Homélie pour la solennité du Christ, roi de l’univers, Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église du Sacré-Cœur et église Saint-Joseph, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 22 et 23 novembre 2025.

Ainsi, vous l’avez compris. Le Christ renverse tous les repères que nous avons sur la royauté. Il est roi d’humilité, roi sans pouvoir et sans armée. Il est le serviteur qui prend la dernière place, qui lave les pieds de ses disciples la veille de sa passion. Il ne répond pas aux accusations durant son procès. Il n’oppose pas de résistance aux violences qu’on lui inflige. Il brise le cercle vicieux de la haine et de la vengeance. Il va jusqu’à pardonner ses bourreaux ou plutôt il demande à son Père de les pardonner « car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc23,34) Le larron condamné à mort sur la croix à ses côtés est le premier à entrer au paradis. Les pauvres sont premiers dans le Royaume (Lc6,20) et « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Lc18,25) Tout est inversé. De plus, à l’achèvement des temps, « le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance ». (1Cor15,24) et « le dernier ennemi qu’il aura anéanti, c’est la mort » dit encore l’apôtre Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens. 

Si l’Eglise célèbre le Christ-Roi le dernier dimanche de l’année liturgique, c’est pour mieux signifier la portée de la résurrection et l’avenir qui s’offre à nous. Nous sommes tendus vers l’accomplissement des temps. Nous confessons que le Christ est le chef de l’humanité nouvelle, lui qui va rassembler toute l’humanité en lui pour la mener au Père. Ainsi le Christ récapitule toute chose comme le dit magnifiquement la lettre aux Ephésiens : Par la grâce manifestée dans le Christ (…) Dieu le Père a dévoilé sa volonté et sa bonté : il va « mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre ». Le Christ est roi ; il nous guide. « Il est la tête du corps, la tête de l’Eglise » (Col1,18) Ainsi, « en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance (…). Il se construit dans l’amour ». (Eph4, 15.16).

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête de Saint-Martin, saint patron de la paroisse, Roubaix, 11 novembre 2025.

Notre paroisse a la chance d’accueillir de nombreux catéchumènes cette année. Dans le dernier échange que nous avons eu, beaucoup partageaient l’importance du témoignage de vie que leur avaient donné des parents, une grand-mère, un ami, un saint vénéré par l’Eglise. Ce témoignage, c’est souvent celui d’une charité vécue au quotidien, d’une attention à l’autre, d’une tendresse, d’une amitié dont ils avaient bénéficié et dont ils avaient peu à peu découvert la source, le lien vital que cette personne avait avec Dieu, avec le Seigneur Jésus Christ. 

Saint-Martin est un de ses témoins dont l’exemple reste parlant malgré les siècles qui nous séparent de lui. Jeune soldat romain, originaire de Pannonie, l’actuelle Hongrie, il se convertit au Christ, fonda le premier monastère de Gaule à Ligugé près de Poitiers puis devint évêque de Tours. Il a annoncé l’évangile, notamment dans les campagnes du centre de la Gaule. Il détruisait les idoles et établissait le culte du vrai Dieu. Sa charité contribuait à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jusqu’au bout, il s’est dépensé au service de ses frères, s’ingéniant à rétablir la concorde là où les jalousies et les rivalités provoquaient la division. Homme de prière, il contribuait à rapprocher le ciel et la terre. C’est ainsi que le Christ lui apparut, portant la moitié du manteau qu’il avait donné à un pauvre à Amiens. A l’heure de la mort, il s’en est remis à Dieu avec une grande confiance, repoussant le diable, en lui répliquant que le sein d’Abraham allait le recevoir.

Frères et sœurs, le témoignage de Martin est éloquent. Les actes parlent autant et même plus que la parole. A l’heure où beaucoup se veulent davantage missionnaires, il est bon de nous en rappeler. La fraternité vécue, l’entraide, une charité inventive sont l’expression de la foi. Il serait vain de se dire croyant sans aimer Dieu et son prochain et en particulier les pauvres de toutes ses forces. Il n’y a pas d’un côté la foi, la prière, la liturgie et de l’autre les engagements caritatifs comme le rappelle avec vigueur le pape Léon dans son exhortation Dilexi te. Les deux sont profondément liés car Dieu s’est fait homme et « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt25,40)

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la commémoration des fidèles défunts, Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint Joseph et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 2 novembre 2025.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête de la Toussaint 2025, Paroisse Saint-Martin, Roubaix.

Mais, dites-moi ! Qu’est-ce que ça veut dire au juste, être saint ? C’est un nom familier. Mais savons-nous précisément ce qu’il veut dire ? « Saint, saint, saint, le Seigneur, Dieu de l’univers ». Nous le chantons lors de chaque messe, après la préface. Nous reprenons alors le chant des séraphins qu’Isaïe nous rapporte (Is6,3). Dans le Gloria, nous proclamons que le « Christ est le seul saint…, avec le Saint Esprit dans la gloire de Dieu le Père ». Dieu est le Saint d’Israël et chaque fois que nous prions le Notre Père, nous demandons que son Nom soit sanctifié… sanctifié par nous, sanctifié par notre manière d’être. Dieu est saint, infiniment vivant et plein d’amour. La sainteté touche au mystère de Dieu. Si elle recouvre à l’origine les notions de séparé, sacré, (Qodes) elle se communique aux hommes par l’Esprit saint. Elle s’oppose au péché, à tout ce qui défigure l’homme et contrarie le dessein de Dieu de nous associer à sa vie. 

Pour fêter tous les saints, l’Eglise nous propos les Béatitudes, la charte du bonheur associant sainteté et plénitude de vie en Dieu. Ce bonheur, il s’offre aux pèlerins de l’espérance que nous sommes. Il se donne aux cœurs purs, aux doux, à ceux qui pleurent, aux affamés de justice, aux artisans de paix. Ce bonheur est plus qu’une promesse. Il transforme déjà la vie de ceux qui emboîte le pas de Jésus et passent avec lui de la mort à la vie. Sans lui, sans sa mort et sa résurrection, les béatitudes seraient incompréhensibles pour ne pas dire scandaleuses. Elles ne constituent pas un baume pour apaiser nos souffrances en attendant l’au-delà. Elles sont déjà la joie des serviteurs de l’évangile, le bonheur des pauvres de cœur et des persécutés pour la justice, de ceux qui comme Jésus reçoivent leur vie du Père et se laissent transformer par l’Esprit saint. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.