Comme nous aimerions bien vivre dans un monde parfait, ne plus connaître les injustices et les guerres, les souffrances et les blessures ! Comme nous aimerions connaître un monde sans violence et sans haine ! Comme nous aimerions connaître le paradis sur terre ! Et pour cela nous serions prêts à donner notre confiance à tel ou tel candidat qui promet d’éradiquer le mal jusqu’à la racine, faire place nette et promouvoir une société de purs en éliminant tous ceux qui dérogent au projet. Comme cela est tentant ! Et pourtant toutes les tentatives de ce type ont conduit à des catastrophes bien pires encore que celles qu’elles prétendaient éviter. De tels projets n’ont pas manqué et se reproduisent régulièrement sous des formes diverses, plus ou moins explicites. 

L’Eglise a toujours marqué sa distance avec les prétentions de ce type. Dans sa sagesse, elle a compris depuis longtemps qu’aucun régime politique ne pouvait réaliser le Royaume de Dieu sur terre : « Ma royauté n’est pas de ce monde » (Jn18,36), disait Jésus à Pilate lors de l’interrogatoire qu’il subissait avant sa passion. Et pourtant, Jésus n’a cessé d’annoncer le Royaume, un Royaume caché, presque invisible comme la graine de moutarde ou le levain dans la pâte. Un Royaume déjà-là et pas encore réalisé sinon en lui, l’homme parfaitement accordé à Dieu. Un Royaume qui se repère à de multiples signes annoncés par les prophètes. Un Royaume manifesté au matin de Pâques lorsque l’amour a triomphé de la haine, lorsque la mort a été vaincue et le péché définitivement anéanti par la puissance de la miséricorde qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Depuis le matin de Pâques, nous savons que le Royaume des Cieux n’est pas une vaine utopie mais la réalité d’une vie vécue en pleine communion avec Dieu le Père, d’une vie transfigurée par l’Esprit Saint. C’est ainsi que nous cheminons dans l’espérance, en acceptant que le bon grain cohabite avec l’ivraie, en reconnaissant que nous sommes pécheurs, bien loin de la perfection à laquelle Jésus nous appelle : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt5,48). Nous savons qu’il y a encore du travail pour que cela se réalise, un travail de conversion des cœurs et de transformation sociale, un travail jamais achevé ici-bas mais qui mobilise nos forces pour que l’injustice et le mal ne l’emportent pas, pour que la semence du Royaume puisse grandir en nous et autour de nous jusqu’à ce que Dieu envoie les moissonneurs. 

Devenons toujours davantage des fils du Royaume, des hommes et des femmes nés de l’avenir, « des fils de la résurrection » comme le dit Jésus dans l’évangile selon Saint-Luc (Lc20,36). Ne cédons pas au chant des sirènes qui promettent d’éradiquer l’ivraie. Communions à la patience de Dieu qui « juge avec indulgence et gouverne avec beaucoup de ménagement, car il n’a qu’à le vouloir pour exercer ta puissance » (Sg12,18). Avançons dans la confiance et la persévérance en soutenant notre attente dans la prière. Laissons l’Esprit Saint intercéder pour nous selon les vues de Dieu (Rm8,27) et la semence du Royaume grandira jusqu’à devenir cet arbre immense dans lequel tous les oiseaux du ciel pourront faire leur nid. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire, année A. Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Saint Sépulcre et église Saint-Joseph, Roubaix.

Voilà une parabole facile à comprendre si on a un minimum de bon sens et d’expérience en agriculture ! De plus Jésus la commente lui-même. Alors, pas de problème : nous désirons être cette bonne terre où germe la semence. Nous voulons éviter d’être envahis par les ronces des soucis du monde et la séduction de la richesse. Pas si facile que cela, alors que les notifications et les messages nous sollicitent à longueur de journée et que la publicité aiguise nos appétits de consommation. Offrons-nous à la semence du Royaume des racines suffisamment profondes pour résister à la sécheresse ambiante ? Résistons-nous au Mauvais qui opère un travail de sape parfois subtil pour nous détourner du projet de Dieu ? Désirons-nous le Royaume de Dieu et sa Justice ou avons-nous intégré à ce point les critères de réussite de ce monde que le Royaume des Cieux apparaît au mieux comme une perspective lointaine et un peu floue ?  

Revenons un instant aux conseils de jardinage. Tous ceux qui s’y prêtent le savent bien. Pour qu’une terre soit fertile, il faut la travailler, l’abonder, la nourrir. Il faut que la pluie ou la neige l’abreuvent durablement. Ainsi la Parole de Dieu ne produira son fruit que si nous nous en imprégnons régulièrement, en la lisant, en l’écoutant, en la priant, seuls ou en fraternité. C’est alors qu’elle fera écho en nous, nous aidera à accomplir la volonté de Dieu et nous orientera pleinement vers son Royaume.

