Homélie pour la veillée pascale 2026, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, Roubaix, église Saint-Martin, 4 avril 2026.

Baptême, confirmation et première communion de Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna, première communion de Fabien et Laura

Chacun de nous vient avec son expérience de la vie, les moments heureux et les passages plus difficiles, les moments d’apprentissage et de croissance et ceux où on est davantage dans la routine, les périodes exaltantes et celles plus moroses, le bonheur de l’amour ou la joie de l’amitié, mais aussi la solitude parfois dure à vivre. Certains ont changé de pays plus ou moins récemment. Certains ont donné la vie à des enfants, tandis que d’autres connaissent d’autres fécondités. Certains vivent en couple et en famille stables, d’autres élèvent seuls leurs enfants ou ont recomposé leur famille. La santé ou la maladie. Le travail ou le chômage. La jeunesse ou le poids des ans. Que sais-je encore ? Certains sont dans le calme et la paix, tandis que d’autres se questionnent… ou plutôt tous nous nous questionnons un jour ou l’autre. D’où je viens ? Ou je vais ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi la souffrance et la mort ? Pourquoi les injustices et les guerres ? Pourquoi le racisme et l’exclusion ? Pourquoi ? Pourquoi ? Les questions ne sont pas réservées aux enfants de 4 ans. Elles restent vives parfois même au soir de la vie. Mais chacun avance plus ou moins vite, plus ou moins sereinement.

Ce soir notre expérience et nos questions viennent à la rencontre de l’expérience du Peuple de Dieu et de celle de Jésus, le Sauveur.

L’expérience du peuple de Dieu, nous en avons eu un condensé dans la liturgie de la Parole : la conviction que Dieu aime ce monde qu’il a créé, la conviction que la création de l’homme et de la femme est une bonne chose, la foi d’Abraham prêt à sacrifier son fils unique alors que Sarah et lui ont eu tant de peine à l’avoir, l’expérience que Dieu est sensible à la misère de son Peuple qu’il libère de l’oppression en lui permettant de sortir d’Egypte. Et puis nous avons entendu la promesse de justice et de paix sans cesse renouvelée par la parole vigoureuse des prophètes qui invitent à puiser à la source vive de la grâce, l’amour de Dieu toujours offert. Nous avons communié à la joie profonde des croyants qui savent que Dieu est toujours à leur côté, en alliance fidèle avec Israël. Notre écoute attentive de la Parole nous a conduit à plusieurs reprises à la prière. Nous avons fait nôtre les Psaumes, concentré d’humanité, des psaumes peaufinés au cours des siècles et que le Christ Jésus a prié assidument. Et puis, nous avons chanté le Gloire à Dieu, écouté la belle méditation de l’apôtre Paul sur le baptême qui nous fait passer avec le Christ de la mort à la vie. Enfin nous avons proclamé l’évangile de la résurrection : les anges qui annoncent que Jésus n’est plus au tombeau mais qu’il est ressuscité. Et voilà que Marie Madeleine et l’autre Marie deviennent apôtres des disciples. Elles sont envoyées pour annoncer que Jésus est ressuscité et qu’il les précède en Galilée. En Galilée, c’est-à-dire dans leur région d’origine, dans le quotidien qu’ils ont retrouvé après la mort de Jésus. C’est là que le Ressuscité leur donne rendez-vous. Désormais, plus rien de sera comme avant. L’amour a gagné. La mort a été engloutie et avec lui le péché qui nous éloigne de Dieu et de nos frères et nous conduit à l’impasse. Dorénavant, comme Jésus les disciples peuvent prendre des risques et proclamer la victoire de l’amour, avec des mots mais surtout en actes : en guérissant des malades, en relevant des personnes abattues, en remontant le moral des déprimés, en créant une fraternité nouvelle dans la simplicité et la partage. Bientôt l’Eglise va prendre forme avec une audace incroyable qui lui fera franchir les frontières étroites d’Israël pour s’implanter dans le monde entier. Bientôt, l’Esprit saint va permettre aux nouveaux baptisés de témoigner de leur foi dans l’amour de Dieu toujours offert. La puissance de la miséricorde qui a ressuscité Jésus d’entre les morts va s’exercer et donner des fruits de tendresse, de justice et de paix. Va commencer alors la formidable aventure des chrétiens que nous poursuivons aujourd’hui et dans laquelle vous entrez ce soir Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna. 

