Homélie du vingt-sixième dimanche du temps ordinaire A, paroisse Saint-Martin et parfois Saint-Charles-de-Foucauld, église du Sacré-Cœur et église Saint-Joseph, Roubaix, 26 et 27 septembre 2026. Journée mondiale du migrant et du réfugié. 

Après l’invitation à la correction fraternelle et celle à pardonner 70 fois 7 fois, voici une parabole qui transgresse les lois du travail et bouscule les repères habituels ! Il y a de quoi être perturbés. Mais comme je l’indique souvent, prenons cela comme une chance. Laissons de côté nos logiques humaines. Oublions nos leçons de mathématiques et la loi de proportionnalité qui exigeraient des salaires croissants en fonction du nombre d’heures travaillées. Si la parabole nous choque, c’est que Jésus veut nous introduire dans une autre logique, celle du Royaume des Cieux et donc celle de Dieu qui est bon et offre à tous les hommes son amour, en dehors de toute règle de rétribution. La conclusion de la parabole nous donne une clé pour comprendre ; les derniers seront premiers, les premiers seront derniers. C’est l’inversion évangélique !

Les derniers, ce sont les païens désormais intégrés dans l’alliance avec Dieu, tandis que beaucoup de membres du peuple élu, les fidèles de la première heure, n’ont pas montré d’enthousiasme pour le Christ. Aujourd’hui, les derniers, ce sont les catéchumènes qui nous surprennent semaine après semaine et reviennent parfois de loin, après avoir traversé des épreuves quand ce n’est pas le Sahara et la mer Méditerranée pour trouver asile chez nous. Les derniers seront premiers. Quelle espérance incroyable ! Vous réalisez : les derniers ! Les publicains et les pécheurs avec lesquels Jésus prenait un repas, les Marie-Madeleine, les Samaritaine, les lépreux et les aveugles. Eux aussi, on ne les attendait pas et leur accueil a sûrement accéléré l’hostilité qui conduira Jésus à la passion. Les derniers, c’était aussi le fils prodigue qui a dépensé tout son argent avec les filles et mangeait des graines destinées aux cochons, tandis que son frère aîné, un premier, s’indignait de la mansuétude de leur Père qui couvrit son fils perdu de baisers et ordonna de tuer le veau gras pour fêter son retour. Allons-nous nous comporter en fils aîné, en ayant droit, en notable de l’Eglise parce que nous pouvons afficher 10,20,50 années de fidélité ou allons-nous nous réjouir des ouvriers de la dernière heure, de ceux qui ne savent pas très bien ce qu’on répond pendant la messe ou ce que signifie ce petit morceau de pain qu’on partage.

Frères et sœurs, l’inversion évangélique qu’opère Jésus vient à point nommé pour cette rentrée de la paroisse. Notre archevêque nous invite en effet à entrer pleinement dans le processus de transformation missionnaire qui va configurer nos paroisses et notre diocèse pour les années à venir. Dans les semaines qui viennent, nous ferons avec l’équipe d’animation paroissiale des propositions pour réfléchir ensemble. Et quand je dis ensemble, je souhaiterais que ce soit avec tous : nouveaux venus ou fidèles depuis des années, acteurs engagés ou timides qui aiment se cacher derrière un pilier, étudiant ou en recherche d’emploi, actif ou retraité, marié avec des enfants, seul ou dans tout type de configuration familiale, né en France ou à l’étranger, arrivé la semaine dernière ou depuis toujours à Roubaix. Ce sera notre manière de vivre la parabole des ouvriers de la dernière heure afin que nous formions ensemble le Corps du Christ, un corps où chacun a sa place. « De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ». (Eph4,12.13) Et, comme l’apôtre Paul, nous pourrons dire : « pour moi, vivre, c’est le Christ » (Phil1).Voici une parabole, une petite histoire comme Jésus les affectionne ! La leçon semble facile à comprendre : il est toujours possible de se repentir, de revenir sur une mauvaise décision et de reprendre le bon chemin, en l’occurrence, accepter le travail que confie le père qui envoie ses fils travailler à la vigne. Une fois de plus Jésus parle en langage codé. La vigne dont il s’agit c’est le Royaume des cieux, le père qui confie la mission, c’est Dieu. La suite immédiate de la parabole nous donne des indications précieuses puisque Jésus évoque les publicains et les prostituées (Mt21,31), qui précèdent dans le Royaume de Dieu les grands prêtres et les anciens lesquels défient Jésus et se croient tout permis du fait de leur position sociale et de leur statut. Ces puissants ne se remettent pas en question, tandis que les publicains et les prostituées se repentent à la parole de Jésus comme ils ont cru Jean-Baptiste et se sont convertis sur sa parole. 

