Homélie du 2ème dimanche de carême, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises du Sacré-Cœur et Saint-Joseph et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 28 février et 1er mars 2026.

Voici que notre deuxième étape de carême nous entraîne à contempler Jésus transfiguré, resplendissant de lumière. Avec Pierre, Jacques et Jean, nous sommes les témoins privilégiés de cet épisode lumineux qui ne survient pas n’importe quand, mais six jours après la première annonce que Jésus fait de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Juste après que Simon l’eut reconnu comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et que Jésus l’eut nommé Pierre, une pierre sur laquelle il bâtira son Eglise. Avec l’annonce de la passion et de la mort, tout s’est gâté. Pierre n’a pas admis cette perspective. Nous ferions de même si un bon ami nous annonçait une perspective aussi sombre. Comment imaginer une fin aussi atroce pour celui qui vient d’être reconnu comme messie, Christ, Fils de Dieu ? La mention de la résurrection est à peine audible et ne suffit pas à rassurer le premier des apôtres qui se voit traiter de Satan : « Derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celle de Dieu mais celle des hommes ! » (Mt16,23) Et la suite n’est pas plus rassurante puis que les disciples eux-aussi devront renoncer à eux-mêmes et prendre leur croix (Mt16,24).

Changement d’ambiance avec la transfiguration de Jésus qui irradie une lumière éclatante tandis que Moïse et Elie s’entretiennent avec lui. La Loi et les Prophètes, toute la révélation de Dieu consignée dans la Bible, confirme le choix de Dieu : le Christ revêtu de lumière est bien le même qui marche vers sa passion et sa mort tragique. La voix du Père l’authentifie, comme lors du baptême dans le Jourdain ; « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mt17,5) L’expérience est si intense que les apôtres tomberont à la renverse et garderont le silence jusqu’à ce que Jésus ressuscite d’entre les morts. Matthieu nous présente cela comme une consigne de Jésus. Marc nous précise qu’ils respectèrent l’ordre de Jésus parce qu’ils ne comprenaient pas bien ce que voulait dire résurrection (Mc9,9-10). Disons qu’il y a une version politiquement correcte, Matthieu, et une autre un peu moins, Marc. Réalisons aussi que les évangiles ont été écrits bien après la mort et la résurrection de Jésus et que les apôtres, confrontés à l’inédit de la résurrection se sont alors souvenus de ce qu’ils avaient vécu avec Jésus et ont compris à postériori la signification de ce moment lumineux sur la montagne. Quelque chose comme : « Tu te souviens de cet épisode où Jésus en prière était apparu brillant de lumière, comme Moïse lorsqu’il descendait de la montagne après s’être entretenu avec Dieu. » Nous en avons la trace dans la deuxième lettre de Pierre (2P1,16-18)

Frères et sœurs, nous sommes disciples d’un Messie crucifié. En ce carême, plus que jamais nous avons les yeux fixés sur Jésus qui avance vers sa passion. Nous le suivons pas à pas lui le Fils de Dieu resplendissant de lumière, lui le Serviteur humilié qui partage la souffrance des hommes et éprouve l’absurdité de la violence. Nous le suivons pas à pas, lui le Fils qui reçoit sa force du Père et nous nous rappelons de notre baptême : seuls nous coulons, nous sommes submergés par le péché et les difficultés de la vie ; si nous prenons la main que Dieu nous tend, si nous devenons davantage enfants de Dieu, alors nous aussi nous passerons de la mort à la vie et nous nous surprendrons à ressusciter.  Telle est la perspective qui s’ouvre pour nous en ce début de carême : vivre la Pâque avec Jésus, Fils de Dieu.

C’est en tout cas l’expérience que l’apôtre Paul partage avec son jeune collaborateur Timothée confronté aux souffrances liées à l’annonce de l’évangile (2Tm1,8b-10). Tel maître. Tel disciple. Nul ne peut être mon disciple s’il ne renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Nul ne peut être mon disciple, s’il n’accepte, comme Abram, de faire une confiance absolue au Dieu qui nous demande de nous mettre en route vers la terre de la promesse (Gn12,1-4a). Nul ne peut être mon disciple s’il n’accepte de vivre l’aventure de la foi, de la remise confiante entre les mains du Père. Seigneur, nous t’en prions : augmente en nous la foi. Guide-nous sur le chemin du carême. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du mercredi des cendres 2026, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, église Saint François, Roubaix, 18 février 2026.