Vous vous préparez depuis le début de l’année scolaire. Ensemble, vous avez découvert Jésus et approfondi la relation avec lui. Vous vous êtes initiés à la prière personnelle et ecclésiale.Ce soir, vous allez plonger dans l’expérience de Jésus. Avec lui, vous allez mieux réaliser que tout seules, nous coulons, si nous prenons la main que Dieu nous tend, nous sommes sauvés. Si nous vivons en fils et en filles bien-aimés de Dieu, nous sommes sauvés. Tout seuls, nous pouvons satisfaire nos besoins et même nos désirs, mais sans tarder nous éprouvons l’absence de sens et le vide. Si nous vivons en enfants de Dieu et en frères et sœurs, si nous allons à la rencontre de l’autre, si nous nous risquons au partage, nous ne manquerons de rien. La générosité se renouvellera et il en restera même des corbeilles pleines. Rappelez-vous ce qu’on appelle communément la multiplication des pains, en fait le miracle de l’action de grâce et du partage renouvelé dans chaque eucharistie, dans laquelle Jésus s’offre à nous pour nous donner la vie. 

En accueillant l’amour de Dieu pour nous et en lui faisant confiance, nous pourrons traverser les épreuves. La confiance transfigure les épreuves. Ainsi, comme le dit l’apôtre Paul, « il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous » (Rm8,18). Dans la foi, les passages qui s’ouvrent dans la nuit sont autant de Pâques qui stimulent notre espérance et nous font tressaillir d’allégresse.

Vous les futurs baptisés, vous entrez ce soir dans l’expérience de Jésus, avec nous chrétiens de plus ou moins longue date. En lui, vous êtes aimés de Dieu qui vous connaît mieux que vous-mêmes. En lui, vous êtes fils et filles de Dieu. En lui vous êtes libérés du péché. Vous choisissez la vie et la vie en abondance. Laissez l’Esprit de Dieu vous vivifier. Qu’il vous donne force et vigueur pour aimer en vérité et témoigner de votre foi avec audace. Qu’il vous fasse ressembler de plus en plus à Jésus dans votre façon de prier le Père et de vivre en frères et sœurs. Soyez des chrétiens heureux qui rayonnent joyeusement de la vie nouvelle dans le Christ. Amen. Alléluia.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le dimanche des Rameaux et de la Passion, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Coeur, Roubaix, 29 mars 2026.

C’est un roi qui est acclamé par la foule, un roi messie attendu depuis des siècles par le peuple d’Israël qui se presse à Jérusalem pour les fêtes pascales. Les manteaux et les rameaux sur le sol, les chants de joie. Tout y est pour acclamer le roi-messie. Quelques jours plus tard, ce seront les cris de mise à mort qui les remplaceront : « crucifie-le, crucifie-le ». Comment expliquer ce retournement si rapide ? Par la versatilité des foules et de l’opinion publique. Peut-être mais pas seulement. A l’origine de ce changement brutal, il y a un malentendu. Beaucoup espéraient un roi-messie qui libère Israël de l’occupant romain, un chef qui rétablisse l’indépendance, qui résolve les multiples problèmes. En Jésus, elle croit avoir trouvé l’homme providentiel : il donne à manger aux foules avec trois fois rien ; il guérit, il expulse les mauvais esprits, il parle vrai. Quelle opportunité ! Mais il y a méprise. Jésus ne veut pas être chef de cette manière-là. Quand on veut le faire roi après la multiplication des pains, il s’enfuit dans la montagne (Jn6,15). Lui, il est roi d’humilité, monté sur un petit âne en signe d’humilité (Mt21,7). N’a-t-il pas insisté à plusieurs reprises : « celui qui veut être le chef parmi vous doit être votre serviteur, votre esclave » (Mt20,27) et c’est ce qu’il est, lui qui n’a pas revendiqué d’être traité à l’égal de Dieu mais qui s’est anéanti, vidé de lui-même jusqu’à mourir et à mourir sur une croix (Phil2, 6-11). Voilà pourquoi lorsque Jésus sera menacé par les pouvoirs religieux et politiques de connivence entre eux, il sera abandonné par les siens. Il n’intéressera plus les foules promptes à lui préférer Barabbas un criminel (Mt27,21). Ce retournement est instructif pour nous, aujourd’hui encore qui sommes si facilement subjugués par les offres mirobolantes d’hommes providentiels qui hélas, entraînent si souvent l’humanité dans le désastre des guerres ou des dictatures. Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Il n’est pas ici ou là-bas. Il est au-dedans de nous. Il est discret, tout petit comme la semence enfouie en terre, mais il est promesse de justice et de paix, attention aux plus pauvres, à la veuve, à l’orphelin, à l’immigré. En lui, ce n’est pas la force des armes ou des instruments de propagande qui dominent, mais la miséricorde et la fraternité. C’est ce Royaume que Jésus ne cesse de dire qu’il est tout proche. C’est ce Royaume qu’il inaugure par son parcours de service et d’abaissement jusqu’à la croix. Mesurons bien cette différence pour suivre Jésus dans sa Pâque et ne pas l’abandonner après le dimanche des Rameaux.

Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention, c’est l’identité de Jésus Fils de Dieu. Au pied de la croix, les foules mal intentionnées injurient Jésus en criant : « si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et descend de la croix » (Mt27, 40) Jésus le pourrait en demandant l’intervention de son Père mais il ne le fait pas. Mais il sait que le Père l’a envoyé partager la condition humaine jusque dans la souffrance et la mort, jusqu’à l’expérience de l’absence de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt27,45 ; Ps22,2) Il a lutté pour accepter la coupe du sang versé. Il a demandé à son Père de lui épargner la violence de la mort, mais, au terme d’un véritable combat spirituel, il l’a finalement acceptée en communiant à la volonté du Père. Cette volonté, c’est qu’il rejoigne tous les hommes accablés par l’absurdité de la souffrance : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt26,36-46) 

Celui qui saisit le lien qui unit Jésus à son Père, c’est le centurion romain et ceux qui l’entouraient au pied de la croix.  « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt27,54). Avec eux, confessons nous-aussi que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. C’est comme cela qu’il nous sauve, non parce qu’il serait un héros surpuissant mais parce qu’il est Fils, parce qu’il se laisse aimer par le Père et qu’il s’en remet à lui dans le confiance. Et cela, nous le pouvons-nous-aussi par la grâce du baptême. Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous et pour les futurs baptisés de Pâques. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 4ème dimanche de carême, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 15 mars 2026, 2ème scrutin des catéchumènes.

Comme la semaine dernière avec la Samaritaine, nous venons à nouveau d’entendre une grande histoire, une histoire unique dans l’évangile selon Saint Jean, la guérison de l’aveugle-né. C’est Jésus qui le repère sur son passage. L’aveugle ne demande rien. Les disciples questionnent Jésus pour savoir qui a péché pour qu’il soit ainsi handicapé de naissance : « lui ou ses parents ? » (Jn9,2). Comme beaucoup, ils attribuent la maladie et le handicap au péché. Ne l’entendons-nous pas souvent plus ou moins murmuré : « Qu’est que j’ai fait au bon Dieu pour que m’arrive une telle tuile ? ». Jésus balaie ses explications hasardeuses. Plutôt d’être tourné vers le passé et de nourrir la culpabilité, il va manifester les œuvres de Dieu en lui. Lui qui est la lumière du monde va permettre à l’aveugle-né de recouvrer la vue. Comment ? En deux étapes : Jésus applique de la boue faite de terre et de sa salive puis il dit à l’aveugle d’aller se laver à la piscine de Siloé, un réservoir important qui alimente Jérusalem en eau et permet de se purifier. Nous pouvons y voir des signes, celle de la création du nouvel Adam et l’image de l’eau du baptême qui lave et fait naître à la vie nouvelle. De plus souligne Jean, Siloé signifie Envoyé (Jn9,7) et cet Envoyé, c’est Jésus, l’envoyé du Père, Celui qui apporte la lumière et guérit l’humanité de la cécité. Car comme la Samaritaine, l’aveugle-né n’a pas de nom. Nous pouvons nous reconnaître en lui, nous qui bien souvent, ne voyons pas très clair. Qui ne savons pas très bien où nous allons. Nous qui sommes parfois aveuglés par toutes sortes de mirages, de séductions ou de fake-news. Ils nous empêchent de voir la réalité et surtout de rencontrer Dieu face à face. Nous avons besoin de nous purifier avec l’eau du baptême. Nous avons besoin de nous libérer de tout ce qui nous empêche de voir clair pour faire la vérité et accueillir la lumière de Dieu, le Christ vivant, Fils bien-aimé du Père, resplendissant de sa splendeur comme l’illustrait la transfiguration sur la montagne. Avec l’aveugle, allons à la source. Laissons-couler sur nos yeux l’eau baptismale. Entendons l’appel du Seigneur : « Réveille-toi, ô toi qui dors. Relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » (Eph5,14)

Alors comme l’aveugle guéri, nous pourrons faire profession de foi : « Crois-tu au Fils de l’homme. Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit :« Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit :« Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. » (Jn9,35-38)

La belle histoire ne s’arrête pas là car la guérison de l’aveugle de naissance alimente la polémique contre Jésus. Elle a eu lieu le jour du sabbat et les juifs s’en prennent à Jésus. Ils le contestent. Ils refusent de croire qu’il est un homme de Dieu. Le jugement de Jésus est imparable : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » (Jn9,39)

Ayons l’humilité de reconnaître notre cécité. Implorons la lumière du Christ pour qu’il nous libère de notre péché et de tout ce qui nous enferme dans les ténèbres. Demandons-les « fruits de la lumière : bonté, justice et vérité, capacité à reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Eph5,9). Alors comme David, qui a reçu l’onction du Seigneur (1Sam16,13), nous laisserons l’Esprit s’emparer de nous. Alors, nous refléterons la gloire du Seigneur et serons transfigurés à son image (2Cor3,18). Nous serons des « créations nouvelles dans le Christ, comme on le dit aux baptisés lorsqu’ils revêtent le vêtement blanc de leur renaissance. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le 3ème dimanche de carême, année A, Paroisse Saint-Martin, et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint-François, Roubaix, 7 et 8 mars 2026, 1ers scrutins des catéchumènes.

