Homélie du 14ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 5 juillet 2026.

L’humilité de Dieu. Nous la chantons souvent. Nous la regardons. Nous la contemplons dans l’abaissement de Jésus serviteur. Nous l’accueillons dans la communion eucharistique. C’est beau et c’est juste. Mais avons-nous pris la mesure de ce que cela changeait dans notre représentation de Dieu et dans notre propre vie ? 

Jésus nous le dit : il est doux et humble de cœur. Cette douceur et cette humilité il les puise dans la relation de confiance avec son Père. Il se laisse aimer par le Père et c’est cela qui lui permet cette attitude de douceur et d’humilité. Il est le fils de Dieu. Il n’a rien à perdre car il reçoit tout. Il manifeste la tendresse de Dieu, son amour sans limite pour son peuple et pour toute l’humanité. Et si Jésus s’émerveille de la foi des tout-petits, c’est justement parce qu’ils sont disposés à faire confiance, qu’ils ne comptent pas d’abord sur leur propre force pour s’en sortir, pour gagner fut-ce au mépris des autres et de Dieu. Les sages et les savants comptent sur eux-mêmes. Les petits sont disposés à faire confiance. Ils savent qu’ils ne possèdent pas la force, le savoir et la puissance. Voilà pourquoi Jésus enchaîne dans son prière de louange, l’émerveillement devant la foi des tout-petits et la confession de la relation de confiance et d’intimité qui l’unit au Père : « Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Mt11,27)

Le roi-messie que Dieu envoie est « pauvre, monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. » (Zac9,9-10) La puissance de Dieu n’est pas dans la force des chevaux et des chars, encore moins des missiles et des drones. C’est la puissance de l’amour, la force révolutionnaire de la miséricorde. 

Mesurons ce que cela signifie à l’heure des déploiements de troupes et des bombardements incessants, en Ukraine et ailleurs. Mesurons ce que cela signifie dans les relations que nous entretenons en famille, au travail, dans la vie sociale. Sommes-nous des êtres de chair, autrement dit des êtres qui comptent sur leur propre force et n’hésitent pas à user de la violence, à mépriser, à écraser pour nous imposer ? Ou sommes-nous ces êtres spirituels, animés par l’Esprit de Dieu, l’Esprit de bonté et de tendresse, l’Esprit de douceur et de miséricorde ? Sommes-nous vraiment des disciples de Jésus doux et humble de cœur, des hommes et des femmes remplis de l’Esprit du ressuscité qui a eu raison de la violence des hommes et qui a inversé le cours de l’histoire. (cf Rm8,9,11-13)

Vous le comprenez : il ne suffit pas de chanter l’humilité de Dieu, d’oublier un moment la dureté du monde et les combats que nous sommes acculés à vivre. Il s’agit de nous laisser transformer par l’humilité de Dieu, de nous laisser convertir, pour ressembler de plus en plus à Jésus doux et humble de cœur, pour vivre la révolution de la miséricorde et entrer plus avant dans le Royaume de Dieu. 

En communiant tout à l’heure au corps ressuscité de Jésus, disposons-nous à cette transformation intérieure. Demandons-la dans la prière. Demandons-la souvent. Demandons-la chaque jour, comme notre pain quotidien. Pour qu’elle nous façonne à l’image de Jésus et nous fasse connaître la joie qu’il veut partager avec nous pour jusqu’à ce que nous en soyons comblés. (Jn17,13).  

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

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