Homélie pour l’Epiphanie, Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, Eglise Saint-François et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 3 et 4 janvier 2026.

Ils sont là les mages aux pieds de l’Enfant et de sa mère. Ils viennent de loin, de l’orient. Ils ont suivi l’étoile. Ils se prosternent et offrent leurs présents, l’or, l’encens et la myrrhe. 

Quelle belle histoire, si belle que nous attendons les mages avec impatience dans nos crèches revêtus de leurs atours. Nous leur avons donné des noms, Melchior, Gaspar et Balthazar. On leur attribue diverses origines, la Perse, l’Inde, l’Arabie ou on en fait des représentants des grands continents connus à l’époque : l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Peu importe. Ils sont la figure des nations païennes, les représentant de l’humanité qui converge vers Bethléem et confesse le Christ Sauveur. Car, c’est bien cela que nous célébrons aujourd’hui. La naissance de Jésus était passée bien inaperçue, excepté pour les bergers des alentours instruits par les anges du ciel. Désormais, c’est le monde entier qui est là et qui rend hommage à l’Enfant-Dieu grâce auquel tous, nous pouvons devenir enfants de Dieu.

Les mages représentent l’humanité en quête de vérité. C’est la diversité des sagesses et des religions. C’est le besoin de repères, la recherche de sens qui caractérise tant d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, surtout des jeunes, élevés en dehors de toute tradition. Comme chacun de nous, ils s’interrogent sur la vie, la mort, l’amour, la souffrance, le pourquoi du mal et de la violence. Peut-on être heureux ? Y-a-t-il une vie après la mort ? Dieu existe-t-il ? Qui a raison dans le grand concert des croyances ? Les questions ne manquent pas et nous les partageons avec nos contemporains. La réponse chrétienne est là devant nos yeux : c’est un petit enfant dans les bras de sa mère, Dieu fait homme, un Dieu qui nous invite à le suivre sur le chemin de l’humilité, un Fils qui nomme Dieu Père et s’en remettra à lui dans la confiance quand la violence aura raison de lui sur la croix. C’est lui que les mages adorent en offrant l’or au roi d’humilité, l’encens au Dieu, la myrrhe pour embaumer son corps supplicié dans l’attente de la résurrection. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la solennité de Sainte Marie, mère de Dieu, 1er janvier 2026, Paroisse Saint-Martin, Roubaix.

Voilà une semaine que nous fêtons Noël, à la fois la naissance du Sauveur et notre naissance à la vie nouvelle des enfants de Dieu. Au huitième jour, nous fêtons Sainte Marie, mère de Dieu. Cela ne fut pas toujours ainsi. Puisqu’autrefois on célébrait la circoncision de Jésus en suivant l’indication de l’évangile selon Saint Luc rappelant que Jésus a vécu ce rite qui s’impose pour tout garçon de la descendance d’Abraham. D’abord célébrée à une autre date, la fête de Sainte Marie, mère de Dieu instaurée par le pape Pie XI en 1931, alors que l’Eglise célébrait les 1500 ans du Concile d’Ephèse qui a déclaré Marie, mère de Dieu, Theotokos en grec, a été placée au huitième jour de l’octave de Noël, soit le 1er janvier, par la réforme liturgique qui a fait suite au Concile Vatican II, pour mieux la lier au mystère de l’Incarnation. Le titre de mère de Dieu, attribué à la Vierge Marie, est fondamental puisqu’il affirme que Jésus est vrai Dieu et vrai homme et qu’en lui, les deux natures humaine et divine sont à la fois distinctes et inséparables, unies sans confusion. Jésus est vraiment homme et vraiment Dieu et c’est ainsi qu’il nous sauve. Il nous permet tout en restant nous-mêmes de devenir fils et filles de Dieu, frères et sœurs dans le Christ.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête de la Sainte Famille, paroisse Saint-Martin, Roubaix, 28 décembre 2025.

