La fête de l’Ascension du Seigneur passe presque inaperçue. Elle est méconnue de beaucoup et même de chrétiens convaincus. J’en veux pour preuve plusieurs échanges ces jours derniers. On la confond avec l’assomption de la Vierge Marie ou avec la Pentecôte prochaine ou on l’ignore tout simplement. Et pourtant elle est une facette du mystère de Pâques que l’Eglise a reprise de la pédagogie de l’évangéliste Luc : Pâques, Christ est ressuscité. Ascension : il est monté au Ciel à la droite du Père. Pentecôte : il nous donne l’Esprit Saint. L’Ascension achève les quarante jours durant lesquels il est apparu aux disciples. Cinquante jours pour la Pentecôte calée sur la fête juive de Chavouot qui célèbre le don de la Loi. Les deux s’enchaînent comme l’explique Jésus au début du livre des actes des apôtres lorsqu’il fait la promesse du don de l’Esprit aux apôtres qu’il s’apprête à quitter.
Comprenons mieux ce qui est en jeu. Jésus ressuscité est vivant, dans la gloire du Père, profondément uni à son Père comme il l’a toujours été, lui qui a été envoyé sur terre par le Père pour sauver l’humanité. En naissant de la Vierge Marie, il n’en est pas moins resté le Fils unique de Dieu, la Parole vivante. Le Père ne l’a pas abandonné lorsqu’il l’a conduit à la croix. Au contraire, il a voulu par là qu’il rejoigne l’humanité dans l’expérience de l’injustice et de la souffrance. Il a voulu qu’il libère l’homme captif du péché et victime de la violence. Comment l’a-t-il libéré ? Sinon par la confiance inébranlable en son Père et l’accueil indéfectible de sa Puissance d’amour, l’Esprit Saint qui va le relever d’entre les morts. C’est ce même Esprit Saint que les apôtres et tous les pèlerins présents à Jérusalem vont recevoir à la Pentecôte. « C’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Eph1,19). Ainsi nous confessons le Christ vivant en Dieu et présent au milieu de nous. Certes il n’est plus visible comme lors des apparitions aux disciples pendant les quarante jours après Pâques, mais il est bien présent dans la Parole que nous proclamons, dans son Corps et son Sang que nous partageons. Il est présent aussi au milieu de nous lorsque nous sommes réunis en son nom et le prions ensemble. Il est présent dans la personne du prêtre, ordonné pour rassembler au nom du Christ. Il est présent aussi dans la personne du frère ou de la sœur qui sollicitent notre aide : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt25,40) Présent et absent. Ou plutôt présent selon deux modes de présence. Auprès du Père et au sein de l’humanité avec laquelle il a partie liée. Ne sommes-nous pas les membres de son Corps, l’humanité qui grandit dans l’amour « jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ». (Eph4,13)
Ainsi à l’Ascension, nous ne fêtons pas seulement le Christ vivant, élevé au Ciel à la droite de Dieu, nous célébrons aussi l’espérance de l’humanité appelée à partager la gloire de Dieu. Ainsi l’Eglise que nous formons avance dans l’assurance que sa Tête est déjà au Ciel tandis qu’elle chemine sur la terre et avance parfois encore « dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm8,22). Aujourd’hui, nous fêtons Jésus monté au Ciel, mais nous fêtons aussi l’immense espérance de l’humanité en marche vers Dieu. Et cette espérance stimule notre foi. Elle nous donne la force de témoigner avec la puissance de l’Esprit Saint, avec au cœur la promesse qui clôt l’évangile selon Saint Matthieu : Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt28,20). Gardons cette promesse au cœur et rendons grâce à Dieu de nous associer à son Fils dans cette formidable aventure de la foi. Amen !
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.