Voilà un passage célèbre qui fonde l’autorité de Pierre comme pierre de fondation de l’Eglise et scelle celles des papes, successeurs de Pierre sur le siège de Rome. D’autorité, il en était aussi question dans la première lecture du livre d’Isaïe, laquelle décrit ce qu’on appellerait aujourd’hui un coup d’état. Eliakim, reçoit le pouvoir des clés sur Jérusalem et la maison de Juda. Jésus reprend la même expression mais cette fois ce sont les clés du royaume des Cieux que Pierre détient et avec lui toute l’Eglise, laquelle reçoit la promesse de résister à la mort : « la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ».
Le ministère de Pierre, la mission de l’Eglise, les clés du royaume des Cieux. Très bien, mais avez-vous noté ce qui précède la déclaration de Jésus à Pierre ? C’est la réponse de Simon-Pierre à la question de Jésus : « Pour vous qui suis-je ? » Auparavant, Jésus avait demandé à ses disciples : « Pour les gens qui suis-je ? » et les réponses ont fusées : Jean-Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Les contemporains de Jésus n’ont pas manqué de remarquer sa qualité de prophète, c’est-à-dire d’envoyé de Dieu, d’homme qui regarde le monde avec les yeux de Dieu et ne cesse d’annoncer la promesse de Dieu tout en dénonçant ce qui s’y oppose. De ce fait, les prophètes ne se font pas que des amis. Jérémie a beaucoup souffert, Élie de même. Ne parlons pas de Jean Baptiste qui finit décapité.
Après avoir questionné les disciples sur ce que les gens pensaient de lui, Jésus leur pose directement la question : « Pour vous qui suis-je ? » et c’est Simon-Pierre qui répond : « Tu es le Christ le fils de Dieu vivant. Christ c’est devenu le titre de Jésus presque un nom propre n’oublions pas ce que cela signifie : Messie en hébreu, Christ en grec. Mot à mot celui qui a reçu l’onction celui qui a été choisi par Dieu, élu de Dieu. Le messie, c’est celui qui est promis par Dieu depuis des siècles à son peuple Israël, pour que tout le peuple vive en alliance avec Dieu, pour que tout le peuple réalise la promesse messianique : celle d’être vraiment le peuple de Dieu. La réponse de Simon-Pierre est tellement juste que Jésus ne lui attribue pas mais l’attribue à Dieu lui-même qui lui a suggéré : « C’est mon Père qui t’a révélé cela et non la chair et le sang. » Autrement-dit : tu ne l’as pas dit de toi-même c’est le Père qui te l’a suggéré. La réponse est magnifique. Elle fonde l’autorité que Pierre va recevoir sur l’Eglise et le pouvoir des clés. A vrai dire ce pouvoir des clés n’est pas seulement attribué à Pierre mais à toute l’Eglise chargée d’annoncer le Royaume des cieux et d’être témoin en ce monde de l’amour miséricordieux du Père pour que tous les hommes puissent vivre de la vie de Dieu. Remarquez bien que Jésus va demander aux disciples de ne rien dire à personne de son identité de Christ. En effet, il ne sera pas Christ, Messie, comme les gens s’y attendent. Il sera un messie humilié, le serviteur qui va s’abaisser jusqu’à la souffrance de la croix. Et cela, même les apôtres peineront à le comprendre et le même Simon Pierre qui vient de reconnaître Jésus comme Christ s’entendra dire : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes », lorsque il voudra épargner la croix à son maître.
Par le baptême, nous sommes associés au Christ nous devenons membres du corps du Christ nous participons à sa dignité de fils de Dieu. Nous sommes nous-aussi choisis par Dieu pour annoncer au monde la merveilleuse vocation de participer à la vie divine, d’entrer dans la confiance de Jésus envers son Père et de nous laisser transformer par l’Esprit Saint. Nous devenons le peuple choisi par Dieu, la nation sainte, chargée d’annoncer la victoire de l’amour, le passage des ténèbres à la lumière. C’est la mission de toute l’Eglise que Pierre est chargé de guider et avec lui les évêques et leurs collaborateurs, les prêtres et les diacres.
N’oublions pas que cette mission de l’Eglise découle de la reconnaissance de Jésus comme Christ et Seigneur. Revenons toujours au fondement. Interrogeons-nous sur notre lien personnel au Christ Jésus, la place qu’il occupe dans notre vie, la manière dont il façonne notre manière d’être, dont il guide notre prière. Comment l’eucharistie renouvelle notre foi et l’enracine dans le mystère de Pâques, le mystère d’une vie reçue du Père et offerte en sacrifice agréable à Dieu Alors que la rentrée approche, questionnons-nous sur les moyens que nous prenons pour nourrir notre foi et en témoigner autour de nous. Comment contribuons-nous à la vitalité de l’Eglise ? Quelle part prenons-nous dans son dynamisme, dans sa capacité d’accueillir les candidats au baptême, à la confirmation et à la communion ? Alors que notre archevêque invite tout le diocèse à réfléchir à une réorganisation pastorale, que l’Esprit Saint nous guide dans les choix que nous prendrons et nous permette de les tenir dans la durée, quelles que soient nos capacités et notre disponibilité. Amen.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.