Homélie de la Pentecôte, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, églises du Sacré-Cœur et Saint-Joseph, 23 et 24 mai 2026.

Comment confesser en même temps le Christ vivant au milieu de nous et à la droite de Dieu comme nous l’avons fêté à l’Ascension ? Comment le suivre sur le chemin qu’il a tracé alors que nous ne le voyons pas ? Autant de questions que les premiers chrétiens n’ont pas manqué de se poser. Le don de l’Esprit Saint : voilà la réponse, le cadeau de Dieu qui change tout. Croyant, nous ne sommes pas laissés à eux-mêmes, abandonnés comme des orphelins. La vie même de Dieu nous est donnée. Son amour circule en nous et entre nous. Il nous embrase comme une flamme. Il nous réjouit de la joie de Dieu. Il agit avec puissance. Il nous renouvelle sans cesse. Il nous donne force et audace pour annoncer l’évangile et répondre aux attentes de nos frères et sœurs. 

Luc décrit ce don de l’Esprit Saint lors de la fête de Pentecôte, Chavouot, la commémoration du don de la Loi, tandis que Jean le situe le soir même de Pâques lors que Jésus souffle sur les disciples alors qu’ils sont enfermés dans la peur, toutes portes verrouillées : « Recevez l’Esprit Saint.  À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »  Ne nous effrayons pas de cette insistance qui paraît négative. C’est une manière juive d’insister, de marquer l’autorité donnée. Jésus donne aux disciples le pouvoir de pardonner, c’est-à-dire d’agir au nom de Dieu, de libérer l’homme captif du péché, enfermé dans ses contradictions. Et cela grâce à l’Esprit Saint qu’il communique. Cet Esprit, c’est l’amour miséricordieux de Dieu qui agit avec puissance et réconcilie les hommes avec Dieu.

Allons droit au but. Aujourd’hui nous fêtons l’Esprit Saint, c’est vrai. Mais nous ne le fêtons pas en soi. Nous le fêtons alors qu’il nous est donné, alors qu’il est répandu dans nos cœurs, alors qu’il nous associe au Christ Seigneur, qu’il nous fait entrer dans la communion du Père et du Fils. Comme Jésus, il nous donne d’appeler Dieu, Abba, Père (Gal4,6) « Il atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rm8,16). Il construit l’unité dans la diversité. Il nous donne de prier selon les intentions de Dieu (Rm8,27).  Lorsque nous parlons de l’Esprit, nous utilisons des images, le feu, le souffle, un violent coup de vent, mais nous ne pouvons nous le représenter. Cependant, nous voyons son action dans la vie de Jésus, son effet chez les premiers chrétiens dans les Actes des apôtres ou les lettres de Paul, de Pierre ou de Jean. De même, nous en faisons l’expérience lorsque nous sommes à son écoute dans la prière ou le partage fraternel et agissons selon les vues de Dieu.

C’est l’Esprit qui permet à chacun d’entendre l’évangile dans sa propre langue. Il nous permet de témoigner, de rendre compte de la foi qui nous anime, de partager la paix et la joie que Dieu nous donne.  C’est l’Esprit qui travaille le cœur des nombreux candidats au baptême, à la confirmation et à l’eucharistie qui se présentent, nombreux depuis quelques mois. Treize d’entre eux vont être confirmés cet après-midi à la cathédrale. D’autres démarrent leur parcours. Ils sont aussi divers que les pèlerins juifs présents à Jérusalem au jour de Pentecôte. L’Esprit souffle dans notre diocèse le vent du renouvellement missionnaire et des fraternités paroissiales. L’Esprit fait toute chose nouvelle et ne cesse de nous surprendre. Il s’offre à nous. A nous de l’accueillir, de nous ouvrir à lui, de le laisser agir pour que la promesse de Dieu s’accomplisse, pour que beaucoup connaissent le bonheur d’être aimer de Dieu et de vivre en frères et sœurs. 

Prions pour que le souffle de l’Esprit dissipe les ténèbres qui pèsent sur notre humanité, qu’il rende et vigueur aux chrétiens assoupis. Qu’il renouvelle la face de la terre. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le 7e dimanche de Pâques paroisse Saint Martin de Roubaix baptême et première communion de lycéens de Saint Rémy. 17 mai 2026

Entre l’Ascension et la Pentecôte nous entendons une nouvelle fois des confidences de Jésus à ses disciples avant qu’il n’entre dans sa Passion. Jésus leur partage ce qu’il a de plus intime et de plus fort, à savoir la communion avec son Père. C’est la mission du Père qu’il est venu accomplir. Cette mission est sur le point de s’achever, d’où l’importance pour lui d’instruire une dernière fois ses disciples avant qu’ils soient envoyés en mission, pour être témoins de sa mort et de sa résurrection.