Une femme de Samarie dont on ignore le nom. 

Une femme qui vient puiser de l’eau en plein soleil de midi comme beaucoup de femmes à travers le monde, là où l’eau courante ne sort pas du robinet.

Une femme à la vie compliquée comme tant de femmes et d’hommes que je rencontre, que vous connaissez, dont vous êtes peut-être.

Une rencontre extraordinaire, entre cette femme et Jésus. Jésus seul tout d’abord car les disciples sont partis faire des provisions. Un Jésus fatigué d’avoir marché. Un Jésus qui a soif et se fait mendiant : il demande de l’eau à boire. Un Jésus qui a l’audace de parler à une femme et de surcroît une Samaritaine, à la fois hérétique et étrangère. Jésus n’est pas à cela près.

Il va se monter extraordinairement pédagogue. Il engage la conversation. Il dépasse son besoin immédiat et parvient à susciter le désir de cette femme : « Il m’a dit tout ce  que j’ai fait ».  C’est elle désormais est en demande : « donne-moi de cette eau que je n’ai plus jamais soif ! » « Donne-moi de cette eau qui jaillit en vie éternelle ! ».

Puissions-nous nous inspirer de lui dans notre capacité à entrer en dialogue avec ceux que nous rencontrons. Puissions-nous par notre attitude, notre bienveillance, notre profond respect, faire grandir la confiance et faire émerger le désir profond. Passer du besoin au désir. Permettre à la soif de Dieu de s’exprimer. Car lui seul peut nous donner la vie qui ne finit pas.

Jésus est vraiment un champion de la relation et de l’écoute : il permet à cette femme de relire sa vie et de faire la vérité. Elle le dit tout simplement à ses concitoyens : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. ». Elle a pu parler de ses cinq maris, reconnaître qu’ils n’étaient pas vraiment ses maris, avouer ses infidélités que ces cinq maris soient des compagnons de vie ou des baals, des idoles païennes, peu importe.

La Samaritaine est libérée. Elle se sent plus légère. Elle devient apôtre de son village. Les habitants accourent pour voir Jésus qui accepte de passer deux jours chez eux. Chez des païens. Vous vous rendez compte !

La Samaritaine qui n’a pas de nom, ce peut être vous ou moi. C’est l’humanité en quête de vérité, l’humanité qui aspire à la vie, l’humanité fatiguée de puiser chaque jour une eau qui ne désaltère pas, une humanité fatiguée du bruit ambiant et des événements qui inquiètent. La Samaritaine, ce sont nos catéchumènes qui s’approchent de la fontaine baptismale et pour lesquels nous allons prier dans un instant, pour qu’ils écartent tout ce qui conduit au mal et à la mort et qu’ils choisissent la vie, le bien, la fraternité qui construit. La Samaritaine, ce sont les catéchumènes, c’est vous, c’est moi, qui aspirons à puiser à la source vive de l’Esprit qui vivifie et faire circuler dans nos cœurs l’amour même de Dieu qui permet de garder le cap de l’espérance (cf Rm5,5). 

Ne craignons pas. Ne restons pas assoiffés comme le peuple hébreu dans le désert (Ex17,3,-7) Allons vers le Rocher d’où sourd l’eau qui désaltère. Tournons-nous vers Seigneur crucifié d’où côté jaillit l’eau qui donne la vie. Elle nous est offerte, gratuitement. « Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Ap22,17).

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 2ème dimanche de carême, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises du Sacré-Cœur et Saint-Joseph et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 28 février et 1er mars 2026.