Des cendres sur le front. Un symbole fort à l’heure où il n’est plus possible de construire des cheminées à foyer ouvert et ou le projet de loi sur l’aide à mourir accentue l’illusion de maîtriser toute chose, même la mort. 

Des cendres sur le front en forme de croix pour annoncer la passion du Christ à venir et se préparer à célébrer avec lui le grand passage de la mort à la vie, la Pâque, fondement de notre raison de vivre et d’espérer.

Des cendres pour nous rappeler que nous sommes mortels : « tu es poussière et tu redeviendras poussière ». Des cendres malléables comme l’argile dont nous sommes modelés, pour que Dieu insuffle en nous son Esprit pour nous recréer et nous remodèle jusqu’à ce que nous soyons semblables à Jésus, son Fils bien-aimé : « Convertis-toi et crois à l’évangile. »

Un symbole fort qui nous vient de la nuit des temps, des croyants du peuple d’Israël et probablement de bien d’autres tribus qui se couvraient la tête de cendres en signe d’humilité et de pénitence. Une invitation à nous purifier du péché et de tout ce qui altère la relation à Dieu et aux autres. 

Depuis longtemps, les cendres sont associées au jeûne. Le jeûne pour éprouver notre fragilité, nous rapprocher de ceux qui ont faim pour partager avec eux. Mieux réaliser combien nous dépendons des aliments tirés de la terre, dons de Dieu et du travail des hommes, agriculteurs, éleveurs, transporteurs, magasiniers, commerçants, vendeurs, caissiers… que nous pouvons confier au Seigneur aujourd’hui et lorsque nous bénissons Dieu avant le repas. Mais le jeûne, ce peut-être aussi nous libérer de l’alcool, du tabac ou de la drogue, retrouver notre liberté face aux réseaux sociaux et aux jeux qui nous enferment et nous abrutissent. A nous de décider de quoi nous allons jeûner. 

Mais le carême qui commence ne s’arrête pas aux cendres et au jeûne. Il est d’abord un temps offert pour nous préparer à Pâques, un temps pour réactiver en nous la grâce du baptême et être toujours davantage fils et filles de Dieu en accompagnant ce qui se préparent au baptême, à la confirmation et à a première eucharistie. 

Pour cela deux autres piliers nous sont offerts pour ce temps fort : la prière et l’aumône. La prière d’abord, dans le cœur à cœur avec Dieu, dans le silence, la méditation de la Parole de Dieu, l’adoration mais aussi dans la prière familiale ou communautaire, en fraternité ou à l’église. La prière comme un rendez-vous amoureux avec Dieu. Un temps d’écoute et d’accueil du don gratuit de Dieu. Un temps pour se confier et enraciner nos choix, notre mode de vie, nos orientations dans l’amour de Dieu. Un temps d’intercession pour ceux qui nous sont proches ou plus lointains. Je vous souhaite de progresser dans la prière, d’être assidus à la prière chaque jour de ce carême au moins le matin et le soir, mais aussi pourquoi pas en participant à la messe en semaine le midi ou aux temps de prière proposés par la paroisse : chapelet, adoration, fraternités. Le dimanche 8 mars nous prendrons un temps après la messe de 10h15 pour mieux comprendre la prière avant de vivre un nouveau repas paroissial partagé pour ceux qui sont seuls.

L’autre pilier du carême, c’est l’aumône ou si vous préférez le partage pour vivre davantage en frères et sœurs, enfants d’un même père. Ce partage, à nous de l’inventer : don à l’Eglise ou à des associations comme le CCFD Tette solidaire qui sollicite notre participation le 5ème dimanche de carême mais aussi si nous n’avons pas beaucoup d’argent, don de notre temps et de nos compétences dans du bénévolat, visites ou signes d’amitié à des personnes qu’on sait seules, âgées ou malades. 

