Homélie pour le 3ème dimanche de carême, année A, Paroisse Saint-Martin, et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint-François, Roubaix, 7 et 8 mars 2026, 1ers scrutins des catéchumènes.

Une femme de Samarie dont on ignore le nom. 

Une femme qui vient puiser de l’eau en plein soleil de midi comme beaucoup de femmes à travers le monde, là où l’eau courante ne sort pas du robinet.

Une femme à la vie compliquée comme tant de femmes et d’hommes que je rencontre, que vous connaissez, dont vous êtes peut-être.

Une rencontre extraordinaire, entre cette femme et Jésus. Jésus seul tout d’abord car les disciples sont partis faire des provisions. Un Jésus fatigué d’avoir marché. Un Jésus qui a soif et se fait mendiant : il demande de l’eau à boire. Un Jésus qui a l’audace de parler à une femme et de surcroît une Samaritaine, à la fois hérétique et étrangère. Jésus n’est pas à cela près.

Il va se monter extraordinairement pédagogue. Il engage la conversation. Il dépasse son besoin immédiat et parvient à susciter le désir de cette femme : « Il m’a dit tout ce  que j’ai fait ».  C’est elle désormais est en demande : « donne-moi de cette eau que je n’ai plus jamais soif ! » « Donne-moi de cette eau qui jaillit en vie éternelle ! ».

Puissions-nous nous inspirer de lui dans notre capacité à entrer en dialogue avec ceux que nous rencontrons. Puissions-nous par notre attitude, notre bienveillance, notre profond respect, faire grandir la confiance et faire émerger le désir profond. Passer du besoin au désir. Permettre à la soif de Dieu de s’exprimer. Car lui seul peut nous donner la vie qui ne finit pas.

Jésus est vraiment un champion de la relation et de l’écoute : il permet à cette femme de relire sa vie et de faire la vérité. Elle le dit tout simplement à ses concitoyens : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. ». Elle a pu parler de ses cinq maris, reconnaître qu’ils n’étaient pas vraiment ses maris, avouer ses infidélités que ces cinq maris soient des compagnons de vie ou des baals, des idoles païennes, peu importe.

La Samaritaine est libérée. Elle se sent plus légère. Elle devient apôtre de son village. Les habitants accourent pour voir Jésus qui accepte de passer deux jours chez eux. Chez des païens. Vous vous rendez compte !

La Samaritaine qui n’a pas de nom, ce peut être vous ou moi. C’est l’humanité en quête de vérité, l’humanité qui aspire à la vie, l’humanité fatiguée de puiser chaque jour une eau qui ne désaltère pas, une humanité fatiguée du bruit ambiant et des événements qui inquiètent. La Samaritaine, ce sont nos catéchumènes qui s’approchent de la fontaine baptismale et pour lesquels nous allons prier dans un instant, pour qu’ils écartent tout ce qui conduit au mal et à la mort et qu’ils choisissent la vie, le bien, la fraternité qui construit. La Samaritaine, ce sont les catéchumènes, c’est vous, c’est moi, qui aspirons à puiser à la source vive de l’Esprit qui vivifie et faire circuler dans nos cœurs l’amour même de Dieu qui permet de garder le cap de l’espérance (cf Rm5,5). 

Ne craignons pas. Ne restons pas assoiffés comme le peuple hébreu dans le désert (Ex17,3,-7) Allons vers le Rocher d’où sourd l’eau qui désaltère. Tournons-nous vers Seigneur crucifié d’où côté jaillit l’eau qui donne la vie. Elle nous est offerte, gratuitement. « Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Ap22,17).

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 2ème dimanche de carême, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises du Sacré-Cœur et Saint-Joseph et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 28 février et 1er mars 2026.

Voici que notre deuxième étape de carême nous entraîne à contempler Jésus transfiguré, resplendissant de lumière. Avec Pierre, Jacques et Jean, nous sommes les témoins privilégiés de cet épisode lumineux qui ne survient pas n’importe quand, mais six jours après la première annonce que Jésus fait de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Juste après que Simon l’eut reconnu comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et que Jésus l’eut nommé Pierre, une pierre sur laquelle il bâtira son Eglise. Avec l’annonce de la passion et de la mort, tout s’est gâté. Pierre n’a pas admis cette perspective. Nous ferions de même si un bon ami nous annonçait une perspective aussi sombre. Comment imaginer une fin aussi atroce pour celui qui vient d’être reconnu comme messie, Christ, Fils de Dieu ? La mention de la résurrection est à peine audible et ne suffit pas à rassurer le premier des apôtres qui se voit traiter de Satan : « Derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celle de Dieu mais celle des hommes ! » (Mt16,23) Et la suite n’est pas plus rassurante puis que les disciples eux-aussi devront renoncer à eux-mêmes et prendre leur croix (Mt16,24).