Voici que notre deuxième étape de carême nous entraîne à contempler Jésus transfiguré, resplendissant de lumière. Avec Pierre, Jacques et Jean, nous sommes les témoins privilégiés de cet épisode lumineux qui ne survient pas n’importe quand, mais six jours après la première annonce que Jésus fait de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Juste après que Simon l’eut reconnu comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et que Jésus l’eut nommé Pierre, une pierre sur laquelle il bâtira son Eglise. Avec l’annonce de la passion et de la mort, tout s’est gâté. Pierre n’a pas admis cette perspective. Nous ferions de même si un bon ami nous annonçait une perspective aussi sombre. Comment imaginer une fin aussi atroce pour celui qui vient d’être reconnu comme messie, Christ, Fils de Dieu ? La mention de la résurrection est à peine audible et ne suffit pas à rassurer le premier des apôtres qui se voit traiter de Satan : « Derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celle de Dieu mais celle des hommes ! » (Mt16,23) Et la suite n’est pas plus rassurante puis que les disciples eux-aussi devront renoncer à eux-mêmes et prendre leur croix (Mt16,24).

Changement d’ambiance avec la transfiguration de Jésus qui irradie une lumière éclatante tandis que Moïse et Elie s’entretiennent avec lui. La Loi et les Prophètes, toute la révélation de Dieu consignée dans la Bible, confirme le choix de Dieu : le Christ revêtu de lumière est bien le même qui marche vers sa passion et sa mort tragique. La voix du Père l’authentifie, comme lors du baptême dans le Jourdain ; « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mt17,5) L’expérience est si intense que les apôtres tomberont à la renverse et garderont le silence jusqu’à ce que Jésus ressuscite d’entre les morts. Matthieu nous présente cela comme une consigne de Jésus. Marc nous précise qu’ils respectèrent l’ordre de Jésus parce qu’ils ne comprenaient pas bien ce que voulait dire résurrection (Mc9,9-10). Disons qu’il y a une version politiquement correcte, Matthieu, et une autre un peu moins, Marc. Réalisons aussi que les évangiles ont été écrits bien après la mort et la résurrection de Jésus et que les apôtres, confrontés à l’inédit de la résurrection se sont alors souvenus de ce qu’ils avaient vécu avec Jésus et ont compris à postériori la signification de ce moment lumineux sur la montagne. Quelque chose comme : « Tu te souviens de cet épisode où Jésus en prière était apparu brillant de lumière, comme Moïse lorsqu’il descendait de la montagne après s’être entretenu avec Dieu. » Nous en avons la trace dans la deuxième lettre de Pierre (2P1,16-18)

Frères et sœurs, nous sommes disciples d’un Messie crucifié. En ce carême, plus que jamais nous avons les yeux fixés sur Jésus qui avance vers sa passion. Nous le suivons pas à pas lui le Fils de Dieu resplendissant de lumière, lui le Serviteur humilié qui partage la souffrance des hommes et éprouve l’absurdité de la violence. Nous le suivons pas à pas, lui le Fils qui reçoit sa force du Père et nous nous rappelons de notre baptême : seuls nous coulons, nous sommes submergés par le péché et les difficultés de la vie ; si nous prenons la main que Dieu nous tend, si nous devenons davantage enfants de Dieu, alors nous aussi nous passerons de la mort à la vie et nous nous surprendrons à ressusciter.  Telle est la perspective qui s’ouvre pour nous en ce début de carême : vivre la Pâque avec Jésus, Fils de Dieu.

C’est en tout cas l’expérience que l’apôtre Paul partage avec son jeune collaborateur Timothée confronté aux souffrances liées à l’annonce de l’évangile (2Tm1,8b-10). Tel maître. Tel disciple. Nul ne peut être mon disciple s’il ne renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Nul ne peut être mon disciple, s’il n’accepte, comme Abram, de faire une confiance absolue au Dieu qui nous demande de nous mettre en route vers la terre de la promesse (Gn12,1-4a). Nul ne peut être mon disciple s’il n’accepte de vivre l’aventure de la foi, de la remise confiante entre les mains du Père. Seigneur, nous t’en prions : augmente en nous la foi. Guide-nous sur le chemin du carême. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du mercredi des cendres 2026, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint François, Roubaix, 18 février 2026.

Des cendres sur le front. Un symbole fort à l’heure où il n’est plus possible de construire des cheminées à foyer ouvert et ou le projet de loi sur l’aide à mourir accentue l’illusion de maîtriser toute chose, même la mort. 

Des cendres sur le front en forme de croix pour annoncer la passion du Christ à venir et se préparer à célébrer avec lui le grand passage de la mort à la vie, la Pâque, fondement de notre raison de vivre et d’espérer.

Des cendres pour nous rappeler que nous sommes mortels : « tu es poussière et tu redeviendras poussière ». Des cendres malléables comme l’argile dont nous sommes modelés, pour que Dieu insuffle en nous son Esprit pour nous recréer et nous remodèle jusqu’à ce que nous soyons semblables à Jésus, son Fils bien-aimé : « Convertis-toi et crois à l’évangile. »

Un symbole fort qui nous vient de la nuit des temps, des croyants du peuple d’Israël et probablement de bien d’autres tribus qui se couvraient la tête de cendres en signe d’humilité et de pénitence. Une invitation à nous purifier du péché et de tout ce qui altère la relation à Dieu et aux autres. 