Jésus emploie à plusieurs reprises ce que je peux qualifier un« gros mot » : glorifier. Gloire, glorifier reviennent en effet très souvent pour qualifier Jésus, pour qualifier Dieu le Père, pour qualifier les disciples que Jésus a reçus du Père. Il vaut mieux bien comprendre ce terme. Il ne s’agit pas de la gloire des héros que la République célèbre lors des fêtes nationales ou militaires. Il s’agit du poids de vie, de l’intensité de vie et d’amour qui caractérisent Dieu, la plénitude d’une vie rayonnante donnée aux autres, d’une vie féconde. Cette gloire, Dieu le Père la partage avec son Fils et Jésus glorifie le Père dans la mesure où il accomplit sa mission d’amour et de tendresse au milieu des hommes. Jésus glorifie le Père lorsqu’il donne sa vie par amour sur la croix. Il glorifie le Père lorsqu’il s’en remet à lui dans la confiance. Le Père et le Fils sont glorifiés dans les disciples lorsque ceux-ci vivent également l’amour fraternel, le don de soi, le partage. Que Jésus soit glorifié dans ses disciples, cela signifie que la vie même de Dieu se communique, se diffuse en nous par l’Esprit Saint qui nous est donné. Ainsi la gloire n’est plus seulement une caractéristique de Dieu, l’humanité elle-même est appelée à partager la gloire de Dieu, à se laisser transformer par l’Esprit Saint. On peut dire encore à se laisser sanctifier, tel que nous le demandons dans le Notre-Père : que ton nom soit sanctifié. Que notre manière d’être et de vivre te glorifie. Que nous puissions répandre ton amour. Le 15 août, nous fêtons celle qui est la toute sainte, déjà glorifiée auprès du Père et de son Fils,  la Vierge Marie montée au ciel, alors que nous sommes encore en chemin. Partager la gloire de Dieu, c’est entrer dans la vie qui n’a pas de fin, la vie éternelle.

« Or », Jésus le dit à son Père dans la prière, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus Christ. » La vie éternelle c’est d’entrer dans cette communion d’amour entre le père et le fils et cette vie éternelle nous y entrons par le baptême lorsque nous devenons fils et filles de Dieu lorsque nous devenons frères et sœurs de Jésus remplis de l’esprit-saint.

Céline Jade Jasmine nael Juliette dans un instant vous allez Être baptisé vous allez être plongé dans l’expérience de Jésus qui se reçoit de son père et s’offre à son père c’est par le baptême que vous allez être libéré de tout ce qui vous enferme sur vous-même hé et vous éloigne de la source de la vie hé vous allez entrer dans la merveilleuse aventure de la foi h le chemin de la confiance Le chemin de la vie reçu et donné h le baptême donne une étonnante liberté une nouveauté toujours nouvelle si toutefois nous continuons à écouter la parole de Dieu et à nous laisser transformer par elle h chers amis lycéennes je vous remercie d’avoir choisi de recevoir le baptême hé vous recevez un véritable trésor et en même temps votre présence dans l’église votre appartenance à la communauté ecclésial enrichit l’église de vos personnalités de vos parcours de vos recherches de votre désir soyez des chrétiennes vivantes apportez votre contribution à la vie de l’église d’abord au lycée Saint-Rémy dans votre famille auprès de vos amis donc faut futures études et dans les décisions que vous prendrez pour votre vie personnelle et professionnelle Comme les apôtres soyez assidus à la prière avec Marie et demander l’esprit Saint que vous recevrez davantage encore lors de votre confirmation si vous la préparez dans les années qui viennent R soyez assidus à la lecture de la parole et au partage fraternel comme vous l’avez fait cette année. Ce sont des éléments essentiels de la vie chrétienne comme la participation à l’eucharistie qui nous unit au Christ dans l’offrande de sa vie au Père puisse toute votre vie et celle des chrétiens qui communient régulièrement devenir une véritable eucharistie c’est-à-dire une louange agréable à Dieu non seulement par la qualité de notre prière et des champs lors de la liturgie mais surtout en faisant de toute notre vie une offrande agréable à Dieu une vie belle qui construise la paix l’amitié l’unité la justice entre les hommes h Juliette Jade, Naël Céline et Jasmine, hé panneau route avec le Christ qu’il soit glorifié en vous comme en chacun de nous Amen

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie de l’Ascension, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 14 mai 2026

La fête de l’Ascension du Seigneur passe presque inaperçue. Elle est méconnue de beaucoup et même de chrétiens convaincus. J’en veux pour preuve plusieurs échanges ces jours derniers. On la confond avec l’assomption de la Vierge Marie ou avec la Pentecôte prochaine ou on l’ignore tout simplement. Et pourtant elle est une facette du mystère de Pâques que l’Eglise a reprise de la pédagogie de l’évangéliste Luc : Pâques, Christ est ressuscité. Ascension : il est monté au Ciel à la droite du Père. Pentecôte : il nous donne l’Esprit Saint. L’Ascension achève les quarante jours durant lesquels il est apparu aux disciples. Cinquante jours pour la Pentecôte calée sur la fête juive de Chavouot qui célèbre le don de la Loi. Les deux s’enchaînent comme l’explique Jésus au début du livre des actes des apôtres lorsqu’il fait la promesse du don de l’Esprit aux apôtres qu’il s’apprête à quitter. 

