Homélie du 4ème dimanche du temps ordinaire. Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 1er février 2026.

Quel retournement incroyable ! Les béatitudes vont à l’encontre des logiques habituelles. Elles discréditent les recommandations que nous nous faisons sans cesse : « Prends soin de toi. Pense d’abord à toi. Préserve-toi. Sois prudent ». Elles démentent nos ambitions de réussite et nos appétits de conquête. Ne les écoutons pas pieusement avec un émerveillement teinté d’incrédulité. Prenons-les au sérieux et essayons d’entrer dans leur logique ou plutôt dans la logique de Jésus. Car c’est lui la clé des béatitudes, la clé de la vie évangélique à laquelle nous aspirons. N’est-il pas « le chemin, la vérité et la vie » (Jn14,6) ?

Les béatitudes sont incompréhensibles, si ce n’est à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. Comment oser dire : « Heureux ceux qui pleurent, ceux les persécutés, si ce n’est à la lumière de Pâques. C’est bien parce que l’amour de Dieu a été plus fort que la mort que la violence des bourreaux ne peut avoir raison de notre espérance. C’est ainsi que les Béatitudes sont vraiment la charte de la vie chrétienne, la boussole des pèlerins de l’espérance, de ceux et celles qui emboîtent leurs pas dans ceux du Christ Jésus. Elles ne font aucunement sens pour les gens établis, pour ceux qui ont le souci de préserver leurs intérêts. Elles sont insupportables pour les riches et les superbes dont il est question dans le Magnificat : « il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, (…) il renvoie les riches les mains vides ».  (Lc1,51-53). C’est ainsi qu’on peut comprendre la première d’entre elles : « Heureux les pauvres de cœur car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt5,3).Le bonheur dont il est question n’est pas seulement pour demain, dans la béatitude éternelle de ceux qui vivront en pleine communion avec Dieu, c’est le bonheur du Ciel sur la terre, le bonheur du Royaume déjà là, quand « les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent et que la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». (Mt11,5) 

Vous l’avez compris : les Béatitudes qui ouvrent le Sermon sur la montagne sont une petite bombe, une bombe qui fait exploser nos critères mondains et nous introduit dans la logique du Royaume, là où il faut aimer ses ennemis, donner sans attendre de retour et pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois ! 

Dès lors, nous comprenons l’adresse de Paul aux chrétiens de Corinthe : « Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1Cor1,26-29). Paul met alors en avant le langage de la croix qui défie les logiques humaines. (1Cor1,18)

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire, Dimanche de la Parole, Roubaix Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Cœur, dédicace de la salle Bienheureux André Parsy, 24 janvier et Paroisse Saint-Martin, 25 janvier 2026

Une région frontière, un carrefour où se mêlent Juifs et Païens, telle est la Galilée choisie par Jésus pour le début de sa mission, la Galilée des Nations. Nous sommes loin de Jérusalem, du Temple, des grands prêtres et des scribes. Loin aussi d’Hérode, le roi qui a fait arrêter et condamner Jean-Baptiste. Aux confins de cette Galilée, c’est Capharnaüm que Jésus a choisi au détriment de Nazareth où il a grandi et où on a tendance à l’enfermer dans son statut de fils du charpentier. Le nom de Capharnaüm est devenu synonyme de grand désordre. Et bien, c’est là que Jésus commence sa mission. C’est là sur la route de la mer, au pays de Zabulon et de Nephtali, dans les ténèbres de ces pays de la marge qu’il fait resplendir la lumière, comme le prophète Isaïe l’avait annoncé. 

Cette lumière provoque joie et allégresse. Elle appelle à la conversion. Le Royaume de Dieu est tout proche. L’ombre de la mort ne dicte plus les comportements délétères dont le seul but est de « sauver sa peau », fut-ce au détriment de Dieu et des autres. Le chacun pour soi n’a pas plus sa place, pas plus que les jalousies et les rivalités qui empoisonnent les communautés humaines et même la communauté chrétienne naissante de Corinthe. Cette lumière, c’est celle du Christ qui resplendit de la gloire du Père. Cette lumière, c’est celle de la résurrection qui éclaire à jamais le mystère de la croix et consacre la victoire de l’amour et de la miséricorde. Cette lumière change toutes les perspectives. Elle brille dans le regard de Jésus qui appelle Simon et André puis Jacques et Jean, si bien qu’aussitôt, il se lèvent et s’engagent à sa suite. 

C’est cette lumière qui nous attire à l’église et dissipe peu à peu les ténèbres d’une actualité angoissante et des questions qui se bousculent dans nos petites têtes. C’est cette lumière que diffusaient clandestinement les jeunes chrétiens français comme André Parsy, jociste de Roubaix, partis pour soutenir leurs frères contraints de travailler pour l’Allemagne nazi avec le Service du Travail obligatoire. Alors, peu importe si on ne comprend pas tout. Peu importe s’il fait froid et si la fraternité entre nous est encore bien timide. Peu importe si la persécution menace ou que la foi expose aux moqueries et aux brimades. Dieu nous aime, il nous chérit. Il compte sur nous pour diffuser la Bonne Nouvelle et garder le cap de l’espérance. Il nous parle dans le secret du cœur. Il nous parle par les paroles de feu des prophètes et les perles précieuses des psaumes murmurés depuis des siècles par les Juifs et les chrétiens : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » (Ps26,4cd) Sa Parole est vivante. Elle est bien plus qu’une bibliothèque d’écrits vénérables. Cette Parole, c’est le Christ Jésus, le Verbe fait chair, par qui le Père a créé le monde et qui récapitule toute l’humanité en lui pour la présenter au Père « comme une épouse resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut » (Eph 5,27). Certes, il y a encore du boulot pour y parvenir. Il y a encore bien des conversions à opérer, des transformations auxquelles consentir en chacun de nous et dans le monde pour qu’il soit plus juste, plus beau, plus fraternel. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête du baptême du Christ, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint Sépulcre et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, accueil en Eglise des catéchumènes.