A nous de choisir comment vivre notre carême. A nous de nous donner des moyens de laisser Dieu toucher notre cœur et nous transformer par son amour pour nous préparer à vivre Pâques, à nous laisser renouveler à l’image de Jésus. Bon carême à tous et à toutes. Que le Seigneur vous accompagne et touche votre cœur pour qu’il se tourne davantage vers lui et vous fasse grandir dans l’amour. Amen !

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire A, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises Saint Sépulcre et Saint Joseph, Roubaix, 14 et 15 février 2026.

« Pas un iota, pas un petit trait ». Jésus n’abolit rien de la Loi et des prophètes. Il accomplit. C’est-à-dire qu’il la réalise complètement. Dans sa personne d’abord et chez les disciples qu’il forme à la Loi nouvelle. « Les Anciens vous ont dit ». « Moi, je vous dis ». Jésus engage toute son autorité, tel un nouveau Moïse. Il renforce les exigences de la Loi ou plutôt, il dépasse le formalisme qui peut la caractériser. Il inscrit la Loi dans les cœurs. La Loi instruit la conscience. Elle fait communier profondément au désir de Dieu et à son projet d’amour pour l’humanité. Elle manifeste l’alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité dans la personne de Jésus.

Il y a quelques jours, un futur marié qui découvrait l’évangile me partageait sa surprise devant les propos de Jésus : « c’est drôle, la manière dont il voit les choses. » Il peinait à comprendre l’exigence de fidélité et le rejet de la répudiation permise par Moïse. Il défendait une sagesse humaine au goût du jour : « si ça ne va plus avec ta femme, tu la quittes » et mesurait la folie de la demande de Jésus, la folie d’un amour fidèle qui cherche à pardonner, à renouer au-delà des différends. En effet, l’accomplissement de la Loi que préconise Jésus fait entrer dans la Sagesse de Dieu, souvent bien différente de la Sagesse du monde. 

Cette sagesse de Dieu, c’est la folie d’un amour sans limite, d’un don sans retour comme le révèlera Jésus dans sa passion et sa mort sur la croix. Si nous voulons entrer dans le Royaume de Dieu, il nous faut progresser dans la Sagesse du mystère de Dieu. Il nous faut travailler notre conscience et notre volonté pour communier de plus en plus au projet de Dieu, inscrire sa Loi d’amour au plus profond de nos cœurs pour qu’elle guide nos décisions et oriente nos choix : Comme le disait Ben Sira : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.  La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » 

Demandons au Seigneur de nous instruire de l’intérieur. Demandons la grâce de prendre nos décisions dans la prière. Prions l’Esprit Saint de nous éclairer, de guider nos choix, de les fonder dans l’amour, de les orienter en fonction du Royaume de Dieu et non pas de nos intérêts personnels. Et nous entrerons plus avant dans la salut promis. Nous connaîtrons le bonheur de ceux qui « marchent selon la Loi du Seigneur. » Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire A, dimanche de la santé. Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, églises Saint François et Saint-Joseph, Roubaix, les 7 et 8 février 2026.

Sel de la terre, lumière du monde. Les formules ont bien du succès. Elles sont faciles à comprendre : le sel qui donne du goût, la lumière qui brille et éclaire. Mais réalisons bien. Elles font immédiatement suite aux Béatitudes. Elles s’adressent aux pauvres de cœur, aux doux, à ceux qui pleurent, aux affamés et aux assoiffés de justice. Elles s’offrent aux miséricordieux, aux cœurs purs, aux artisans de paix et aux persécutés. Elles sont destinées aux apprentis disciples qui écoutent le maître prêcher du sommet de la montagne. Elles visent ceux et celles qui sont invités à renoncer à eux-mêmes et à porter la croix avec Jésus. 

Sel de la terre et lumière du monde. Voilà un programme exaltant. Une invitation à rayonner la saveur de l’évangile et à éclairer ceux qui ne voient pas clair et peinent dans l’obscurité, comme ces collégiens un peu déboussolés dont me parlaient hier des enseignants qui essaient de les accompagner et de les guider dans les nombreux défis qu’ils affrontent. 