Comprenons mieux ce qui est en jeu. Jésus ressuscité est vivant, dans la gloire du Père, profondément uni à son Père comme il l’a toujours été, lui qui a été envoyé sur terre par le Père pour sauver l’humanité. En naissant de la Vierge Marie, il n’en est pas moins resté le Fils unique de Dieu, la Parole vivante. Le Père ne l’a pas abandonné lorsqu’il l’a conduit à la croix. Au contraire, il a voulu par là qu’il rejoigne l’humanité dans l’expérience de l’injustice et de la souffrance. Il a voulu qu’il libère l’homme captif du péché et victime de la violence. Comment l’a-t-il libéré ? Sinon par la confiance inébranlable en son Père et l’accueil indéfectible de sa Puissance d’amour, l’Esprit Saint qui va le relever d’entre les morts. C’est ce même Esprit Saint que les apôtres et tous les pèlerins présents à Jérusalem vont recevoir à la Pentecôte. « C’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Eph1,19). Ainsi nous confessons le Christ vivant en Dieu et présent au milieu de nous. Certes il n’est plus visible comme lors des apparitions aux disciples pendant les quarante jours après Pâques, mais il est bien présent dans la Parole que nous proclamons, dans son Corps et son Sang que nous partageons. Il est présent aussi au milieu de nous lorsque nous sommes réunis en son nom et le prions ensemble. Il est présent dans la personne du prêtre, ordonné pour rassembler au nom du Christ. Il est présent aussi dans la personne du frère ou de la sœur qui sollicitent notre aide : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt25,40) Présent et absent. Ou plutôt présent selon deux modes de présence. Auprès du Père et au sein de l’humanité avec laquelle il a partie liée. Ne sommes-nous pas les membres de son Corps,  l’humanité qui grandit dans l’amour « jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ». (Eph4,13)

Ainsi à l’Ascension, nous ne fêtons pas seulement le Christ vivant, élevé au Ciel à la droite de Dieu, nous célébrons aussi l’espérance de l’humanité appelée à partager la gloire de Dieu. Ainsi l’Eglise que nous formons avance dans l’assurance que sa Tête est déjà au Ciel tandis qu’elle chemine sur la terre et avance parfois encore « dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm8,22). Aujourd’hui, nous fêtons Jésus monté au Ciel, mais nous fêtons aussi l’immense espérance de l’humanité en marche vers Dieu. Et cette espérance stimule notre foi. Elle nous donne la force de témoigner avec la puissance de l’Esprit Saint, avec au cœur la promesse qui clôt l’évangile selon Saint Matthieu : Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt28,20). Gardons cette promesse au cœur et rendons grâce à Dieu de nous associer à son Fils dans cette formidable aventure de la foi. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 6ème dimanche de Pâques, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint Sépulcre et Saint-Joseph, Roubaix, 9 et 10 mai 2026.

Dimanche après dimanche, la liturgie nous aide à déployer le mystère de Pâques. A quelques jours de l’Ascension et de Pentecôte, l’évangile qui nous est proposé nous ramène avant la passion de Jésus. Jésus livre ses confidences à ses disciples. Il leur fait la promesse de l’Esprit Saint, le Défenseur, qui leur permettra de témoigner et de « rendre compte de l’espérance qui les anime, avec douceur et respect » comme le dit si bien la première lettre de Pierre.  Cet Esprit, il l’appelle l’Esprit de vérité. La notion de vérité peut nous effrayer. Qui peut prétendre détenir la vérité ? Existe-t-elle vraiment ? N’est-elle pas bien fragile à l’heure des fake-news et des manipulations d’opinion ? Jésus n’hésite pas. Ne se définit-il pas lui-même comme le Chemin, la Vérité, la Vie. Sa vérité, nous sommes appelés à la partager en laissant l’Esprit de vérité agir en nous. Alors nous découvrirons comme lui que nous sommes aimés de Dieu et nous pourrons aimer comme lui. Nous pourrons entrer avec lui dans la confiance au Père, être fils de Dieu comme lui. De ce fait, nous guérirons de nos peurs. Nous pourrons prendre des risques, sans craindre pour notre vie. Comme lui, nous la recevons de Dieu le Père et cela nous donne une liberté étonnante. Cela nous permet une audace incroyable. Comme lui, nous pouvons laisser la force de Dieu agir en nous au point de faire des miracles comme les premiers apôtres qui multipliaient signes et prodiges. Ainsi le commandement de l’amour peut se déployer et créer une fraternité qui manifeste la nouveauté de l’évangile : « Voyez comme ils s’aiment. »

Jésus ne nous laisse pas orphelins. Il nous donne son Esprit. Sa résurrection change tout. Non seulement, il a triomphé de la mort mais il nous donne sa vie. « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez (vous) aussi. » La résurrection du Christ renverse les perspectives. Elle nous permet d’être comme lui en communion avec le Père et remplis d’Esprit Saint. Cette réalité se reçoit dans les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. Elle se déploie au quotidien : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Prions le Seigneur d’habiter en nous par son Corps partagé. Accueillons l’Esprit qui nous permet de grandir dans la communion avec le Père et d’aimer comme Jésus. Demandons-lui de toujours grandir dans cet amour. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le 5ème dimanche de Pâques, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint-François et Saint-Joseph, première communion de Clara et Esteban, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, les 2 et 3 mai 2026.

