Homélie pour la veillée pascale 2026, Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, Roubaix, église Saint-Martin, 4 avril 2026.

Baptême, confirmation et première communion de Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna, première communion de Fabien et Laura

Chacun de nous vient avec son expérience de la vie, les moments heureux et les passages plus difficiles, les moments d’apprentissage et de croissance et ceux où on est davantage dans la routine, les périodes exaltantes et celles plus moroses, le bonheur de l’amour ou la joie de l’amitié, mais aussi la solitude parfois dure à vivre. Certains ont changé de pays plus ou moins récemment. Certains ont donné la vie à des enfants, tandis que d’autres connaissent d’autres fécondités. Certains vivent en couple et en famille stables, d’autres élèvent seuls leurs enfants ou ont recomposé leur famille. La santé ou la maladie. Le travail ou le chômage. La jeunesse ou le poids des ans. Que sais-je encore ? Certains sont dans le calme et la paix, tandis que d’autres se questionnent… ou plutôt tous nous nous questionnons un jour ou l’autre. D’où je viens ? Ou je vais ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi la souffrance et la mort ? Pourquoi les injustices et les guerres ? Pourquoi le racisme et l’exclusion ? Pourquoi ? Pourquoi ? Les questions ne sont pas réservées aux enfants de 4 ans. Elles restent vives parfois même au soir de la vie. Mais chacun avance plus ou moins vite, plus ou moins sereinement.

Ce soir notre expérience et nos questions viennent à la rencontre de l’expérience du Peuple de Dieu et de celle de Jésus, le Sauveur.

L’expérience du peuple de Dieu, nous en avons eu un condensé dans la liturgie de la Parole : la conviction que Dieu aime ce monde qu’il a créé, la conviction que la création de l’homme et de la femme est une bonne chose, la foi d’Abraham prêt à sacrifier son fils unique alors que Sarah et lui ont eu tant de peine à l’avoir, l’expérience que Dieu est sensible à la misère de son Peuple qu’il libère de l’oppression en lui permettant de sortir d’Egypte. Et puis nous avons entendu la promesse de justice et de paix sans cesse renouvelée par la parole vigoureuse des prophètes qui invitent à puiser à la source vive de la grâce, l’amour de Dieu toujours offert. Nous avons communié à la joie profonde des croyants qui savent que Dieu est toujours à leur côté, en alliance fidèle avec Israël. Notre écoute attentive de la Parole nous a conduit à plusieurs reprises à la prière. Nous avons fait nôtre les Psaumes, concentré d’humanité, des psaumes peaufinés au cours des siècles et que le Christ Jésus a prié assidument. Et puis, nous avons chanté le Gloire à Dieu, écouté la belle méditation de l’apôtre Paul sur le baptême qui nous fait passer avec le Christ de la mort à la vie. Enfin nous avons proclamé l’évangile de la résurrection : les anges qui annoncent que Jésus n’est plus au tombeau mais qu’il est ressuscité. Et voilà que Marie Madeleine et l’autre Marie deviennent apôtres des disciples. Elles sont envoyées pour annoncer que Jésus est ressuscité et qu’il les précède en Galilée. En Galilée, c’est-à-dire dans leur région d’origine, dans le quotidien qu’ils ont retrouvé après la mort de Jésus. C’est là que le Ressuscité leur donne rendez-vous. Désormais, plus rien de sera comme avant. L’amour a gagné. La mort a été engloutie et avec lui le péché qui nous éloigne de Dieu et de nos frères et nous conduit à l’impasse. Dorénavant, comme Jésus les disciples peuvent prendre des risques et proclamer la victoire de l’amour, avec des mots mais surtout en actes : en guérissant des malades, en relevant des personnes abattues, en remontant le moral des déprimés, en créant une fraternité nouvelle dans la simplicité et la partage. Bientôt l’Eglise va prendre forme avec une audace incroyable qui lui fera franchir les frontières étroites d’Israël pour s’implanter dans le monde entier. Bientôt, l’Esprit saint va permettre aux nouveaux baptisés de témoigner de leur foi dans l’amour de Dieu toujours offert. La puissance de la miséricorde qui a ressuscité Jésus d’entre les morts va s’exercer et donner des fruits de tendresse, de justice et de paix. Va commencer alors la formidable aventure des chrétiens que nous poursuivons aujourd’hui et dans laquelle vous entrez ce soir Anouck, Aurélie, Dressy, Edouard, Guy, James, Jules, Kalveen, Leïla-Marion, Marie-Noëlle, Mégane, Raphaël, Thérèse, Tuyet, Yvanna. 

Vous vous préparez depuis le début de l’année scolaire. Ensemble, vous avez découvert Jésus et approfondi la relation avec lui. Vous vous êtes initiés à la prière personnelle et ecclésiale.Ce soir, vous allez plonger dans l’expérience de Jésus. Avec lui, vous allez mieux réaliser que tout seules, nous coulons, si nous prenons la main que Dieu nous tend, nous sommes sauvés. Si nous vivons en fils et en filles bien-aimés de Dieu, nous sommes sauvés. Tout seuls, nous pouvons satisfaire nos besoins et même nos désirs, mais sans tarder nous éprouvons l’absence de sens et le vide. Si nous vivons en enfants de Dieu et en frères et sœurs, si nous allons à la rencontre de l’autre, si nous nous risquons au partage, nous ne manquerons de rien. La générosité se renouvellera et il en restera même des corbeilles pleines. Rappelez-vous ce qu’on appelle communément la multiplication des pains, en fait le miracle de l’action de grâce et du partage renouvelé dans chaque eucharistie, dans laquelle Jésus s’offre à nous pour nous donner la vie. 