Depuis longtemps, les cendres sont associées au jeûne. Le jeûne pour éprouver notre fragilité, nous rapprocher de ceux qui ont faim pour partager avec eux. Mieux réaliser combien nous dépendons des aliments tirés de la terre, dons de Dieu et du travail des hommes, agriculteurs, éleveurs, transporteurs, magasiniers, commerçants, vendeurs, caissiers… que nous pouvons confier au Seigneur aujourd’hui et lorsque nous bénissons Dieu avant le repas. Mais le jeûne, ce peut-être aussi nous libérer de l’alcool, du tabac ou de la drogue, retrouver notre liberté face aux réseaux sociaux et aux jeux qui nous enferment et nous abrutissent. A nous de décider de quoi nous allons jeûner. 

Mais le carême qui commence ne s’arrête pas aux cendres et au jeûne. Il est d’abord un temps offert pour nous préparer à Pâques, un temps pour réactiver en nous la grâce du baptême et être toujours davantage fils et filles de Dieu en accompagnant ce qui se préparent au baptême, à la confirmation et à a première eucharistie. 

Pour cela deux autres piliers nous sont offerts pour ce temps fort : la prière et l’aumône. La prière d’abord, dans le cœur à cœur avec Dieu, dans le silence, la méditation de la Parole de Dieu, l’adoration mais aussi dans la prière familiale ou communautaire, en fraternité ou à l’église. La prière comme un rendez-vous amoureux avec Dieu. Un temps d’écoute et d’accueil du don gratuit de Dieu. Un temps pour se confier et enraciner nos choix, notre mode de vie, nos orientations dans l’amour de Dieu. Un temps d’intercession pour ceux qui nous sont proches ou plus lointains. Je vous souhaite de progresser dans la prière, d’être assidus à la prière chaque jour de ce carême au moins le matin et le soir, mais aussi pourquoi pas en participant à la messe en semaine le midi ou aux temps de prière proposés par la paroisse : chapelet, adoration, fraternités. Le dimanche 8 mars nous prendrons un temps après la messe de 10h15 pour mieux comprendre la prière avant de vivre un nouveau repas paroissial partagé pour ceux qui sont seuls.

L’autre pilier du carême, c’est l’aumône ou si vous préférez le partage pour vivre davantage en frères et sœurs, enfants d’un même père. Ce partage, à nous de l’inventer : don à l’Eglise ou à des associations comme le CCFD Tette solidaire qui sollicite notre participation le 5ème dimanche de carême mais aussi si nous n’avons pas beaucoup d’argent, don de notre temps et de nos compétences dans du bénévolat, visites ou signes d’amitié à des personnes qu’on sait seules, âgées ou malades. 

A nous de choisir comment vivre notre carême. A nous de nous donner des moyens de laisser Dieu toucher notre cœur et nous transformer par son amour pour nous préparer à vivre Pâques, à nous laisser renouveler à l’image de Jésus. Bon carême à tous et à toutes. Que le Seigneur vous accompagne et touche votre cœur pour qu’il se tourne davantage vers lui et vous fasse grandir dans l’amour. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises Saint Sépulcre et Saint Joseph, Roubaix, 14 et 15 février 2026.

« Pas un iota, pas un petit trait ». Jésus n’abolit rien de la Loi et des prophètes. Il accomplit. C’est-à-dire qu’il la réalise complètement. Dans sa personne d’abord et chez les disciples qu’il forme à la Loi nouvelle. « Les Anciens vous ont dit ». « Moi, je vous dis ». Jésus engage toute son autorité, tel un nouveau Moïse. Il renforce les exigences de la Loi ou plutôt, il dépasse le formalisme qui peut la caractériser. Il inscrit la Loi dans les cœurs. La Loi instruit la conscience. Elle fait communier profondément au désir de Dieu et à son projet d’amour pour l’humanité. Elle manifeste l’alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité dans la personne de Jésus.

Il y a quelques jours, un futur marié qui découvrait l’évangile me partageait sa surprise devant les propos de Jésus : « c’est drôle, la manière dont il voit les choses. » Il peinait à comprendre l’exigence de fidélité et le rejet de la répudiation permise par Moïse. Il défendait une sagesse humaine au goût du jour : « si ça ne va plus avec ta femme, tu la quittes » et mesurait la folie de la demande de Jésus, la folie d’un amour fidèle qui cherche à pardonner, à renouer au-delà des différends. En effet, l’accomplissement de la Loi que préconise Jésus fait entrer dans la Sagesse de Dieu, souvent bien différente de la Sagesse du monde. 