Sel de la terre, lumière du monde. D’accord, mais cela ne doit pas nous monter à la tête. Le disciple n’est lumière que s’il reflète la lumière du Christ, la lumière qui ne s’éteint pas, la lumière du Fils qui se laisse aimer par le Père et nous partage cet amour. Le disciple n’est sel que s’il laisse l’évangile des Béatitudes opérer ce renversement de valeurs qui permet la vraie liberté et l’audace de donner sa vie par amour. Alors, oui, le témoignage est possible. Le rayonnement s’opère sans effort comme le fruit d’une vie transformée par l’Esprit. Il n’a rien à voir avec une opération marketing ou un prosélytisme de mauvais aloi. 

Cette lumière, je l’ai vu briller bien souvent dans le regard de ceux que la maladie a dépouillé de toute prétention. En consentant plus ou moins vite à la faiblesse, ils se sont laissé désarmer. Ils ont accepté de dépendre des autres, de recevoir des soins. Dans leur détresse, ils ont découvert la bonté des soignants, les bienfaits des visites, la douceur d’une présence attentive et bienveillante. Ainsi la violence de la maladie cède quelque peu la place à la grâce du soin et une petite lumière s’allume dans les yeux parfois embrumés. C’est dans la faiblesse que se déploie la force de l’amour gratuit dans lequel, avec l’apôtre Paul, nous pouvons reconnaître la puissance de Dieu. Ainsi l’évangile du Messie crucifié se diffuse par les actes, dans le corps à corps des soignants et des soignés, les sonnettes qui hurlent dans la nuit et la visite qui apaise les angoisses. L’Evangile est proclamé sans le prestige du langage ou de la sagesse, mais dans la simplicité des relations qui se nouent avec les résidents des EHPADs ou des centres d’accueil de personnes en situation de handicap. Il se vit avec les aidants qui soutiennent un conjoint ou un membre de la famille. 

Rendons grâce pour tous ceux qui exercent un métier de soin, pour les aidants familiaux, les bénévoles visiteurs de malades ou membres d’aumônerie d’hôpitaux ou d’associations diverses. Prions pour ceux qui peinent ou se découragent. Confions à la miséricorde du Seigneur les personnes malades, handicapées ou dépendantes qui souffrent de solitude ou d’angoisse. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête de la Présentation de Jésus au Temple, 2 février 2026, Saint-Martin, Roubaix.

Quelle belle fête ! Et pas seulement pour les chandelles bénies qui nous ont illuminés, ni même pour les crêpes qui réjouiront nos papilles tout à l’heure.

C’est une belle fête, plus discrète encore que le Noël de la crèche et des bergers ! Jésus est présenté au Temple de Jérusalem conformément à la Loi juive, quarante jours après sa naissance. Ses parents l’offrent à Dieu son Père. Ils font un geste similaire  à tous les parents qui présentent un enfant au baptême : « Cet enfant, c’est bien le nôtre mais nous reconnaissons qu’il est aussi et d’abord enfant de Dieu ». Quel beau geste ! Quelle justesse pour signifier le mystère de toute vie et notre vocation à partager la vie de Dieu.

Mais ça ne s’arrête pas là. Deux vieillards accueillent la Sainte Famille et s’émerveillent de la venue du Messie qu’ils reconnaissent dans ce petit enfant que Syméon porte dans ses bras. D’un côté, deux personnes âgées, Syméon et Anne, tous deux au soir de leur vie et de l’autre côté, un nouveau-né. La vieillesse et la jeunesse. L’Ancien Testament qui reconnaît le Nouveau et lui passe le relais. En Jésus, Dieu fait toutes choses nouvelles. Il accomplit sa promesse. 

Syméon reconnait en Jésus la lumière qui se révèle aux nations et la gloire d’Israël son peuple. Luc précise que « le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui », ce qui nous invite à ne pas présumer de la compréhension qu’ils avaient de l’identité de leur fils. De plus, Syméon annonce à Marie le glaive qui lui transpercera le cœur à l’heure de la Croix. Tout y est : la passion et la résurrection, la croix et la gloire. Le Messie d’Israël est aussi le Sauveur de tous les hommes, tous les hommes qu’il rejoint dans l’humilité d’un couple croyant qui se conforme à la Loi et offre pour leur purification rituelle le sacrifice des pauvres, un couple de tourterelles car l’agneau d’un an était au-dessus de leurs moyens (Lv12, 8).