Voici Jésus qui annonce sa mort prochaine et sa montée auprès du Père. Le tragique de la passion et de la mort semble s’effacer devant la certitude de la vie en Dieu. La communion entre le Père et le Fils est plus forte que la violence qui va clouer Jésus sur la croix. 

Ce sont les disciples qui sont troublés, bouleversés. Ils ont beau accompagner Jésus depuis quelques années, ils n’ont pas compris l’intensité des liens d’amour qui l’unissent au Père. Jésus est obligé d’insister : « Celui qui m’a vu
a vu le Père. » Mais rien n’y fait. Philippe et Thomas multiplient les questions. Ils étalent leur ignorance. Ils ne savent même pas où va Jésus. Comment connaîtraient-ils le chemin. Ils ont suivi Jésus. Ils ont reçu ses enseignements. Ils l’ont vu faire des miracles. Ils ont admiré sa tendresse pour les malades, sa proximité avec les pauvres et les exclus. Ils ont bien reconnu en lui un prophète, un homme de Dieu mais de là à comprendre l’unité d’amour entre lui et son Père, il y a encore du chemin à parcourir. 

Les disciples sont de bons religieux, de vrais chercheurs de Dieu : « Montre-nous le Père et cela nous suffit » lui dit Philippe avec beaucoup de sérieux, tandis que Jésus le ramène à son humanité, au chemin qu’il trace jour après jour. Il est « le chemin, la vérité, la vie. » « Nul ne va vers le Père sans passer par lui. » Qui le connaît, connaît aussi le Père car le Père et lui ne font qu’un. 

Ce que l’évangéliste Jean nous rapporte est de la plus haute importance. C’est Jésus qui fait de nous des chrétiens. C’est en lui que nous découvrons qui est Dieu et que nous entrons en relation avec lui. Plus encore, c’est par lui que nous vivons de la vie même de Dieu, que nous nous laissons transformer par l’Esprit Saint pour devenir à notre tour enfants de Dieu et aimer comme Jésus. Dieu n’est pas une idée, un concept. C’est un Dieu vivant, un Père, riche en miséricorde qui vient au-devant de nous et nous ouvre le chemin vers lui par son Fils. Suivons Jésus dans son humanité, suivons-le jusqu’au partage de son corps et de son sang, jusqu’au don de sa vie sur la croix et nous ressusciterons avec lui. Comme lui, nous vivrons de la vie de Dieu. Nous serons des hommes nouveaux. Dimanche dernier Jésus se disait le berger des brebis ou la porte de la bergerie. Aujourd’hui il se définit comme chemin, comme chemin qui mène au Père. De plus il se dit être la vérité, la vérité d’une vie reçue du Père, la vérité de qui se laisse aimer et aime à son tour. Une vérité dans laquelle nous entrons à travers le baptême et que nous ravivons dans chaque eucharistie. Cette vérité de l’amour est vie. Au matin de Pâques, elle a triomphé de la mort. En communiant au corps du Christ ressuscité, nous aussi, nous entrons dans la vie éternelle. 

Rendons grâce à Dieu pour la merveille accomplie dans le Christ. Rendons grâce à Dieu pour celui qui est le chemin, la vérité, la vie. Laissons-nous entraîner par lui dans la vie nouvelle, dans la vie qui n’a pas de fin. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 3ème dimanche de Pâques, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 19 avril 2026.

Baptême et première communion de Sean SESTIGH et Tony NGO, première communion de Valentine NGO, Christina NGO, Fabio FERREIRA

« Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards ».

« Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent », lorsqu’il répéta le geste de la cène du jeudi saint, la veille de sa passion, lorsqu’il a partagé le pain en disant ceci est mon corps, prenez, mangez et lorsqu’il a partagé le vin, en disant ceci est mon sang, versé en rémission des péchés, prenez, buvez. Leurs yeux s’ouvrirent et ils comprirent qu’il était là, présent, lui qui avait marché avec eux sur la route d’Emmaüs. Lui qui leur avait expliqué dans les Ecritures que sa passion et sa mort n’étaient pas une erreur, un accident regrettable mais qu’elles signifiaient l’amour d’un Dieu qui rejoint l’homme dans sa misère, l’amour d’un Dieu qui rejoint tous les souffrants de la terre et leur signifie que la violence et la mort n’ont pas le dernier mot. Ça y est. Ils ont compris. Ils ont compris que l’amour avait gagné. Que la miséricorde de Dieu l’avait emporté. Et cela change tout. Pas besoin de s’attarder. Voilà pourquoi Jésus disparut à leur regard. Il ne s’agit pas de rester pétrifié devant l’événement inattendu. La présence de Jésus ressuscité éclaire tout d’une lumière nouvelle. Eux qui étaient tristes, déçus dans leur espérance, les voilà pleins d’énergie et d’assurance. C’est pourquoi, sur-le-champ, ils rebroussent chemin. Ils rentrent à Jérusalem pour annoncer la bonne nouvelle aux apôtres et à leurs compagnons. Remarquez bien qu’ils se font déborder et que ce sont les apôtres eux-mêmes qui les prennent de court : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » On peut y voir une pointe d’humour et l’invitation faite aux missionnaires d’être d’abord à l’écoute de l’Esprit Saint à l’œuvre chez ceux qu’ils rencontrent, autant que chez eux !

