À première vue, voici des indications pour bien vivre ensemble, l’exigence de s’intéresser à ce que vive les frères et sœurs dans la foi. Cela peut nous sembler curieux : Après tout, chacun ses problèmes ! L’examen de conscience est quelque chose de très personnel. Il se joue dans la relation intime avec Dieu, comme cela se manifeste dans le sacrement de réconciliation. Ici, il en va tout autrement. Chaque croyant est invité à se préoccuper de ses frères et de ses sœurs, à les guider s’ils ont péché envers lui. L’exigence de réconciliation devient un enjeu communautaire. Cela se vit au sein des communautés monastiques où le soir les frères ou les sœurs reconnaissent leurs fautes et demandent pardon s’ils ont blessé l’un ou l’autre. Mais il me semble que nous n’avons pas pris la mesure de ce qui se joue. Déjà le prophète Ezékiel, notre première lecture, avait reçu de Dieu cette mission de dénoncer le péché du peuple et de l’inviter à la conversion. Réfléchissons bien. Le salut n’est pas une affaire individuelle. Il ne s’agit pas de sauver son âme. Il s’agit d’avancer vers le Royaume que Dieu nous donne, de nous ajuster au projet d’amour, de justice et de paix de Dieu, comme le manifeste la communion eucharistique. Nous avançons ensemble vers la même table sainte qui préfigure la table des noces entre Dieu et l’humanité même si nous sommes parfois juxtaposés les uns aux autres dans l’assemblée et que beaucoup sont seuls. L’aventure que nous vivons dans la foi est une aventure communautaire. C’est ensemble que nous écoutons la Parole, ensemble que nous entrons dans l’action de grâce du Christ et participons au mystère de Pâques avec lui. Ensemble, dans la diversité de nos personnalités, de nos histoires, dans l’ancienneté ou l’intensité de notre appartenance à l’Eglise. Nous célébrons l’eucharistie pour la gloire de Dieu et le salut du monde, pas seulement notre salut personnel, le salut du monde ! C’est le sens de notre prière universelle. C’est le sens de la prière eucharistique qui s’unit à toute l’Eglise, au Pape et aux évêques du monde entier, qui embrasse dans une même prière les vivants et les morts, ceux qui sont déjà au ciel, les saints et ceux qui sont encore en chemin, nous-mêmes.
Frères et sœurs comprenez bien : au-delà des conseils que Jésus nous donne, l’enjeu, c’est de penser la foi comme une aventure communautaire. C’est prendre conscience que le salut concerne toute l’humanité que Dieu chérit chacun de nos frères en humanité, croyant ou non. L’un d’entre vous me partageait hier son étonnement que l’Eglise ne s’implique pas dans le soin des personnes victimes de la drogue pour les libérer de ce fléau. Nous pourrions en dire autant de bien des défis auxquels notre humanité est confrontée. La foi ne nous conduit pas à vivre en dehors de la complexité du monde. Elle nous invite au contraire à travers nos professions, nos engagements, nos initiatives, à favoriser la fraternité et la justice en vue du Royaume de Dieu. En ce début d’année, interrogeons-nous sur la vitalité de notre paroisse, notre implication pour que la vie communautaire se développe, pour que les nouveaux venus soient accueillis, que les catéchumènes soient accompagnés par des témoins, que les personnes qui souffrent de solitude puissent trouver des espaces de convivialité, comme les repas paroissiaux que nous avons initiés l’an dernier. Demandons-nous de quels talents, de quels dons nous disposons, et comment nous pouvons les mettre au service de cette vie communautaire, pour que la paroisse reflète le projet de Dieu, qu’elle soit un signe dans la ville. Tout récemment, une habitante de Roubaix impliquée dans la vie sociale et le monde de la formation me disait combien elle avait apprécié notre assemblée, son côté ouvert, cosmopolite, joyeux et alors qu’elle se pose des questions sur la foi, elle y voyait un signe qui l’invitait à revenir. Peut-être se trouve-t-elle parmi nous aujourd’hui, je ne sais. J’étais en tout cas touché par son témoignage. Et je vous remercie chacun et chacune pour la contribution que vous apportez à la vie communautaire, mais en écoutant l’évangile d’aujourd’hui, je réalise combien nous avons encore de progrès à faire pour donner le goût de l’évangile et manifester davantage la proximité du règne de Dieu.
Je conclus en reprenant les mots de Saint Paul dans la lettre aux Romains, « nous n’avons pas d’autre dette les uns envers les autres que la dette de l’amour mutuel, car l’amour accomplit la Loi » (cf Rm13,8-10). Demandons à l’Esprit Saint de nous inspirer les initiatives qui contribueront à la croissance de cet amour mutuel et au témoignage que nous donnerons. Qu’il nous libère de notre timidité et de notre prudence et nous donne l’audace d’aimer comme Jésus qui a donné sa vie pour nous. « Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux et s’ils s’accordent sur une même prière, celle-ci sera exaucée. » ( cf Mt18,19-20) Amen.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.