Homélie du 24ème dimanche du temps ordinaire paroisse Saint-Martin et paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église du Saint sépulcre et église Saint Joseph Roubaix 12 et 13 septembre 2026.

70 fois 7 fois ! Nous sommes dans la démesure. Ce que demande Jésus à Pierre paraît inatteignable. C’est une véritable provocation. A l’évidence, le chiffre est là pour nous impressionner, pour nous faire quitter nos logiques comptables, notre étroitesse, l’enfermement sur nous-mêmes et la défense de nos intérêts. Le chiffre est là pour nous impressionner, pour nous tourner vers Dieu dont l’amour surabondant est sans cesse offert ; pour nous tourner vers Dieu qui nous comble de sa miséricorde. 70 fois7 fois. Nous n’y arriverons jamais, si ce n’est avec l’aide de Dieu, avec le feu de l’Esprit qui brûle en nous le ressentiment, la haine, la volonté de vengeance qui aujourd’hui font tant de tort à l’humanité meurtrie par les guerres, l’injustice, l’exclusion. 70 fois 7 fois, c’était le nombre de fois où Lamek, l’arrière-petit-fils de Caïn allait être vengé (Gn4,24). 

Ainsi le Fils de Dieu brise le cycle infernal de la vengeance et la démesure de la violence, pour nous introduire dans l’amour sans mesure de Dieu et partager sa miséricorde infinie avec nous. La parabole qui suit n’en est que plus frappante. L’attitude misérable du serviteur contraste avec la prodigalité du roi. Elle illustre hélas les pratiques dominantes de notre monde. Pensons à ce que nous pouvons vivre sur nos lieux de travail, dans les relations entre les pays ou les peuples et même parfois dans nos familles. Et pourtant, nous le savons bien, la vengeance et la violence détruisent, blessent, abîment durablement. Que cherchons-nous à travers elles ? Quel but poursuivons-nous ? Pouvons-nous cessez ce cercle vicieux pour pardonner, pour vivre la compassion et pratiquer la miséricorde à l’image de Dieu. Pouvons-nous abandonner la dureté du cœur et permettre à l’autre de se relever ? Pouvons-nous entrer dans la générosité de Dieu plutôt que de rester crispés sur notre bon droit et la défense de nos intérêts ? Nous le demandons chaque jour dans le Notre Père : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».  Comment pouvons-nous accueillir le pardon de Dieu sans pardonner nous-mêmes à nos frères et sœurs, sans être nous-mêmes artisans de paix. 

Vous le comprenez, il y a là un enjeu majeur pour notre foi, pour le témoignage que nous donnons. Déjà, Ben Sira le sage (Sir27,30-28,7) suggérait de penser à son sort final, au déclin de sa vie et à la mort, pour renoncer à la haine. Il conseillait de pardonner son prochain pour bénéficier du pardon de Dieu. Le pardon n’est pas seulement essentiel dans les relations entre les hommes. Il nous dispose à accueillir la vie de Dieu qui est miséricorde.  En effet, « aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur » (Rm14,7) 

Demandons à l’Esprit Saint d’insuffler en nous cette capacité à pardonner « du fond du cœur » (Mt18,35). Qu’il nous incite à quitter nos étroitesses pour entrer dans la magnanimité de Dieu. Qu’il nous donne de laisser de côté nos pratiques mortifères pour favoriser la vie, car, comme le chante le psaume (Ps102,4) « il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. »

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

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