En accueillant l’amour de Dieu pour nous et en lui faisant confiance, nous pourrons traverser les épreuves. La confiance transfigure les épreuves. Ainsi, comme le dit l’apôtre Paul, « il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous » (Rm8,18). Dans la foi, les passages qui s’ouvrent dans la nuit sont autant de Pâques qui stimulent notre espérance et nous font tressaillir d’allégresse.

Vous les futurs baptisés, vous entrez ce soir dans l’expérience de Jésus, avec nous chrétiens de plus ou moins longue date. En lui, vous êtes aimés de Dieu qui vous connaît mieux que vous-mêmes. En lui, vous êtes fils et filles de Dieu. En lui vous êtes libérés du péché. Vous choisissez la vie et la vie en abondance. Laissez l’Esprit de Dieu vous vivifier. Qu’il vous donne force et vigueur pour aimer en vérité et témoigner de votre foi avec audace. Qu’il vous fasse ressembler de plus en plus à Jésus dans votre façon de prier le Père et de vivre en frères et sœurs. Soyez des chrétiens heureux qui rayonnent joyeusement de la vie nouvelle dans le Christ. Amen. Alléluia.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour le dimanche des Rameaux et de la Passion, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Coeur, Roubaix, 29 mars 2026.

C’est un roi qui est acclamé par la foule, un roi messie attendu depuis des siècles par le peuple d’Israël qui se presse à Jérusalem pour les fêtes pascales. Les manteaux et les rameaux sur le sol, les chants de joie. Tout y est pour acclamer le roi-messie. Quelques jours plus tard, ce seront les cris de mise à mort qui les remplaceront : « crucifie-le, crucifie-le ». Comment expliquer ce retournement si rapide ? Par la versatilité des foules et de l’opinion publique. Peut-être mais pas seulement. A l’origine de ce changement brutal, il y a un malentendu. Beaucoup espéraient un roi-messie qui libère Israël de l’occupant romain, un chef qui rétablisse l’indépendance, qui résolve les multiples problèmes. En Jésus, elle croit avoir trouvé l’homme providentiel : il donne à manger aux foules avec trois fois rien ; il guérit, il expulse les mauvais esprits, il parle vrai. Quelle opportunité ! Mais il y a méprise. Jésus ne veut pas être chef de cette manière-là. Quand on veut le faire roi après la multiplication des pains, il s’enfuit dans la montagne (Jn6,15). Lui, il est roi d’humilité, monté sur un petit âne en signe d’humilité (Mt21,7). N’a-t-il pas insisté à plusieurs reprises : « celui qui veut être le chef parmi vous doit être votre serviteur, votre esclave » (Mt20,27) et c’est ce qu’il est, lui qui n’a pas revendiqué d’être traité à l’égal de Dieu mais qui s’est anéanti, vidé de lui-même jusqu’à mourir et à mourir sur une croix (Phil2, 6-11). Voilà pourquoi lorsque Jésus sera menacé par les pouvoirs religieux et politiques de connivence entre eux, il sera abandonné par les siens. Il n’intéressera plus les foules promptes à lui préférer Barabbas un criminel (Mt27,21). Ce retournement est instructif pour nous, aujourd’hui encore qui sommes si facilement subjugués par les offres mirobolantes d’hommes providentiels qui hélas, entraînent si souvent l’humanité dans le désastre des guerres ou des dictatures. Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Il n’est pas ici ou là-bas. Il est au-dedans de nous. Il est discret, tout petit comme la semence enfouie en terre, mais il est promesse de justice et de paix, attention aux plus pauvres, à la veuve, à l’orphelin, à l’immigré. En lui, ce n’est pas la force des armes ou des instruments de propagande qui dominent, mais la miséricorde et la fraternité. C’est ce Royaume que Jésus ne cesse de dire qu’il est tout proche. C’est ce Royaume qu’il inaugure par son parcours de service et d’abaissement jusqu’à la croix. Mesurons bien cette différence pour suivre Jésus dans sa Pâque et ne pas l’abandonner après le dimanche des Rameaux.

Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention, c’est l’identité de Jésus Fils de Dieu. Au pied de la croix, les foules mal intentionnées injurient Jésus en criant : « si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et descend de la croix » (Mt27, 40) Jésus le pourrait en demandant l’intervention de son Père mais il ne le fait pas. Mais il sait que le Père l’a envoyé partager la condition humaine jusque dans la souffrance et la mort, jusqu’à l’expérience de l’absence de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt27,45 ; Ps22,2) Il a lutté pour accepter la coupe du sang versé. Il a demandé à son Père de lui épargner la violence de la mort, mais, au terme d’un véritable combat spirituel, il l’a finalement acceptée en communiant à la volonté du Père. Cette volonté, c’est qu’il rejoigne tous les hommes accablés par l’absurdité de la souffrance : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt26,36-46) 

Celui qui saisit le lien qui unit Jésus à son Père, c’est le centurion romain et ceux qui l’entouraient au pied de la croix.  « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt27,54). Avec eux, confessons nous-aussi que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. C’est comme cela qu’il nous sauve, non parce qu’il serait un héros surpuissant mais parce qu’il est Fils, parce qu’il se laisse aimer par le Père et qu’il s’en remet à lui dans le confiance. Et cela, nous le pouvons-nous-aussi par la grâce du baptême. Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous et pour les futurs baptisés de Pâques. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.