Vous venez de l’entendre, Jésus a été baptisé par Jean dans le Jourdain. Jean Baptiste ne voulait pas le baptiser mais sur l’insistance de Jésus il a accepté. Jésus tenait à pratiquer ce rite que des foules venaient accomplir auprès du prédicateur du désert. Ce baptême, c’était un plongeon dans les eaux du Jourdain, un baptême de conversion, un geste de purification pour se laver des péchés. Tout le monde le comprend, l’eau lave. L’eau purifie. Jésus n’a pas commis de péché. Il n’a pas besoin de ce baptême mais il tient à faire comme tout le monde. De plus cette eau, c’était celle du Jourdain, le dernier fleuve franchi par le peuple juif avant l’arrivée sur la terre promise, à une trentaine de kilomètres de Jérusalem, une mer rouge en miniature, le passage de l’esclavage à la liberté, l’acte de naissance du peuple de l’alliance. 

Mais ce baptême dans l’eau est suivi d’un autre événement plus important encore : l’Esprit de Dieu descend sur Jésus comme une colombe et la voix du Père se laisse entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » Voilà le véritable baptême, la manifestation de Jésus – son épiphanie – comme Fils du Père, rempli de l’Esprit Saint. C’est la révélation de la Sainte Trinité, l’amour qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit. Ainsi, chers catéchumènes, lorsque vous allez être baptisés à Pâques, vous allez être purifiés de vos péchés, non seulement grâce à l’eau qui va couler sur vos têtes mais vous allez faire l’expérience de Jésus : être aimés de Dieu, le Père et être marqués par l’Esprit Saint. Vous allez être baptisés dans l’Esprit Saint. D’ailleurs, vous serez baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 

Frères et sœurs, ne nous y trompons pas, le véritable baptême, ce n’est pas celui de l’eau. C’est celui dans l’Esprit. L’eau qu’on voit représente l’Esprit Saint qu’on ne voit pas. Ainsi, le baptisé entre dans l’expérience de Jésus. Il entend la voix du Père qui lui dit : « Je t’aime. Tu es mon fils/ma fille bien aimé/e. Je répands mon Esprit sur toi, jusque dans ton cœur. Il te permettra de vivre et d’aimer comme Jésus qui « là où il passait faisait le bien » (Ac10,38).

Telle est la grâce du baptême, le don magnifique que Dieu nous fait dans le Christ. En accueillant cette grâce, vous serez renouvelés, délivrés du péché, libérés de tout ce qui vous empêche d’aimer en vérité. Alors comme le serviteur de Dieu du livre d’Isaïe, vous vous entendrez dire : « Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » (Is42,7). 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour l’Epiphanie, Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, Eglise Saint-François et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 3 et 4 janvier 2026.

Ils sont là les mages aux pieds de l’Enfant et de sa mère. Ils viennent de loin, de l’orient. Ils ont suivi l’étoile. Ils se prosternent et offrent leurs présents, l’or, l’encens et la myrrhe. 

Quelle belle histoire, si belle que nous attendons les mages avec impatience dans nos crèches revêtus de leurs atours. Nous leur avons donné des noms, Melchior, Gaspar et Balthazar. On leur attribue diverses origines, la Perse, l’Inde, l’Arabie ou on en fait des représentants des grands continents connus à l’époque : l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Peu importe. Ils sont la figure des nations païennes, les représentant de l’humanité qui converge vers Bethléem et confesse le Christ Sauveur. Car, c’est bien cela que nous célébrons aujourd’hui. La naissance de Jésus était passée bien inaperçue, excepté pour les bergers des alentours instruits par les anges du ciel. Désormais, c’est le monde entier qui est là et qui rend hommage à l’Enfant-Dieu grâce auquel tous, nous pouvons devenir enfants de Dieu.

Les mages représentent l’humanité en quête de vérité. C’est la diversité des sagesses et des religions. C’est le besoin de repères, la recherche de sens qui caractérise tant d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, surtout des jeunes, élevés en dehors de toute tradition. Comme chacun de nous, ils s’interrogent sur la vie, la mort, l’amour, la souffrance, le pourquoi du mal et de la violence. Peut-on être heureux ? Y-a-t-il une vie après la mort ? Dieu existe-t-il ? Qui a raison dans le grand concert des croyances ? Les questions ne manquent pas et nous les partageons avec nos contemporains. La réponse chrétienne est là devant nos yeux : c’est un petit enfant dans les bras de sa mère, Dieu fait homme, un Dieu qui nous invite à le suivre sur le chemin de l’humilité, un Fils qui nomme Dieu Père et s’en remettra à lui dans la confiance quand la violence aura raison de lui sur la croix. C’est lui que les mages adorent en offrant l’or au roi d’humilité, l’encens au Dieu, la myrrhe pour embaumer son corps supplicié dans l’attente de la résurrection. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.