Frères et sœurs et en particulier, Sean et Tony, qui allez être baptisés, Sean, Tony, Valentine, Christina et Fabio qui allez communier pour la première fois au corps et au sang du Seigneur, vous êtes, nous sommes tous un peu, des disciples d’Emmaüs. D’ailleurs l’un des deux nous est connu par son nom Cléophas, l’autre n’est pas nommé et nous pouvons nous identifier à lui. Le Christ chemine avec nous mais bien souvent nous sommes aveuglés ou dans le brouillard. Il nous faut du temps pour le découvrir, le reconnaître, comprendre les Ecritures et l’accueillir dans les sacrements. C’est alors qu’il se manifeste à nous. Mais attention, il ne nous invite pas à en rester là, à nous satisfaire de cette reconnaissance. A peine l’ont-ils reconnu, qu’il « disparut à leurs regards ». Pas d’arrêt sur image mais une invitation à vivre de sa vie, à témoigner qu’il est vivant et que ça change tout. Une invitation à miser sur l’amour, à accueillir l’immense amour de Dieu pour nous et à le partager en aimant à notre tour, en servant nos frères et sœurs et en faisant le bien comme Jésus. 

Le baptême est un plongeon dans l’expérience de Jésus, un plongeon dans la vérité de notre être fragile et aimé de Dieu. Tout seul, je coule. Je suis perdu. Si je prends la main que Dieu me tend, si je me laisse aimer par lui, je suis sauvé. Par le baptême, nous devenons fils et filles de Dieu, frères et sœurs de Jésus, membres de son corps vivant, membres de l’Eglise. Et dans chaque communion, nous ravivons ce lien avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Nous grandissons dans l’expérience de foi et nous nous offrons au Père avec Jésus. La communion, c’est une étape importante dans la vie d’un chrétien. On peut la recevoir tous les dimanches et même tous les jours. Mais si on communie au corps du Christ, c’est pour que toute notre vie devient eucharistie, si toutefois nous laissons l’Esprit de Dieu nous transformer pour ressembler à Jésus, pour nous laisser aimer par Dieu et aimer comme Jésus nous a aimés en donnant, en partageant, en faisant le bien autour de nous. Alors, oui vraiment nous serons ce que nous recevons. Nous serons membre du corps du Christ, nous serons le corps du Christ et l’Eglise s’en trouvera plus belle, plus forte. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la veillée pascale 2026, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, Roubaix, église Saint-Martin, 4 avril 2026.

Baptême, confirmation et première communion de Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna, première communion de Fabien et Laura

Chacun de nous vient avec son expérience de la vie, les moments heureux et les passages plus difficiles, les moments d’apprentissage et de croissance et ceux où on est davantage dans la routine, les périodes exaltantes et celles plus moroses, le bonheur de l’amour ou la joie de l’amitié, mais aussi la solitude parfois dure à vivre. Certains ont changé de pays plus ou moins récemment. Certains ont donné la vie à des enfants, tandis que d’autres connaissent d’autres fécondités. Certains vivent en couple et en famille stables, d’autres élèvent seuls leurs enfants ou ont recomposé leur famille. La santé ou la maladie. Le travail ou le chômage. La jeunesse ou le poids des ans. Que sais-je encore ? Certains sont dans le calme et la paix, tandis que d’autres se questionnent… ou plutôt tous nous nous questionnons un jour ou l’autre. D’où je viens ? Ou je vais ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi la souffrance et la mort ? Pourquoi les injustices et les guerres ? Pourquoi le racisme et l’exclusion ? Pourquoi ? Pourquoi ? Les questions ne sont pas réservées aux enfants de 4 ans. Elles restent vives parfois même au soir de la vie. Mais chacun avance plus ou moins vite, plus ou moins sereinement.

Ce soir notre expérience et nos questions viennent à la rencontre de l’expérience du Peuple de Dieu et de celle de Jésus, le Sauveur.