Ils ont cru et ils se sont repentis. Le changement de cap est possible dans la mesure où il y a une relation de confiance. C’est alors que l’homme peut orienter sa liberté vers le bien et ne plus s’obstiner dans des impasses. Sa liberté est transformée par la grâce dirait Saint-Augustin et avec lui le pape Léon qui l’a répété à plusieurs reprises dans ses allocutions hier et avant-hier. La confiance en Dieu conduit à un nouveau comportement. La foi se traduit en actes. C’est une question de cohérence comme l’illustre merveilleusement le passage de l’hymne aux Philippiens que nous avons entendu en seconde lecture (Phil2,1-5).  L’apôtre Paul exhorte les chrétiens de Philippe à avoir les mêmes dispositions que le Christ Jésus. Il conjugue ainsi des conseils très concrets sur la vie communautaire, l’attitude d’humilité, l’esprit de service, le renoncement à l’égoïsme avec le résumé saisissant du parcours du Christ Jésus qui s’est humilié jusqu’à la mort sur la croix et que Dieu a ressuscité. Ce passage, ce kérygme, nous c’est très précieux. Il enracine le comportement personnel et communautaire des chrétiens dans la relation au Christ Jésus. Nous pouvons le méditer souvent pour continuer à nous convertir et ajuster notre manière d’être à la vie nouvelle reçue lors de notre baptême. Comme nous l’affirmons dans le credo, nous croyons en un seul baptême pour la rémission des péchés. Autrement dit, nous croyons que l’inscription dans la foi nous détourne du centrement sur nous-mêmes et de nos intérêts et nous fait grandir dans l’amour. 

Avec l’accueil des migrants et des réfugiés, c’est toute notre société qui est invitée à se convertir, à s’ouvrir aux nouveaux venus, à leur laisser de la place, à leur accorder l’hospitalité, à les accompagner dans la découverte de notre pays, de son mode de vie, de son fonctionnement, comme le pape Léon l’a martelé dans ses discours à Paris. Nous sommes appelés à quitter l’illusion de la tour de Babel c’est à dire d’une société uniforme pour faire l’expérience de la Pentecôte c’est-à-dire de de l’unité dans la diversité que permet l’action de l’Esprit Saint. C’est ainsi que nous repousserons la tentation totalitaire, pour nous enrichir de la diversité des cultures et permettre le dialogue entre personnes d’origine et de traditions culturelles et religieuses différentes. La pastorale des migrants qui a préparé cette messe s’y emploie et a choisi notre paroisse connue pour être ouverte à la diversité. Puissions-nous dépasser la simple coexistence pacifique pour favoriser la rencontre et l’enrichissement mutuel de façon à « nous encourager dans l’amour et d’être en communion dans l’Esprit » comme le dit Saint-Paul (Phil2,1). Nous livrerons alors un beau témoignage de la vie nouvelle dans le Christ. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 25ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles de Foucauld, église Saint Joseph, Roubaix, 19 et 20 septembre 2026.

Après l’invitation à la correction fraternelle et celle à pardonner 70 fois 7 fois, voici une parabole qui transgresse les lois du travail et bouscule les repères habituels ! Il y a de quoi être perturbés. Mais comme je l’indique souvent, prenons cela comme une chance. Laissons de côté nos logiques humaines. Oublions nos leçons de mathématiques et la loi de proportionnalité qui exigeraient des salaires croissants en fonction du nombre d’heures travaillées. Si la parabole nous choque, c’est que Jésus veut nous introduire dans une autre logique, celle du Royaume des Cieux et donc celle de Dieu qui est bon et offre à tous les hommes son amour, en dehors de toute règle de rétribution. La conclusion de la parabole nous donne une clé pour comprendre ; les derniers seront premiers, les premiers seront derniers. C’est l’inversion évangélique !

Les derniers, ce sont les païens désormais intégrés dans l’alliance avec Dieu, tandis que beaucoup de membres du peuple élu, les fidèles de la première heure, n’ont pas montré d’enthousiasme pour le Christ. Aujourd’hui, les derniers, ce sont les catéchumènes qui nous surprennent semaine après semaine et reviennent parfois de loin, après avoir traversé des épreuves quand ce n’est pas le Sahara et la mer Méditerranée pour trouver asile chez nous. Les derniers seront premiers. Quelle espérance incroyable ! Vous réalisez : les derniers ! Les publicains et les pécheurs avec lesquels Jésus prenait un repas, les Marie-Madeleine, les Samaritaine, les lépreux et les aveugles. Eux aussi, on ne les attendait pas et leur accueil a sûrement accéléré l’hostilité qui conduira Jésus à la passion. Les derniers, c’était aussi le fils prodigue qui a dépensé tout son argent avec les filles et mangeait des graines destinées aux cochons, tandis que son frère aîné, un premier, s’indignait de la mansuétude de leur Père qui couvrit son fils perdu de baisers et ordonna de tuer le veau gras pour fêter son retour. Allons-nous nous comporter en fils aîné, en ayant droit, en notable de l’Eglise parce que nous pouvons afficher 10,20,50 années de fidélité ou allons-nous nous réjouir des ouvriers de la dernière heure, de ceux qui ne savent pas très bien ce qu’on répond pendant la messe ou ce que signifie ce petit morceau de pain qu’on partage.

Frères et sœurs, l’inversion évangélique qu’opère Jésus vient à point nommé pour cette rentrée de la paroisse. Notre archevêque nous invite en effet à entrer pleinement dans le processus de transformation missionnaire qui va configurer nos paroisses et notre diocèse pour les années à venir. Dans les semaines qui viennent, nous ferons avec l’équipe d’animation paroissiale des propositions pour réfléchir ensemble. Et quand je dis ensemble, je souhaiterais que ce soit avec tous : nouveaux venus ou fidèles depuis des années, acteurs engagés ou timides qui aiment se cacher derrière un pilier, étudiant ou en recherche d’emploi, actif ou retraité, marié avec des enfants, seul ou dans tout type de configuration familiale, né en France ou à l’étranger, arrivé la semaine dernière ou depuis toujours à Roubaix. Ce sera notre manière de vivre la parabole des ouvriers de la dernière heure afin que nous formions ensemble le Corps du Christ, un corps où chacun a sa place. « De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ». (Eph4,12.13) Et, comme l’apôtre Paul, nous pourrons dire : « pour moi, vivre, c’est le Christ » (Phil1).

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 24ème dimanche du temps ordinaire paroisse Saint-Martin et paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église du Saint sépulcre et église Saint Joseph Roubaix 12 et 13 septembre 2026.

70 fois 7 fois ! Nous sommes dans la démesure. Ce que demande Jésus à Pierre paraît inatteignable. C’est une véritable provocation. A l’évidence, le chiffre est là pour nous impressionner, pour nous faire quitter nos logiques comptables, notre étroitesse, l’enfermement sur nous-mêmes et la défense de nos intérêts. Le chiffre est là pour nous impressionner, pour nous tourner vers Dieu dont l’amour surabondant est sans cesse offert ; pour nous tourner vers Dieu qui nous comble de sa miséricorde. 70 fois7 fois. Nous n’y arriverons jamais, si ce n’est avec l’aide de Dieu, avec le feu de l’Esprit qui brûle en nous le ressentiment, la haine, la volonté de vengeance qui aujourd’hui font tant de tort à l’humanité meurtrie par les guerres, l’injustice, l’exclusion. 70 fois 7 fois, c’était le nombre de fois où Lamek, l’arrière-petit-fils de Caïn allait être vengé (Gn4,24). 

Ainsi le Fils de Dieu brise le cycle infernal de la vengeance et la démesure de la violence, pour nous introduire dans l’amour sans mesure de Dieu et partager sa miséricorde infinie avec nous. La parabole qui suit n’en est que plus frappante. L’attitude misérable du serviteur contraste avec la prodigalité du roi. Elle illustre hélas les pratiques dominantes de notre monde. Pensons à ce que nous pouvons vivre sur nos lieux de travail, dans les relations entre les pays ou les peuples et même parfois dans nos familles. Et pourtant, nous le savons bien, la vengeance et la violence détruisent, blessent, abîment durablement. Que cherchons-nous à travers elles ? Quel but poursuivons-nous ? Pouvons-nous cessez ce cercle vicieux pour pardonner, pour vivre la compassion et pratiquer la miséricorde à l’image de Dieu. Pouvons-nous abandonner la dureté du cœur et permettre à l’autre de se relever ? Pouvons-nous entrer dans la générosité de Dieu plutôt que de rester crispés sur notre bon droit et la défense de nos intérêts ? Nous le demandons chaque jour dans le Notre Père : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».  Comment pouvons-nous accueillir le pardon de Dieu sans pardonner nous-mêmes à nos frères et sœurs, sans être nous-mêmes artisans de paix. 

Vous le comprenez, il y a là un enjeu majeur pour notre foi, pour le témoignage que nous donnons. Déjà, Ben Sira le sage (Sir27,30-28,7) suggérait de penser à son sort final, au déclin de sa vie et à la mort, pour renoncer à la haine. Il conseillait de pardonner son prochain pour bénéficier du pardon de Dieu. Le pardon n’est pas seulement essentiel dans les relations entre les hommes. Il nous dispose à accueillir la vie de Dieu qui est miséricorde.  En effet, « aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur » (Rm14,7) 

Demandons à l’Esprit Saint d’insuffler en nous cette capacité à pardonner « du fond du cœur » (Mt18,35). Qu’il nous incite à quitter nos étroitesses pour entrer dans la magnanimité de Dieu. Qu’il nous donne de laisser de côté nos pratiques mortifères pour favoriser la vie, car, comme le chante le psaume (Ps102,4) « il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. »

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.