Changement d’ambiance avec la transfiguration de Jésus qui irradie une lumière éclatante tandis que Moïse et Elie s’entretiennent avec lui. La Loi et les Prophètes, toute la révélation de Dieu consignée dans la Bible, confirme le choix de Dieu : le Christ revêtu de lumière est bien le même qui marche vers sa passion et sa mort tragique. La voix du Père l’authentifie, comme lors du baptême dans le Jourdain ; « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mt17,5) L’expérience est si intense que les apôtres tomberont à la renverse et garderont le silence jusqu’à ce que Jésus ressuscite d’entre les morts. Matthieu nous présente cela comme une consigne de Jésus. Marc nous précise qu’ils respectèrent l’ordre de Jésus parce qu’ils ne comprenaient pas bien ce que voulait dire résurrection (Mc9,9-10). Disons qu’il y a une version politiquement correcte, Matthieu, et une autre un peu moins, Marc. Réalisons aussi que les évangiles ont été écrits bien après la mort et la résurrection de Jésus et que les apôtres, confrontés à l’inédit de la résurrection se sont alors souvenus de ce qu’ils avaient vécu avec Jésus et ont compris à postériori la signification de ce moment lumineux sur la montagne. Quelque chose comme : « Tu te souviens de cet épisode où Jésus en prière était apparu brillant de lumière, comme Moïse lorsqu’il descendait de la montagne après s’être entretenu avec Dieu. » Nous en avons la trace dans la deuxième lettre de Pierre (2P1,16-18)

Frères et sœurs, nous sommes disciples d’un Messie crucifié. En ce carême, plus que jamais nous avons les yeux fixés sur Jésus qui avance vers sa passion. Nous le suivons pas à pas lui le Fils de Dieu resplendissant de lumière, lui le Serviteur humilié qui partage la souffrance des hommes et éprouve l’absurdité de la violence. Nous le suivons pas à pas, lui le Fils qui reçoit sa force du Père et nous nous rappelons de notre baptême : seuls nous coulons, nous sommes submergés par le péché et les difficultés de la vie ; si nous prenons la main que Dieu nous tend, si nous devenons davantage enfants de Dieu, alors nous aussi nous passerons de la mort à la vie et nous nous surprendrons à ressusciter.  Telle est la perspective qui s’ouvre pour nous en ce début de carême : vivre la Pâque avec Jésus, Fils de Dieu.

C’est en tout cas l’expérience que l’apôtre Paul partage avec son jeune collaborateur Timothée confronté aux souffrances liées à l’annonce de l’évangile (2Tm1,8b-10). Tel maître. Tel disciple. Nul ne peut être mon disciple s’il ne renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Nul ne peut être mon disciple, s’il n’accepte, comme Abram, de faire une confiance absolue au Dieu qui nous demande de nous mettre en route vers la terre de la promesse (Gn12,1-4a). Nul ne peut être mon disciple s’il n’accepte de vivre l’aventure de la foi, de la remise confiante entre les mains du Père. Seigneur, nous t’en prions : augmente en nous la foi. Guide-nous sur le chemin du carême. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du mercredi des cendres 2026, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint François, Roubaix, 18 février 2026.

Des cendres sur le front. Un symbole fort à l’heure où il n’est plus possible de construire des cheminées à foyer ouvert et ou le projet de loi sur l’aide à mourir accentue l’illusion de maîtriser toute chose, même la mort. 

Des cendres sur le front en forme de croix pour annoncer la passion du Christ à venir et se préparer à célébrer avec lui le grand passage de la mort à la vie, la Pâque, fondement de notre raison de vivre et d’espérer.

Des cendres pour nous rappeler que nous sommes mortels : « tu es poussière et tu redeviendras poussière ». Des cendres malléables comme l’argile dont nous sommes modelés, pour que Dieu insuffle en nous son Esprit pour nous recréer et nous remodèle jusqu’à ce que nous soyons semblables à Jésus, son Fils bien-aimé : « Convertis-toi et crois à l’évangile. »

Un symbole fort qui nous vient de la nuit des temps, des croyants du peuple d’Israël et probablement de bien d’autres tribus qui se couvraient la tête de cendres en signe d’humilité et de pénitence. Une invitation à nous purifier du péché et de tout ce qui altère la relation à Dieu et aux autres. 

Depuis longtemps, les cendres sont associées au jeûne. Le jeûne pour éprouver notre fragilité, nous rapprocher de ceux qui ont faim pour partager avec eux. Mieux réaliser combien nous dépendons des aliments tirés de la terre, dons de Dieu et du travail des hommes, agriculteurs, éleveurs, transporteurs, magasiniers, commerçants, vendeurs, caissiers… que nous pouvons confier au Seigneur aujourd’hui et lorsque nous bénissons Dieu avant le repas. Mais le jeûne, ce peut-être aussi nous libérer de l’alcool, du tabac ou de la drogue, retrouver notre liberté face aux réseaux sociaux et aux jeux qui nous enferment et nous abrutissent. A nous de décider de quoi nous allons jeûner. 