Cette sagesse de Dieu, c’est la folie d’un amour sans limite, d’un don sans retour comme le révèlera Jésus dans sa passion et sa mort sur la croix. Si nous voulons entrer dans le Royaume de Dieu, il nous faut progresser dans la Sagesse du mystère de Dieu. Il nous faut travailler notre conscience et notre volonté pour communier de plus en plus au projet de Dieu, inscrire sa Loi d’amour au plus profond de nos cœurs pour qu’elle guide nos décisions et oriente nos choix : Comme le disait Ben Sira : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.  La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » 

Demandons au Seigneur de nous instruire de l’intérieur. Demandons la grâce de prendre nos décisions dans la prière. Prions l’Esprit Saint de nous éclairer, de guider nos choix, de les fonder dans l’amour, de les orienter en fonction du Royaume de Dieu et non pas de nos intérêts personnels. Et nous entrerons plus avant dans la salut promis. Nous connaîtrons le bonheur de ceux qui « marchent selon la Loi du Seigneur. » Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire A, dimanche de la santé. Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises Saint François et Saint-Joseph, Roubaix, les 7 et 8 février 2026.

Sel de la terre, lumière du monde. Les formules ont bien du succès. Elles sont faciles à comprendre : le sel qui donne du goût, la lumière qui brille et éclaire. Mais réalisons bien. Elles font immédiatement suite aux Béatitudes. Elles s’adressent aux pauvres de cœur, aux doux, à ceux qui pleurent, aux affamés et aux assoiffés de justice. Elles s’offrent aux miséricordieux, aux cœurs purs, aux artisans de paix et aux persécutés. Elles sont destinées aux apprentis disciples qui écoutent le maître prêcher du sommet de la montagne. Elles visent ceux et celles qui sont invités à renoncer à eux-mêmes et à porter la croix avec Jésus. 

Sel de la terre et lumière du monde. Voilà un programme exaltant. Une invitation à rayonner la saveur de l’évangile et à éclairer ceux qui ne voient pas clair et peinent dans l’obscurité, comme ces collégiens un peu déboussolés dont me parlaient hier des enseignants qui essaient de les accompagner et de les guider dans les nombreux défis qu’ils affrontent. 

Sel de la terre, lumière du monde. D’accord, mais cela ne doit pas nous monter à la tête. Le disciple n’est lumière que s’il reflète la lumière du Christ, la lumière qui ne s’éteint pas, la lumière du Fils qui se laisse aimer par le Père et nous partage cet amour. Le disciple n’est sel que s’il laisse l’évangile des Béatitudes opérer ce renversement de valeurs qui permet la vraie liberté et l’audace de donner sa vie par amour. Alors, oui, le témoignage est possible. Le rayonnement s’opère sans effort comme le fruit d’une vie transformée par l’Esprit. Il n’a rien à voir avec une opération marketing ou un prosélytisme de mauvais aloi. 

Cette lumière, je l’ai vu briller bien souvent dans le regard de ceux que la maladie a dépouillé de toute prétention. En consentant plus ou moins vite à la faiblesse, ils se sont laissé désarmer. Ils ont accepté de dépendre des autres, de recevoir des soins. Dans leur détresse, ils ont découvert la bonté des soignants, les bienfaits des visites, la douceur d’une présence attentive et bienveillante. Ainsi la violence de la maladie cède quelque peu la place à la grâce du soin et une petite lumière s’allume dans les yeux parfois embrumés. C’est dans la faiblesse que se déploie la force de l’amour gratuit dans lequel, avec l’apôtre Paul, nous pouvons reconnaître la puissance de Dieu. Ainsi l’évangile du Messie crucifié se diffuse par les actes, dans le corps à corps des soignants et des soignés, les sonnettes qui hurlent dans la nuit et la visite qui apaise les angoisses. L’Evangile est proclamé sans le prestige du langage ou de la sagesse, mais dans la simplicité des relations qui se nouent avec les résidents des EHPADs ou des centres d’accueil de personnes en situation de handicap. Il se vit avec les aidants qui soutiennent un conjoint ou un membre de la famille. 

Rendons grâce pour tous ceux qui exercent un métier de soin, pour les aidants familiaux, les bénévoles visiteurs de malades ou membres d’aumônerie d’hôpitaux ou d’associations diverses. Prions pour ceux qui peinent ou se découragent. Confions à la miséricorde du Seigneur les personnes malades, handicapées ou dépendantes qui souffrent de solitude ou d’angoisse. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête de la Présentation de Jésus au Temple, 2 février 2026, Saint-Martin, Roubaix.

