Homélie pour le dimanche des Rameaux et de la Passion, Paroisse Saint-Martin et Paroisse Saint-Charles de Foucauld, église du Sacré-Coeur, Roubaix, 29 mars 2026.

C’est un roi qui est acclamé par la foule, un roi messie attendu depuis des siècles par le peuple d’Israël qui se presse à Jérusalem pour les fêtes pascales. Les manteaux et les rameaux sur le sol, les chants de joie. Tout y est pour acclamer le roi-messie. Quelques jours plus tard, ce seront les cris de mise à mort qui les remplaceront : « crucifie-le, crucifie-le ». Comment expliquer ce retournement si rapide ? Par la versatilité des foules et de l’opinion publique. Peut-être mais pas seulement. A l’origine de ce changement brutal, il y a un malentendu. Beaucoup espéraient un roi-messie qui libère Israël de l’occupant romain, un chef qui rétablisse l’indépendance, qui résolve les multiples problèmes. En Jésus, elle croit avoir trouvé l’homme providentiel : il donne à manger aux foules avec trois fois rien ; il guérit, il expulse les mauvais esprits, il parle vrai. Quelle opportunité ! Mais il y a méprise. Jésus ne veut pas être chef de cette manière-là. Quand on veut le faire roi après la multiplication des pains, il s’enfuit dans la montagne (Jn6,15). Lui, il est roi d’humilité, monté sur un petit âne en signe d’humilité (Mt21,7). N’a-t-il pas insisté à plusieurs reprises : « celui qui veut être le chef parmi vous doit être votre serviteur, votre esclave » (Mt20,27) et c’est ce qu’il est, lui qui n’a pas revendiqué d’être traité à l’égal de Dieu mais qui s’est anéanti, vidé de lui-même jusqu’à mourir et à mourir sur une croix (Phil2, 6-11). Voilà pourquoi lorsque Jésus sera menacé par les pouvoirs religieux et politiques de connivence entre eux, il sera abandonné par les siens. Il n’intéressera plus les foules promptes à lui préférer Barabbas un criminel (Mt27,21). Ce retournement est instructif pour nous, aujourd’hui encore qui sommes si facilement subjugués par les offres mirobolantes d’hommes providentiels qui hélas, entraînent si souvent l’humanité dans le désastre des guerres ou des dictatures. Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Il n’est pas ici ou là-bas. Il est au-dedans de nous. Il est discret, tout petit comme la semence enfouie en terre, mais il est promesse de justice et de paix, attention aux plus pauvres, à la veuve, à l’orphelin, à l’immigré. En lui, ce n’est pas la force des armes ou des instruments de propagande qui dominent, mais la miséricorde et la fraternité. C’est ce Royaume que Jésus ne cesse de dire qu’il est tout proche. C’est ce Royaume qu’il inaugure par son parcours de service et d’abaissement jusqu’à la croix. Mesurons bien cette différence pour suivre Jésus dans sa Pâque et ne pas l’abandonner après le dimanche des Rameaux.

Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention, c’est l’identité de Jésus Fils de Dieu. Au pied de la croix, les foules mal intentionnées injurient Jésus en criant : « si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et descend de la croix » (Mt27, 40) Jésus le pourrait en demandant l’intervention de son Père mais il ne le fait pas. Mais il sait que le Père l’a envoyé partager la condition humaine jusque dans la souffrance et la mort, jusqu’à l’expérience de l’absence de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt27,45 ; Ps22,2) Il a lutté pour accepter la coupe du sang versé. Il a demandé à son Père de lui épargner la violence de la mort, mais, au terme d’un véritable combat spirituel, il l’a finalement acceptée en communiant à la volonté du Père. Cette volonté, c’est qu’il rejoigne tous les hommes accablés par l’absurdité de la souffrance : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt26,36-46) 

Celui qui saisit le lien qui unit Jésus à son Père, c’est le centurion romain et ceux qui l’entouraient au pied de la croix.  « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt27,54). Avec eux, confessons nous-aussi que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. C’est comme cela qu’il nous sauve, non parce qu’il serait un héros surpuissant mais parce qu’il est Fils, parce qu’il se laisse aimer par le Père et qu’il s’en remet à lui dans le confiance. Et cela, nous le pouvons-nous-aussi par la grâce du baptême. Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous et pour les futurs baptisés de Pâques. Amen.

Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.

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