Mais le carême qui commence ne s’arrête pas aux cendres et au jeûne. Il est d’abord un temps offert pour nous préparer à Pâques, un temps pour réactiver en nous la grâce du baptême et être toujours davantage fils et filles de Dieu en accompagnant ce qui se préparent au baptême, à la confirmation et à a première eucharistie. 

Pour cela deux autres piliers nous sont offerts pour ce temps fort : la prière et l’aumône. La prière d’abord, dans le cœur à cœur avec Dieu, dans le silence, la méditation de la Parole de Dieu, l’adoration mais aussi dans la prière familiale ou communautaire, en fraternité ou à l’église. La prière comme un rendez-vous amoureux avec Dieu. Un temps d’écoute et d’accueil du don gratuit de Dieu. Un temps pour se confier et enraciner nos choix, notre mode de vie, nos orientations dans l’amour de Dieu. Un temps d’intercession pour ceux qui nous sont proches ou plus lointains. Je vous souhaite de progresser dans la prière, d’être assidus à la prière chaque jour de ce carême au moins le matin et le soir, mais aussi pourquoi pas en participant à la messe en semaine le midi ou aux temps de prière proposés par la paroisse : chapelet, adoration, fraternités. Le dimanche 8 mars nous prendrons un temps après la messe de 10h15 pour mieux comprendre la prière avant de vivre un nouveau repas paroissial partagé pour ceux qui sont seuls.

L’autre pilier du carême, c’est l’aumône ou si vous préférez le partage pour vivre davantage en frères et sœurs, enfants d’un même père. Ce partage, à nous de l’inventer : don à l’Eglise ou à des associations comme le CCFD Tette solidaire qui sollicite notre participation le 5ème dimanche de carême mais aussi si nous n’avons pas beaucoup d’argent, don de notre temps et de nos compétences dans du bénévolat, visites ou signes d’amitié à des personnes qu’on sait seules, âgées ou malades. 

A nous de choisir comment vivre notre carême. A nous de nous donner des moyens de laisser Dieu toucher notre cœur et nous transformer par son amour pour nous préparer à vivre Pâques, à nous laisser renouveler à l’image de Jésus. Bon carême à tous et à toutes. Que le Seigneur vous accompagne et touche votre cœur pour qu’il se tourne davantage vers lui et vous fasse grandir dans l’amour. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises Saint Sépulcre et Saint Joseph, Roubaix, 14 et 15 février 2026.

« Pas un iota, pas un petit trait ». Jésus n’abolit rien de la Loi et des prophètes. Il accomplit. C’est-à-dire qu’il la réalise complètement. Dans sa personne d’abord et chez les disciples qu’il forme à la Loi nouvelle. « Les Anciens vous ont dit ». « Moi, je vous dis ». Jésus engage toute son autorité, tel un nouveau Moïse. Il renforce les exigences de la Loi ou plutôt, il dépasse le formalisme qui peut la caractériser. Il inscrit la Loi dans les cœurs. La Loi instruit la conscience. Elle fait communier profondément au désir de Dieu et à son projet d’amour pour l’humanité. Elle manifeste l’alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité dans la personne de Jésus.

Il y a quelques jours, un futur marié qui découvrait l’évangile me partageait sa surprise devant les propos de Jésus : « c’est drôle, la manière dont il voit les choses. » Il peinait à comprendre l’exigence de fidélité et le rejet de la répudiation permise par Moïse. Il défendait une sagesse humaine au goût du jour : « si ça ne va plus avec ta femme, tu la quittes » et mesurait la folie de la demande de Jésus, la folie d’un amour fidèle qui cherche à pardonner, à renouer au-delà des différends. En effet, l’accomplissement de la Loi que préconise Jésus fait entrer dans la Sagesse de Dieu, souvent bien différente de la Sagesse du monde. 

Cette sagesse de Dieu, c’est la folie d’un amour sans limite, d’un don sans retour comme le révèlera Jésus dans sa passion et sa mort sur la croix. Si nous voulons entrer dans le Royaume de Dieu, il nous faut progresser dans la Sagesse du mystère de Dieu. Il nous faut travailler notre conscience et notre volonté pour communier de plus en plus au projet de Dieu, inscrire sa Loi d’amour au plus profond de nos cœurs pour qu’elle guide nos décisions et oriente nos choix : Comme le disait Ben Sira : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.  La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » 

Demandons au Seigneur de nous instruire de l’intérieur. Demandons la grâce de prendre nos décisions dans la prière. Prions l’Esprit Saint de nous éclairer, de guider nos choix, de les fonder dans l’amour, de les orienter en fonction du Royaume de Dieu et non pas de nos intérêts personnels. Et nous entrerons plus avant dans la salut promis. Nous connaîtrons le bonheur de ceux qui « marchent selon la Loi du Seigneur. » Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.