Cette Parole, vous le savez bien. Ce ne sont pas la lettre des écrits bibliques, si riches soient-ils. La Parole vivante, c’est le Christ lui-même, l’envoyé du Père, le Verbe fait chair que nous accueillons et que nous laissons habiter en nous dans la prière et les sacrements. Vous le manifestez publiquement à la fin de la proclamation de l’évangile lorsque vous répondez au ministre qui a chanté : « Acclamons la Parole de Dieu », « Louange à toi, Seigneur Jésus ».

C’est cette Parole qui garde vive en nous l’espérance du Royaume des Cieux. C’est elle qui nous empêche de nous assoupir ou de nous replier sur nous-mêmes en nous adaptant à la médiocrité ambiante. Il ne s’agit pas de trouver des accommodements raisonnables pour survivre et tirer son épingle du jeu. Il s’agit de désirer de toutes nos forces l’accomplissement de la promesse de Dieu déjà exaucée dans la résurrection du Seigneur. Avec l’apôtre Paul, nous le confessons : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet la création attend avec impatience
la révélation des fils de Dieu. » (Rm8,18) Chacun de nous peut contribuer à cette révélation. Chacun de nous, s’il laisse l’Esprit Saint féconder son cœur et irriguer sa vie peut produire des fruits de justice et contribuer à l’avènement du Royaume. Amen !  

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 14ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 5 juillet 2026.

L’humilité de Dieu. Nous la chantons souvent. Nous la regardons. Nous la contemplons dans l’abaissement de Jésus serviteur. Nous l’accueillons dans la communion eucharistique. C’est beau et c’est juste. Mais avons-nous pris la mesure de ce que cela changeait dans notre représentation de Dieu et dans notre propre vie ? 

Jésus nous le dit : il est doux et humble de cœur. Cette douceur et cette humilité il les puise dans la relation de confiance avec son Père. Il se laisse aimer par le Père et c’est cela qui lui permet cette attitude de douceur et d’humilité. Il est le fils de Dieu. Il n’a rien à perdre car il reçoit tout. Il manifeste la tendresse de Dieu, son amour sans limite pour son peuple et pour toute l’humanité. Et si Jésus s’émerveille de la foi des tout-petits, c’est justement parce qu’ils sont disposés à faire confiance, qu’ils ne comptent pas d’abord sur leur propre force pour s’en sortir, pour gagner fut-ce au mépris des autres et de Dieu. Les sages et les savants comptent sur eux-mêmes. Les petits sont disposés à faire confiance. Ils savent qu’ils ne possèdent pas la force, le savoir et la puissance. Voilà pourquoi Jésus enchaîne dans son prière de louange, l’émerveillement devant la foi des tout-petits et la confession de la relation de confiance et d’intimité qui l’unit au Père : « Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Mt11,27)

Le roi-messie que Dieu envoie est « pauvre, monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. » (Zac9,9-10) La puissance de Dieu n’est pas dans la force des chevaux et des chars, encore moins des missiles et des drones. C’est la puissance de l’amour, la force révolutionnaire de la miséricorde. 

Mesurons ce que cela signifie à l’heure des déploiements de troupes et des bombardements incessants, en Ukraine et ailleurs. Mesurons ce que cela signifie dans les relations que nous entretenons en famille, au travail, dans la vie sociale. Sommes-nous des êtres de chair, autrement dit des êtres qui comptent sur leur propre force et n’hésitent pas à user de la violence, à mépriser, à écraser pour nous imposer ? Ou sommes-nous ces êtres spirituels, animés par l’Esprit de Dieu, l’Esprit de bonté et de tendresse, l’Esprit de douceur et de miséricorde ? Sommes-nous vraiment des disciples de Jésus doux et humble de cœur, des hommes et des femmes remplis de l’Esprit du ressuscité qui a eu raison de la violence des hommes et qui a inversé le cours de l’histoire. (cf Rm8,9,11-13)

Vous le comprenez : il ne suffit pas de chanter l’humilité de Dieu, d’oublier un moment la dureté du monde et les combats que nous sommes acculés à vivre. Il s’agit de nous laisser transformer par l’humilité de Dieu, de nous laisser convertir, pour ressembler de plus en plus à Jésus doux et humble de cœur, pour vivre la révolution de la miséricorde et entrer plus avant dans le Royaume de Dieu. 

En communiant tout à l’heure au corps ressuscité de Jésus, disposons-nous à cette transformation intérieure. Demandons-la dans la prière. Demandons-la souvent. Demandons-la chaque jour, comme notre pain quotidien. Pour qu’elle nous façonne à l’image de Jésus et nous fasse connaître la joie qu’il veut partager avec nous pour jusqu’à ce que nous en soyons comblés. (Jn17,13).  

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.