Nous avons là comme un condensé de l’évangile : Jésus est consacré à Dieu son Père. Il s’offre à lui comme il le fera dans sa passion. Sa lumière brille dans les ténèbres et illumine tous les hommes qui avancent dans la nuit. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 4ème dimanche du temps ordinaire. Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 1er février 2026.

Quel retournement incroyable ! Les béatitudes vont à l’encontre des logiques habituelles. Elles discréditent les recommandations que nous nous faisons sans cesse : « Prends soin de toi. Pense d’abord à toi. Préserve-toi. Sois prudent ». Elles démentent nos ambitions de réussite et nos appétits de conquête. Ne les écoutons pas pieusement avec un émerveillement teinté d’incrédulité. Prenons-les au sérieux et essayons d’entrer dans leur logique ou plutôt dans la logique de Jésus. Car c’est lui la clé des béatitudes, la clé de la vie évangélique à laquelle nous aspirons. N’est-il pas « le chemin, la vérité et la vie » (Jn14,6) ?

Les béatitudes sont incompréhensibles, si ce n’est à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. Comment oser dire : « Heureux ceux qui pleurent, ceux les persécutés, si ce n’est à la lumière de Pâques. C’est bien parce que l’amour de Dieu a été plus fort que la mort que la violence des bourreaux ne peut avoir raison de notre espérance. C’est ainsi que les Béatitudes sont vraiment la charte de la vie chrétienne, la boussole des pèlerins de l’espérance, de ceux et celles qui emboîtent leurs pas dans ceux du Christ Jésus. Elles ne font aucunement sens pour les gens établis, pour ceux qui ont le souci de préserver leurs intérêts. Elles sont insupportables pour les riches et les superbes dont il est question dans le Magnificat : « il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, (…) il renvoie les riches les mains vides ».  (Lc1,51-53). C’est ainsi qu’on peut comprendre la première d’entre elles : « Heureux les pauvres de cœur car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt5,3).Le bonheur dont il est question n’est pas seulement pour demain, dans la béatitude éternelle de ceux qui vivront en pleine communion avec Dieu, c’est le bonheur du Ciel sur la terre, le bonheur du Royaume déjà là, quand « les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent et que la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». (Mt11,5) 

Vous l’avez compris : les Béatitudes qui ouvrent le Sermon sur la montagne sont une petite bombe, une bombe qui fait exploser nos critères mondains et nous introduit dans la logique du Royaume, là où il faut aimer ses ennemis, donner sans attendre de retour et pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois ! 

Dès lors, nous comprenons l’adresse de Paul aux chrétiens de Corinthe : « Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1Cor1,26-29). Paul met alors en avant le langage de la croix qui défie les logiques humaines. (1Cor1,18)

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire, Dimanche de la Parole, Roubaix Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Cœur, dédicace de la salle Bienheureux André Parsy, 24 janvier et Paroisse Saint-Martin, 25 janvier 2026

Une région frontière, un carrefour où se mêlent Juifs et Païens, telle est la Galilée choisie par Jésus pour le début de sa mission, la Galilée des Nations. Nous sommes loin de Jérusalem, du Temple, des grands prêtres et des scribes. Loin aussi d’Hérode, le roi qui a fait arrêter et condamner Jean-Baptiste. Aux confins de cette Galilée, c’est Capharnaüm que Jésus a choisi au détriment de Nazareth où il a grandi et où on a tendance à l’enfermer dans son statut de fils du charpentier. Le nom de Capharnaüm est devenu synonyme de grand désordre. Et bien, c’est là que Jésus commence sa mission. C’est là sur la route de la mer, au pays de Zabulon et de Nephtali, dans les ténèbres de ces pays de la marge qu’il fait resplendir la lumière, comme le prophète Isaïe l’avait annoncé. 

Cette lumière provoque joie et allégresse. Elle appelle à la conversion. Le Royaume de Dieu est tout proche. L’ombre de la mort ne dicte plus les comportements délétères dont le seul but est de « sauver sa peau », fut-ce au détriment de Dieu et des autres. Le chacun pour soi n’a pas plus sa place, pas plus que les jalousies et les rivalités qui empoisonnent les communautés humaines et même la communauté chrétienne naissante de Corinthe. Cette lumière, c’est celle du Christ qui resplendit de la gloire du Père. Cette lumière, c’est celle de la résurrection qui éclaire à jamais le mystère de la croix et consacre la victoire de l’amour et de la miséricorde. Cette lumière change toutes les perspectives. Elle brille dans le regard de Jésus qui appelle Simon et André puis Jacques et Jean, si bien qu’aussitôt, il se lèvent et s’engagent à sa suite. 