Quelle belle fête ! Et pas seulement pour les chandelles bénies qui nous ont illuminés, ni même pour les crêpes qui réjouiront nos papilles tout à l’heure.

C’est une belle fête, plus discrète encore que le Noël de la crèche et des bergers ! Jésus est présenté au Temple de Jérusalem conformément à la Loi juive, quarante jours après sa naissance. Ses parents l’offrent à Dieu son Père. Ils font un geste similaire  à tous les parents qui présentent un enfant au baptême : « Cet enfant, c’est bien le nôtre mais nous reconnaissons qu’il est aussi et d’abord enfant de Dieu ». Quel beau geste ! Quelle justesse pour signifier le mystère de toute vie et notre vocation à partager la vie de Dieu.

Mais ça ne s’arrête pas là. Deux vieillards accueillent la Sainte Famille et s’émerveillent de la venue du Messie qu’ils reconnaissent dans ce petit enfant que Syméon porte dans ses bras. D’un côté, deux personnes âgées, Syméon et Anne, tous deux au soir de leur vie et de l’autre côté, un nouveau-né. La vieillesse et la jeunesse. L’Ancien Testament qui reconnaît le Nouveau et lui passe le relais. En Jésus, Dieu fait toutes choses nouvelles. Il accomplit sa promesse. 

Syméon reconnait en Jésus la lumière qui se révèle aux nations et la gloire d’Israël son peuple. Luc précise que « le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui », ce qui nous invite à ne pas présumer de la compréhension qu’ils avaient de l’identité de leur fils. De plus, Syméon annonce à Marie le glaive qui lui transpercera le cœur à l’heure de la Croix. Tout y est : la passion et la résurrection, la croix et la gloire. Le Messie d’Israël est aussi le Sauveur de tous les hommes, tous les hommes qu’il rejoint dans l’humilité d’un couple croyant qui se conforme à la Loi et offre pour leur purification rituelle le sacrifice des pauvres, un couple de tourterelles car l’agneau d’un an était au-dessus de leurs moyens (Lv12, 8).

Nous avons là comme un condensé de l’évangile : Jésus est consacré à Dieu son Père. Il s’offre à lui comme il le fera dans sa passion. Sa lumière brille dans les ténèbres et illumine tous les hommes qui avancent dans la nuit. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 4ème dimanche du temps ordinaire. Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 1er février 2026.

Quel retournement incroyable ! Les béatitudes vont à l’encontre des logiques habituelles. Elles discréditent les recommandations que nous nous faisons sans cesse : « Prends soin de toi. Pense d’abord à toi. Préserve-toi. Sois prudent ». Elles démentent nos ambitions de réussite et nos appétits de conquête. Ne les écoutons pas pieusement avec un émerveillement teinté d’incrédulité. Prenons-les au sérieux et essayons d’entrer dans leur logique ou plutôt dans la logique de Jésus. Car c’est lui la clé des béatitudes, la clé de la vie évangélique à laquelle nous aspirons. N’est-il pas « le chemin, la vérité et la vie » (Jn14,6) ?

Les béatitudes sont incompréhensibles, si ce n’est à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. Comment oser dire : « Heureux ceux qui pleurent, ceux les persécutés, si ce n’est à la lumière de Pâques. C’est bien parce que l’amour de Dieu a été plus fort que la mort que la violence des bourreaux ne peut avoir raison de notre espérance. C’est ainsi que les Béatitudes sont vraiment la charte de la vie chrétienne, la boussole des pèlerins de l’espérance, de ceux et celles qui emboîtent leurs pas dans ceux du Christ Jésus. Elles ne font aucunement sens pour les gens établis, pour ceux qui ont le souci de préserver leurs intérêts. Elles sont insupportables pour les riches et les superbes dont il est question dans le Magnificat : « il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, (…) il renvoie les riches les mains vides ».  (Lc1,51-53). C’est ainsi qu’on peut comprendre la première d’entre elles : « Heureux les pauvres de cœur car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt5,3).Le bonheur dont il est question n’est pas seulement pour demain, dans la béatitude éternelle de ceux qui vivront en pleine communion avec Dieu, c’est le bonheur du Ciel sur la terre, le bonheur du Royaume déjà là, quand « les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent et que la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». (Mt11,5) 

Vous l’avez compris : les Béatitudes qui ouvrent le Sermon sur la montagne sont une petite bombe, une bombe qui fait exploser nos critères mondains et nous introduit dans la logique du Royaume, là où il faut aimer ses ennemis, donner sans attendre de retour et pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois ! 

Dès lors, nous comprenons l’adresse de Paul aux chrétiens de Corinthe : « Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1Cor1,26-29). Paul met alors en avant le langage de la croix qui défie les logiques humaines. (1Cor1,18)

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.