Comment confesser en même temps le Christ vivant au milieu de nous et à la droite de Dieu comme nous l’avons fêté à l’Ascension ? Comment le suivre sur le chemin qu’il a tracé alors que nous ne le voyons pas ? Autant de questions que les premiers chrétiens n’ont pas manqué de se poser. Le don de l’Esprit Saint : voilà la réponse, le cadeau de Dieu qui change tout. Croyant, nous ne sommes pas laissés à eux-mêmes, abandonnés comme des orphelins. La vie même de Dieu nous est donnée. Son amour circule en nous et entre nous. Il nous embrase comme une flamme. Il nous réjouit de la joie de Dieu. Il agit avec puissance. Il nous renouvelle sans cesse. Il nous donne force et audace pour annoncer l’évangile et répondre aux attentes de nos frères et sœurs.
Luc décrit ce don de l’Esprit Saint lors de la fête de Pentecôte, Chavouot, la commémoration du don de la Loi, tandis que Jean le situe le soir même de Pâques lors que Jésus souffle sur les disciples alors qu’ils sont enfermés dans la peur, toutes portes verrouillées : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Ne nous effrayons pas de cette insistance qui paraît négative. C’est une manière juive d’insister, de marquer l’autorité donnée. Jésus donne aux disciples le pouvoir de pardonner, c’est-à-dire d’agir au nom de Dieu, de libérer l’homme captif du péché, enfermé dans ses contradictions. Et cela grâce à l’Esprit Saint qu’il communique. Cet Esprit, c’est l’amour miséricordieux de Dieu qui agit avec puissance et réconcilie les hommes avec Dieu.
Allons droit au but. Aujourd’hui nous fêtons l’Esprit Saint, c’est vrai. Mais nous ne le fêtons pas en soi. Nous le fêtons alors qu’il nous est donné, alors qu’il est répandu dans nos cœurs, alors qu’il nous associe au Christ Seigneur, qu’il nous fait entrer dans la communion du Père et du Fils. Comme Jésus, il nous donne d’appeler Dieu, Abba, Père (Gal4,6) « Il atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rm8,16). Il construit l’unité dans la diversité. Il nous donne de prier selon les intentions de Dieu (Rm8,27). Lorsque nous parlons de l’Esprit, nous utilisons des images, le feu, le souffle, un violent coup de vent, mais nous ne pouvons nous le représenter. Cependant, nous voyons son action dans la vie de Jésus, son effet chez les premiers chrétiens dans les Actes des apôtres ou les lettres de Paul, de Pierre ou de Jean. De même, nous en faisons l’expérience lorsque nous sommes à son écoute dans la prière ou le partage fraternel et agissons selon les vues de Dieu.
C’est l’Esprit qui permet à chacun d’entendre l’évangile dans sa propre langue. Il nous permet de témoigner, de rendre compte de la foi qui nous anime, de partager la paix et la joie que Dieu nous donne. C’est l’Esprit qui travaille le cœur des nombreux candidats au baptême, à la confirmation et à l’eucharistie qui se présentent, nombreux depuis quelques mois. Treize d’entre eux vont être confirmés cet après-midi à la cathédrale. D’autres démarrent leur parcours. Ils sont aussi divers que les pèlerins juifs présents à Jérusalem au jour de Pentecôte. L’Esprit souffle dans notre diocèse le vent du renouvellement missionnaire et des fraternités paroissiales. L’Esprit fait toute chose nouvelle et ne cesse de nous surprendre. Il s’offre à nous. A nous de l’accueillir, de nous ouvrir à lui, de le laisser agir pour que la promesse de Dieu s’accomplisse, pour que beaucoup connaissent le bonheur d’être aimer de Dieu et de vivre en frères et sœurs.
Prions pour que le souffle de l’Esprit dissipe les ténèbres qui pèsent sur notre humanité, qu’il rende et vigueur aux chrétiens assoupis. Qu’il renouvelle la face de la terre. Amen.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.