C’est cette lumière qui nous attire à l’église et dissipe peu à peu les ténèbres d’une actualité angoissante et des questions qui se bousculent dans nos petites têtes. C’est cette lumière que diffusaient clandestinement les jeunes chrétiens français comme André Parsy, jociste de Roubaix, partis pour soutenir leurs frères contraints de travailler pour l’Allemagne nazi avec le Service du Travail obligatoire. Alors, peu importe si on ne comprend pas tout. Peu importe s’il fait froid et si la fraternité entre nous est encore bien timide. Peu importe si la persécution menace ou que la foi expose aux moqueries et aux brimades. Dieu nous aime, il nous chérit. Il compte sur nous pour diffuser la Bonne Nouvelle et garder le cap de l’espérance. Il nous parle dans le secret du cœur. Il nous parle par les paroles de feu des prophètes et les perles précieuses des psaumes murmurés depuis des siècles par les Juifs et les chrétiens : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » (Ps26,4cd) Sa Parole est vivante. Elle est bien plus qu’une bibliothèque d’écrits vénérables. Cette Parole, c’est le Christ Jésus, le Verbe fait chair, par qui le Père a créé le monde et qui récapitule toute l’humanité en lui pour la présenter au Père « comme une épouse resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut » (Eph 5,27). Certes, il y a encore du boulot pour y parvenir. Il y a encore bien des conversions à opérer, des transformations auxquelles consentir en chacun de nous et dans le monde pour qu’il soit plus juste, plus beau, plus fraternel. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la fête du baptême du Christ, Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église Saint Sépulcre et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, accueil en Eglise des catéchumènes.

Vous venez de l’entendre, Jésus a été baptisé par Jean dans le Jourdain. Jean Baptiste ne voulait pas le baptiser mais sur l’insistance de Jésus il a accepté. Jésus tenait à pratiquer ce rite que des foules venaient accomplir auprès du prédicateur du désert. Ce baptême, c’était un plongeon dans les eaux du Jourdain, un baptême de conversion, un geste de purification pour se laver des péchés. Tout le monde le comprend, l’eau lave. L’eau purifie. Jésus n’a pas commis de péché. Il n’a pas besoin de ce baptême mais il tient à faire comme tout le monde. De plus cette eau, c’était celle du Jourdain, le dernier fleuve franchi par le peuple juif avant l’arrivée sur la terre promise, à une trentaine de kilomètres de Jérusalem, une mer rouge en miniature, le passage de l’esclavage à la liberté, l’acte de naissance du peuple de l’alliance. 

Mais ce baptême dans l’eau est suivi d’un autre événement plus important encore : l’Esprit de Dieu descend sur Jésus comme une colombe et la voix du Père se laisse entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » Voilà le véritable baptême, la manifestation de Jésus – son épiphanie – comme Fils du Père, rempli de l’Esprit Saint. C’est la révélation de la Sainte Trinité, l’amour qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit. Ainsi, chers catéchumènes, lorsque vous allez être baptisés à Pâques, vous allez être purifiés de vos péchés, non seulement grâce à l’eau qui va couler sur vos têtes mais vous allez faire l’expérience de Jésus : être aimés de Dieu, le Père et être marqués par l’Esprit Saint. Vous allez être baptisés dans l’Esprit Saint. D’ailleurs, vous serez baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 

Frères et sœurs, ne nous y trompons pas, le véritable baptême, ce n’est pas celui de l’eau. C’est celui dans l’Esprit. L’eau qu’on voit représente l’Esprit Saint qu’on ne voit pas. Ainsi, le baptisé entre dans l’expérience de Jésus. Il entend la voix du Père qui lui dit : « Je t’aime. Tu es mon fils/ma fille bien aimé/e. Je répands mon Esprit sur toi, jusque dans ton cœur. Il te permettra de vivre et d’aimer comme Jésus qui « là où il passait faisait le bien » (Ac10,38).