L’expérience du peuple de Dieu, nous en avons eu un condensé dans la liturgie de la Parole : la conviction que Dieu aime ce monde qu’il a créé, la conviction que la création de l’homme et de la femme est une bonne chose, la foi d’Abraham prêt à sacrifier son fils unique alors que Sarah et lui ont eu tant de peine à l’avoir, l’expérience que Dieu est sensible à la misère de son Peuple qu’il libère de l’oppression en lui permettant de sortir d’Egypte. Et puis nous avons entendu la promesse de justice et de paix sans cesse renouvelée par la parole vigoureuse des prophètes qui invitent à puiser à la source vive de la grâce, l’amour de Dieu toujours offert. Nous avons communié à la joie profonde des croyants qui savent que Dieu est toujours à leur côté, en alliance fidèle avec Israël. Notre écoute attentive de la Parole nous a conduit à plusieurs reprises à la prière. Nous avons fait nôtre les Psaumes, concentré d’humanité, des psaumes peaufinés au cours des siècles et que le Christ Jésus a prié assidument. Et puis, nous avons chanté le Gloire à Dieu, écouté la belle méditation de l’apôtre Paul sur le baptême qui nous fait passer avec le Christ de la mort à la vie. Enfin nous avons proclamé l’évangile de la résurrection : les anges qui annoncent que Jésus n’est plus au tombeau mais qu’il est ressuscité. Et voilà que Marie Madeleine et l’autre Marie deviennent apôtres des disciples. Elles sont envoyées pour annoncer que Jésus est ressuscité et qu’il les précède en Galilée. En Galilée, c’est-à-dire dans leur région d’origine, dans le quotidien qu’ils ont retrouvé après la mort de Jésus. C’est là que le Ressuscité leur donne rendez-vous. Désormais, plus rien de sera comme avant. L’amour a gagné. La mort a été engloutie et avec lui le péché qui nous éloigne de Dieu et de nos frères et nous conduit à l’impasse. Dorénavant, comme Jésus les disciples peuvent prendre des risques et proclamer la victoire de l’amour, avec des mots mais surtout en actes : en guérissant des malades, en relevant des personnes abattues, en remontant le moral des déprimés, en créant une fraternité nouvelle dans la simplicité et la partage. Bientôt l’Eglise va prendre forme avec une audace incroyable qui lui fera franchir les frontières étroites d’Israël pour s’implanter dans le monde entier. Bientôt, l’Esprit saint va permettre aux nouveaux baptisés de témoigner de leur foi dans l’amour de Dieu toujours offert. La puissance de la miséricorde qui a ressuscité Jésus d’entre les morts va s’exercer et donner des fruits de tendresse, de justice et de paix. Va commencer alors la formidable aventure des chrétiens que nous poursuivons aujourd’hui et dans laquelle vous entrez ce soir Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna. 

Vous vous préparez depuis le début de l’année scolaire. Ensemble, vous avez découvert Jésus et approfondi la relation avec lui. Vous vous êtes initiés à la prière personnelle et ecclésiale.Ce soir, vous allez plonger dans l’expérience de Jésus. Avec lui, vous allez mieux réaliser que tout seules, nous coulons, si nous prenons la main que Dieu nous tend, nous sommes sauvés. Si nous vivons en fils et en filles bien-aimés de Dieu, nous sommes sauvés. Tout seuls, nous pouvons satisfaire nos besoins et même nos désirs, mais sans tarder nous éprouvons l’absence de sens et le vide. Si nous vivons en enfants de Dieu et en frères et sœurs, si nous allons à la rencontre de l’autre, si nous nous risquons au partage, nous ne manquerons de rien. La générosité se renouvellera et il en restera même des corbeilles pleines. Rappelez-vous ce qu’on appelle communément la multiplication des pains, en fait le miracle de l’action de grâce et du partage renouvelé dans chaque eucharistie, dans laquelle Jésus s’offre à nous pour nous donner la vie. 

En accueillant l’amour de Dieu pour nous et en lui faisant confiance, nous pourrons traverser les épreuves. La confiance transfigure les épreuves. Ainsi, comme le dit l’apôtre Paul, « il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous » (Rm8,18). Dans la foi, les passages qui s’ouvrent dans la nuit sont autant de Pâques qui stimulent notre espérance et nous font tressaillir d’allégresse.

Vous les futurs baptisés, vous entrez ce soir dans l’expérience de Jésus, avec nous chrétiens de plus ou moins longue date. En lui, vous êtes aimés de Dieu qui vous connaît mieux que vous-mêmes. En lui, vous êtes fils et filles de Dieu. En lui vous êtes libérés du péché. Vous choisissez la vie et la vie en abondance. Laissez l’Esprit de Dieu vous vivifier. Qu’il vous donne force et vigueur pour aimer en vérité et témoigner de votre foi avec audace. Qu’il vous fasse ressembler de plus en plus à Jésus dans votre façon de prier le Père et de vivre en frères et sœurs. Soyez des chrétiens heureux qui rayonnent joyeusement de la vie nouvelle dans le Christ. Amen. Alléluia.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le dimanche des Rameaux et de la Passion, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Coeur, Roubaix, 29 mars 2026.