Voila un évangile d’une étonnante actualité : le déferlement de violence, l’exercice d’un pouvoir autoritaire et sanglant entraînant l’exil d’une famille, la Sainte Famille de Marie, Joseph et l’Enfant-Jésus. On croirait entendre les informations en continu et leurs litanies de drames, de souffrances telles qu’on n’y prête plus guère attention. Sans compter que certaines sont passées sous silence dans des régions où même les journalistes sont interdits de séjour ou menacés. Combien d’hommes et de femmes, combien d’enfants et de nourrissons vivent aujourd’hui dans des camps de fortune, manquent de l’essentiel, n’ont pas accès à l’éducation et aux soins de santé de base ? Combien et il y en a parmi nous, ont dû se résoudre à quitter leur pays pour solliciter l’accueil dans nos pays aisés et bien méfiants ? Combien de familles n’ont pas connu les lumières et les cadeaux de Noël, mais le froid et la lutte pour la survie ? Rivalités ethniques, appétit de puissance, recherche de trafics juteux, affrontement de grandes puissances : peu importe. Dans tous les cas des pauvres en font les frais. Des familles les subissent. Etonnante actualité de ce deuxième chapitre de l’évangile selon Saint Matthieu, juste après l’adoration des mages et alors même que le 28 décembre, l’Eglise fait mémoire du massacre des saints innocents lorsque ce n’est pas un dimanche. 

Revenons à l’évangile. Matthieu ne nous livre pas une prophétie, mais raconte ce qui est arrivé à la Sainte Famille en faisant sans cesse référence aux Ecritures, entendez l’Ancien Testament : Osée, Jérémie, plusieurs prophéties sont citées pour fonder l’exil de la Sainte Famille en Egypte en évoquant l’Exode et la mission libératrice de Moïse (Mt2,15/Os11,1). Jésus est le nouveau Moïse. Il va libérer Israël et l’humanité entière du péché qui l’éloignait de Dieu et de sa promesse de bonheur. Il assume l’histoire de violence qui marque l’humanité, histoire dont l’exil à Babylone est un événement particulièrement marquant pour Israël qui a tout perdu (Mt218/Jr31,15). Matthieu insiste sur l’accomplissement des Ecritures dans la personne de Jésus. Il écrit à des chrétiens venus du judaïsme et il cherche à fonder la légitimité de Jésus en s’appuyant sur les textes bibliques. Jésus est le Messie promis à Israël. Il est le nouveau Moïse. Il assume l’histoire de son peuple, une histoire marquée par la violence mais aussi par la fidélité de Dieu qui n’abandonne pas son peuple et le guide à travers les patriarches et les prophètes. Il inscrit les débuts de la vie de Jésus dans l’actualité tourmentée d’un pays sous tutelle romaine, dirigé par des personnages peu recommandables. En cela, il annonce un autre déferlement de violence, celui qui conduira le Fils de Dieu à la passion. 

C’est dans ce contexte que la Sainte Famille trace son chemin et offre à l’Enfant Jésus un cadre de vie propice. Notez bien que c’est Joseph qui pilote. C’est à lui que l’Ange du Seigneur a révélé en songe l’origine de l’enfant que portait Marie, sa fiancée (Mt1,20). C’est à lui encore et toujours que l’Ange du Seigneur apparaît en songe et prévient de la menace d’Hérode en lui demandant de mettre sa famille à l’abri en Egypte. C’est dans les mêmes circonstances qu’il sera autorisé à ramener l’enfant et sa mère sur la terre d’Israël puis conseillé de se retirer en Galilée pour échapper à la terreur que fait régner Archélaüs. Joseph est l’homme des songes, comme bien des personnages de la Bible auxquels Dieu parle dans le sommeil. C’est notamment le cas de Joseph, invité par Dieu à se rendre en Egypte où il retrouvera Joseph, son fils perdu, devenu un fonctionnaire important de Pharaon. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du jour de Noël 2025, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Cœur, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 25 décembre 2025

Tout semble débuter à Noël. Et pourtant l’apôtre Jean ne dit rien de la Nativité comme Saint Luc, ni de l’adoration des mages comme Saint Matthieu. Il nous parle d’un autre commencement, le commencement avant tous les commencements, celui du Verbe, la Parole de Dieu qui était auprès de Dieu et qui est Dieu. Il explique que tout a été créé par lui et en lui. Puis, il nous livre une magnifique méditation sur l’Incarnation. Il mêle étroitement la venue du Verbe de Dieu dans notre humanité et le mystère de notre salut, notre naissance à la vie nouvelle dans le Christ : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (Jn1,12)