Telle est la grâce du baptême, le don magnifique que Dieu nous fait dans le Christ. En accueillant cette grâce, vous serez renouvelés, délivrés du péché, libérés de tout ce qui vous empêche d’aimer en vérité. Alors comme le serviteur de Dieu du livre d’Isaïe, vous vous entendrez dire : « Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » (Is42,7). 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour l’Epiphanie, Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, Eglise Saint-François et Paroisse Saint-Martin, Roubaix, 3 et 4 janvier 2026.

Ils sont là les mages aux pieds de l’Enfant et de sa mère. Ils viennent de loin, de l’orient. Ils ont suivi l’étoile. Ils se prosternent et offrent leurs présents, l’or, l’encens et la myrrhe. 

Quelle belle histoire, si belle que nous attendons les mages avec impatience dans nos crèches revêtus de leurs atours. Nous leur avons donné des noms, Melchior, Gaspar et Balthazar. On leur attribue diverses origines, la Perse, l’Inde, l’Arabie ou on en fait des représentants des grands continents connus à l’époque : l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Peu importe. Ils sont la figure des nations païennes, les représentant de l’humanité qui converge vers Bethléem et confesse le Christ Sauveur. Car, c’est bien cela que nous célébrons aujourd’hui. La naissance de Jésus était passée bien inaperçue, excepté pour les bergers des alentours instruits par les anges du ciel. Désormais, c’est le monde entier qui est là et qui rend hommage à l’Enfant-Dieu grâce auquel tous, nous pouvons devenir enfants de Dieu.

Les mages représentent l’humanité en quête de vérité. C’est la diversité des sagesses et des religions. C’est le besoin de repères, la recherche de sens qui caractérise tant d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, surtout des jeunes, élevés en dehors de toute tradition. Comme chacun de nous, ils s’interrogent sur la vie, la mort, l’amour, la souffrance, le pourquoi du mal et de la violence. Peut-on être heureux ? Y-a-t-il une vie après la mort ? Dieu existe-t-il ? Qui a raison dans le grand concert des croyances ? Les questions ne manquent pas et nous les partageons avec nos contemporains. La réponse chrétienne est là devant nos yeux : c’est un petit enfant dans les bras de sa mère, Dieu fait homme, un Dieu qui nous invite à le suivre sur le chemin de l’humilité, un Fils qui nomme Dieu Père et s’en remettra à lui dans la confiance quand la violence aura raison de lui sur la croix. C’est lui que les mages adorent en offrant l’or au roi d’humilité, l’encens au Dieu, la myrrhe pour embaumer son corps supplicié dans l’attente de la résurrection. 

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

Homélie pour la solennité de Sainte Marie, mère de Dieu, 1er janvier 2026, Paroisse Saint-Martin, Roubaix.

Voilà une semaine que nous fêtons Noël, à la fois la naissance du Sauveur et notre naissance à la vie nouvelle des enfants de Dieu. Au huitième jour, nous fêtons Sainte Marie, mère de Dieu. Cela ne fut pas toujours ainsi. Puisqu’autrefois on célébrait la circoncision de Jésus en suivant l’indication de l’évangile selon Saint Luc rappelant que Jésus a vécu ce rite qui s’impose pour tout garçon de la descendance d’Abraham. D’abord célébrée à une autre date, la fête de Sainte Marie, mère de Dieu instaurée par le pape Pie XI en 1931, alors que l’Eglise célébrait les 1500 ans du Concile d’Ephèse qui a déclaré Marie, mère de Dieu, Theotokos en grec, a été placée au huitième jour de l’octave de Noël, soit le 1er janvier, par la réforme liturgique qui a fait suite au Concile Vatican II, pour mieux la lier au mystère de l’Incarnation. Le titre de mère de Dieu, attribué à la Vierge Marie, est fondamental puisqu’il affirme que Jésus est vrai Dieu et vrai homme et qu’en lui, les deux natures humaine et divine sont à la fois distinctes et inséparables, unies sans confusion. Jésus est vraiment homme et vraiment Dieu et c’est ainsi qu’il nous sauve. Il nous permet tout en restant nous-mêmes de devenir fils et filles de Dieu, frères et sœurs dans le Christ.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.