C’est un roi qui est acclamé par la foule, un roi messie attendu depuis des siècles par le peuple d’Israël qui se presse à Jérusalem pour les fêtes pascales. Les manteaux et les rameaux sur le sol, les chants de joie. Tout y est pour acclamer le roi-messie. Quelques jours plus tard, ce seront les cris de mise à mort qui les remplaceront : « crucifie-le, crucifie-le ». Comment expliquer ce retournement si rapide ? Par la versatilité des foules et de l’opinion publique. Peut-être mais pas seulement. A l’origine de ce changement brutal, il y a un malentendu. Beaucoup espéraient un roi-messie qui libère Israël de l’occupant romain, un chef qui rétablisse l’indépendance, qui résolve les multiples problèmes. En Jésus, elle croit avoir trouvé l’homme providentiel : il donne à manger aux foules avec trois fois rien ; il guérit, il expulse les mauvais esprits, il parle vrai. Quelle opportunité ! Mais il y a méprise. Jésus ne veut pas être chef de cette manière-là. Quand on veut le faire roi après la multiplication des pains, il s’enfuit dans la montagne (Jn6,15). Lui, il est roi d’humilité, monté sur un petit âne en signe d’humilité (Mt21,7). N’a-t-il pas insisté à plusieurs reprises : « celui qui veut être le chef parmi vous doit être votre serviteur, votre esclave » (Mt20,27) et c’est ce qu’il est, lui qui n’a pas revendiqué d’être traité à l’égal de Dieu mais qui s’est anéanti, vidé de lui-même jusqu’à mourir et à mourir sur une croix (Phil2, 6-11). Voilà pourquoi lorsque Jésus sera menacé par les pouvoirs religieux et politiques de connivence entre eux, il sera abandonné par les siens. Il n’intéressera plus les foules promptes à lui préférer Barabbas un criminel (Mt27,21). Ce retournement est instructif pour nous, aujourd’hui encore qui sommes si facilement subjugués par les offres mirobolantes d’hommes providentiels qui hélas, entraînent si souvent l’humanité dans le désastre des guerres ou des dictatures. Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Il n’est pas ici ou là-bas. Il est au-dedans de nous. Il est discret, tout petit comme la semence enfouie en terre, mais il est promesse de justice et de paix, attention aux plus pauvres, à la veuve, à l’orphelin, à l’immigré. En lui, ce n’est pas la force des armes ou des instruments de propagande qui dominent, mais la miséricorde et la fraternité. C’est ce Royaume que Jésus ne cesse de dire qu’il est tout proche. C’est ce Royaume qu’il inaugure par son parcours de service et d’abaissement jusqu’à la croix. Mesurons bien cette différence pour suivre Jésus dans sa Pâque et ne pas l’abandonner après le dimanche des Rameaux.

Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention, c’est l’identité de Jésus Fils de Dieu. Au pied de la croix, les foules mal intentionnées injurient Jésus en criant : « si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et descend de la croix » (Mt27, 40) Jésus le pourrait en demandant l’intervention de son Père mais il ne le fait pas. Mais il sait que le Père l’a envoyé partager la condition humaine jusque dans la souffrance et la mort, jusqu’à l’expérience de l’absence de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt27,45 ; Ps22,2) Il a lutté pour accepter la coupe du sang versé. Il a demandé à son Père de lui épargner la violence de la mort, mais, au terme d’un véritable combat spirituel, il l’a finalement acceptée en communiant à la volonté du Père. Cette volonté, c’est qu’il rejoigne tous les hommes accablés par l’absurdité de la souffrance : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt26,36-46) 

Celui qui saisit le lien qui unit Jésus à son Père, c’est le centurion romain et ceux qui l’entouraient au pied de la croix.  « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt27,54). Avec eux, confessons nous-aussi que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. C’est comme cela qu’il nous sauve, non parce qu’il serait un héros surpuissant mais parce qu’il est Fils, parce qu’il se laisse aimer par le Père et qu’il s’en remet à lui dans le confiance. Et cela, nous le pouvons-nous-aussi par la grâce du baptême. Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous et pour les futurs baptisés de Pâques. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 4ème dimanche de carême, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 15 mars 2026, 2ème scrutin des catéchumènes.

Comme la semaine dernière avec la Samaritaine, nous venons à nouveau d’entendre une grande histoire, une histoire unique dans l’évangile selon Saint Jean, la guérison de l’aveugle-né. C’est Jésus qui le repère sur son passage. L’aveugle ne demande rien. Les disciples questionnent Jésus pour savoir qui a péché pour qu’il soit ainsi handicapé de naissance : « lui ou ses parents ? » (Jn9,2). Comme beaucoup, ils attribuent la maladie et le handicap au péché. Ne l’entendons-nous pas souvent plus ou moins murmuré : « Qu’est que j’ai fait au bon Dieu pour que m’arrive une telle tuile ? ». Jésus balaie ses explications hasardeuses. Plutôt d’être tourné vers le passé et de nourrir la culpabilité, il va manifester les œuvres de Dieu en lui. Lui qui est la lumière du monde va permettre à l’aveugle-né de recouvrer la vue. Comment ? En deux étapes : Jésus applique de la boue faite de terre et de sa salive puis il dit à l’aveugle d’aller se laver à la piscine de Siloé, un réservoir important qui alimente Jérusalem en eau et permet de se purifier. Nous pouvons y voir des signes, celle de la création du nouvel Adam et l’image de l’eau du baptême qui lave et fait naître à la vie nouvelle. De plus souligne Jean, Siloé signifie Envoyé (Jn9,7) et cet Envoyé, c’est Jésus, l’envoyé du Père, Celui qui apporte la lumière et guérit l’humanité de la cécité. Car comme la Samaritaine, l’aveugle-né n’a pas de nom. Nous pouvons nous reconnaître en lui, nous qui bien souvent, ne voyons pas très clair. Qui ne savons pas très bien où nous allons. Nous qui sommes parfois aveuglés par toutes sortes de mirages, de séductions ou de fake-news. Ils nous empêchent de voir la réalité et surtout de rencontrer Dieu face à face. Nous avons besoin de nous purifier avec l’eau du baptême. Nous avons besoin de nous libérer de tout ce qui nous empêche de voir clair pour faire la vérité et accueillir la lumière de Dieu, le Christ vivant, Fils bien-aimé du Père, resplendissant de sa splendeur comme l’illustrait la transfiguration sur la montagne. Avec l’aveugle, allons à la source. Laissons-couler sur nos yeux l’eau baptismale. Entendons l’appel du Seigneur : « Réveille-toi, ô toi qui dors. Relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » (Eph5,14)

