Comme la semaine dernière avec la Samaritaine, nous venons à nouveau d’entendre une grande histoire, une histoire unique dans l’évangile selon Saint Jean, la guérison de l’aveugle-né. C’est Jésus qui le repère sur son passage. L’aveugle ne demande rien. Les disciples questionnent Jésus pour savoir qui a péché pour qu’il soit ainsi handicapé de naissance : « lui ou ses parents ? » (Jn9,2). Comme beaucoup, ils attribuent la maladie et le handicap au péché. Ne l’entendons-nous pas souvent plus ou moins murmuré : « Qu’est que j’ai fait au bon Dieu pour que m’arrive une telle tuile ? ». Jésus balaie ses explications hasardeuses. Plutôt d’être tourné vers le passé et de nourrir la culpabilité, il va manifester les œuvres de Dieu en lui. Lui qui est la lumière du monde va permettre à l’aveugle-né de recouvrer la vue. Comment ? En deux étapes : Jésus applique de la boue faite de terre et de sa salive puis il dit à l’aveugle d’aller se laver à la piscine de Siloé, un réservoir important qui alimente Jérusalem en eau et permet de se purifier. Nous pouvons y voir des signes, celle de la création du nouvel Adam et l’image de l’eau du baptême qui lave et fait naître à la vie nouvelle. De plus souligne Jean, Siloé signifie Envoyé (Jn9,7) et cet Envoyé, c’est Jésus, l’envoyé du Père, Celui qui apporte la lumière et guérit l’humanité de la cécité. Car comme la Samaritaine, l’aveugle-né n’a pas de nom. Nous pouvons nous reconnaître en lui, nous qui bien souvent, ne voyons pas très clair. Qui ne savons pas très bien où nous allons. Nous qui sommes parfois aveuglés par toutes sortes de mirages, de séductions ou de fake-news. Ils nous empêchent de voir la réalité et surtout de rencontrer Dieu face à face. Nous avons besoin de nous purifier avec l’eau du baptême. Nous avons besoin de nous libérer de tout ce qui nous empêche de voir clair pour faire la vérité et accueillir la lumière de Dieu, le Christ vivant, Fils bien-aimé du Père, resplendissant de sa splendeur comme l’illustrait la transfiguration sur la montagne. