Homélie du 27e dimanche du temps ordinaire paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint-François et Saint-Joseph, paroisse Saint-Martin Roubaix 3 et 4 octobre 2026.

La vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël, une vigne chérie de Dieu, bénie, consacrée et pourtant elle a déçu. Elle a déçu le Dieu fidèle, le Dieu miséricordieux et qui pardonne. Elle a déçu à plusieurs reprises dans la longue histoire de l’alliance entre Dieu et son peuple. C’est ainsi que les croyants juifs ont compris l’exil à Babylone et d’autres épreuves. Ils les ont interprétés comme résultat de leur infidélité. Jésus reprend cette longue histoire avec l’image de la vigne et du propriétaire qui envoie ses serviteurs, des serviteurs qui sont frappés, tués, lapidés, à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il envoie son propre fils, un fils que les vignerons eux aussi ont saisi, jeté hors de la vigne et tué. À l’évidence nous y voyons la figure de Jésus, rejeté par les anciens et les scribes d’Israël, condamné par les grands prêtres et par Ponce Pilate jusqu’à être humilié et crucifié. La conclusion de la parabole est terrible : « le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». Une nouvelle fois, l’évangile selon Saint Matthieu illustre le basculement de l’Eglise qui s’ouvre au monde païen, alors qu’elle était initialement composée de Juifs, à commencer par les apôtres que Jésus s’est choisis. 

Cela peut nous paraître de l’histoire ancienne qui ne nous concerne pas. Que pouvons-nous en tirer aujourd’hui ?  Comme l’a souligné la visite du pape Léon en France, notre Eglise fait l’heureuse expérience de jeunes et de moins jeunes qui la rejoignent pour demander le baptême ou la première communion ou la confirmation. Ils deviennent catéchumènes ou néophytes, nouvelles pousses, après avoir reçu le sacrement, et ils bousculent notre Eglise. Ils nous invitent à l’hospitalité, à l’accueil, à l’ouverture, à l’adaptation de notre langage. Comment laisser la place aux nouveaux venus ? Comment nous ouvrir à leur mode d’expression, à leurs attentes, à leur volonté d’unifier leur vie, d’allier la prière personnelle et communautaire, la liturgie, le témoignage de la foi et le service des autres ?  Il s’agit là de piliers indispensables pour que la foi donne du fruit, que l’évangile soit annoncé aux hommes d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’à l’aube du renouvellement missionnaire que notre évêque souhaite pour le diocèse, chacun de nous est amené à s’interroger : Le groupe d’église auquel j’appartiens est-il davantage un club fermé, installé dans ses habitudes ou une communauté ouverte, accueillante, désireuse de se renouveler, de laisser la place à des nouveaux venus, de se laisser surprendre par ceux qui la rejoignent, à se laisser enrichir de la diversité des parcours humains, des origines ethniques jusqu’à laisser la place à de nouvelles expressions de la foi qu’elle soit musicales ou visuelles. A bien des reprises dans l’histoire, l’Eglise a été menacée d’affadissement, de routine, et finalement d’infidélité. A bien des époques, elle s’est laissée bousculer par les changements de la société et les appels que l’Esprit Saint lui faisait à travers des frères et des sœurs que Dieu a saisis et touchés au plus intime d’eux-mêmes.  C’est ainsi qu’en ce 4 octobre l’Eglise fait mémoire de Saint-François d’Assise, fils de commerçant aisé qui commerçait avec la France et avait donné à son fils le nom de Francisco, petit français. Devenu adulte, François à rejeter la vie facile de petit bourgeois pour adopter la pauvreté la plus radicale et rassembler des frères pour vivre l’évangile. Il n’a pas manqué d’audace jusqu’à embrasser un lépreux ou rencontrer le sultan d’Égypte musulman et fraterniser avec lui. Nombreux sont ceux qui se sont mis en route à sa suite ou à la suite de Claire. 800 ans après, François est encore un modèle de vie évangélique dans la simplicité, la joie, la fraternité. Confions-lui notre Eglise en renouvellement Confions-lui nos paroisses Saint-Charles-de-Foucauld et Saint-Martin. Confions-lui les nombreux catéchumènes qui frappent à la porte et ceux qui les accompagnent. Par son intercession, demandons au Seigneur de nous renouveler en profondeur, pour que nous puissions rayonner de l’évangile qui donne la vie, pour que nos paroisses puissent donner de bons fruits. Amen. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

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