Alors comme l’aveugle guéri, nous pourrons faire profession de foi : « Crois-tu au Fils de l’homme. Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit :« Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit :« Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. » (Jn9,35-38)

La belle histoire ne s’arrête pas là car la guérison de l’aveugle de naissance alimente la polémique contre Jésus. Elle a eu lieu le jour du sabbat et les juifs s’en prennent à Jésus. Ils le contestent. Ils refusent de croire qu’il est un homme de Dieu. Le jugement de Jésus est imparable : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » (Jn9,39)

Ayons l’humilité de reconnaître notre cécité. Implorons la lumière du Christ pour qu’il nous libère de notre péché et de tout ce qui nous enferme dans les ténèbres. Demandons-les « fruits de la lumière : bonté, justice et vérité, capacité à reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Eph5,9). Alors comme David, qui a reçu l’onction du Seigneur (1Sam16,13), nous laisserons l’Esprit s’emparer de nous. Alors, nous refléterons la gloire du Seigneur et serons transfigurés à son image (2Cor3,18). Nous serons des « créations nouvelles dans le Christ, comme on le dit aux baptisés lorsqu’ils revêtent le vêtement blanc de leur renaissance. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le 3ème dimanche de carême, année A, Paroisse Saint-Martin, et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint-François, Roubaix, 7 et 8 mars 2026, 1ers scrutins des catéchumènes.

Une femme de Samarie dont on ignore le nom. 

Une femme qui vient puiser de l’eau en plein soleil de midi comme beaucoup de femmes à travers le monde, là où l’eau courante ne sort pas du robinet.

Une femme à la vie compliquée comme tant de femmes et d’hommes que je rencontre, que vous connaissez, dont vous êtes peut-être.

Une rencontre extraordinaire, entre cette femme et Jésus. Jésus seul tout d’abord car les disciples sont partis faire des provisions. Un Jésus fatigué d’avoir marché. Un Jésus qui a soif et se fait mendiant : il demande de l’eau à boire. Un Jésus qui a l’audace de parler à une femme et de surcroît une Samaritaine, à la fois hérétique et étrangère. Jésus n’est pas à cela près.

Il va se monter extraordinairement pédagogue. Il engage la conversation. Il dépasse son besoin immédiat et parvient à susciter le désir de cette femme : « Il m’a dit tout ce  que j’ai fait ».  C’est elle désormais est en demande : « donne-moi de cette eau que je n’ai plus jamais soif ! » « Donne-moi de cette eau qui jaillit en vie éternelle ! ».

Puissions-nous nous inspirer de lui dans notre capacité à entrer en dialogue avec ceux que nous rencontrons. Puissions-nous par notre attitude, notre bienveillance, notre profond respect, faire grandir la confiance et faire émerger le désir profond. Passer du besoin au désir. Permettre à la soif de Dieu de s’exprimer. Car lui seul peut nous donner la vie qui ne finit pas.

Jésus est vraiment un champion de la relation et de l’écoute : il permet à cette femme de relire sa vie et de faire la vérité. Elle le dit tout simplement à ses concitoyens : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. ». Elle a pu parler de ses cinq maris, reconnaître qu’ils n’étaient pas vraiment ses maris, avouer ses infidélités que ces cinq maris soient des compagnons de vie ou des baals, des idoles païennes, peu importe.

La Samaritaine est libérée. Elle se sent plus légère. Elle devient apôtre de son village. Les habitants accourent pour voir Jésus qui accepte de passer deux jours chez eux. Chez des païens. Vous vous rendez compte !

La Samaritaine qui n’a pas de nom, ce peut être vous ou moi. C’est l’humanité en quête de vérité, l’humanité qui aspire à la vie, l’humanité fatiguée de puiser chaque jour une eau qui ne désaltère pas, une humanité fatiguée du bruit ambiant et des événements qui inquiètent. La Samaritaine, ce sont nos catéchumènes qui s’approchent de la fontaine baptismale et pour lesquels nous allons prier dans un instant, pour qu’ils écartent tout ce qui conduit au mal et à la mort et qu’ils choisissent la vie, le bien, la fraternité qui construit. La Samaritaine, ce sont les catéchumènes, c’est vous, c’est moi, qui aspirons à puiser à la source vive de l’Esprit qui vivifie et faire circuler dans nos cœurs l’amour même de Dieu qui permet de garder le cap de l’espérance (cf Rm5,5). 

Ne craignons pas. Ne restons pas assoiffés comme le peuple hébreu dans le désert (Ex17,3,-7) Allons vers le Rocher d’où sourd l’eau qui désaltère. Tournons-nous vers Seigneur crucifié d’où côté jaillit l’eau qui donne la vie. Elle nous est offerte, gratuitement. « Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Ap22,17).

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.