Pour parler de la naissance de Jésus, il ne parle pas de la Vierge Marie, ni de Joseph, ni des bergers, ni des mages. Il dit : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn1,14). Il poursuit sa méditation : « Et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». La gloire, c’est la plénitude de la vie qui est en Dieu, c’est l’intensité de son amour miséricordieux. Non seulement, c’est un mot fort pour dire que Jésus est Dieu mais le verset tout entier est une réponse à la prière de Moïse qui était bien abattu à la fin de sa vie, craignant d’avoir lutté en vain : « De grâce, fais-moi voir ta gloire ! » (Ex33,18) La prière de Moïse est exaucée en Jésus et avec elle l’attente de toute l’humanité qui désire voir triompher l’amour, la justice et la paix.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie de la veillée de Noël 2025, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, Eglise du Sacré-Cœur, Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 24 décembre 2025

« Joie, grande joie pour tout le peuple ».

C’est l’ange du Seigneur qui l’annonce aux bergers : « Un Sauveur nous est né. C’est le Christ, le Seigneur. »

Joie, grande joie ! C’est ce que nous nous souhaiterons ce soir et demain en multipliant les « Joyeux Noël ».

Cette joie, c’est la joie d’une naissance, la joie d’un commencement. Toute naissance provoque de la joie. Un être nouveau s’éveille à la vie. C’est encore plus vrai pour Jésus.  En lui, Dieu accomplit sa promesse et ouvre des temps nouveaux.  Ciel et terre le chantent : le salut est là, devant les yeux ébahis des bergers, pauvres parmi les pauvres, que Dieu a choisis pour être témoins de la naissance du Sauveur en notre humanité.

Voilà pourquoi, je regrette qu’on se souhaite de plus en plus « bonnes fêtes de fin d’année ». Beaucoup le font dans un souci de laïcité, mais je ne sais si vous réalisez. C’est une grossière erreur. Noël, ce n’est pas la fin, c’est une naissance, un commencement. Noël intervient au terme de l’Avent, quatre semaines après le début de n’année liturgique. Et si le Nouvel an débute le 1er janvier, c’est parce qu’il conclut l’octave de Noël, les huit jours durant lesquels l’Eglise célèbre la naissance du Christ Jésus, huit jours durant lesquels la liturgie proclame : « aujourd’hui, nous célébrons le jour très saint où Marie, dans la gloire de sa virginité, enfanta le Sauveur du monde. » Noël et Nouvel An indiquent un commencement, un nouveau départ plein de promesses. C’est bien pourquoi, nous échangeons des vœux de bonheur, de santé, de paix.

Joie, grande joie, car en Jésus, Dieu s’est fait homme. Il est venu rejoindre notre humanité en prenant chair de notre chair, en devenant l’un d’entre nous, le fils de la Vierge Marie. De plus, Dieu se fait homme dans l’humilité de la crèche. Il rejoint les exilés et les sans domicile alors qu’il n’y a pas de place pour eux dans la salle commune. Contemplons l’humilité de Dieu. Contemplons l’abaissement de Celui qui est descendu du Ciel pour revêtir notre humanité. Et ce n’est pas fini. Il descendra plus bas encore, jusqu’à la mort sur la croix avant que Dieu le Père le ressuscite dans la force de l’Esprit. Ce mouvement d’abaissement et de relèvement, nous le célébrerons dans un instant dans l’eucharistie. Plus encore, nous y communierons pour que grandisse en nous la vie de Dieu.

Joie, grande joie en effet car si Dieu s’est fait homme, c’est pour que nous les hommes nous devenions fils et filles de Dieu. C’est pour que nous vivions de sa vie, que nous aimions comme lui, que nous manifestions tendresse et bonté comme lui. C’est pourque nous exercions la miséricorde comme lui. Que nous soyons serviteurs comme lui.

Joie, grande joie, car Noël, c’est la naissance de l’humanité nouvelle, la promesse que nous devenions des créations nouvelles dans le Christ, comme le dit si bien la prière qui accompagne la vêture de la robe blanche des baptisés.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.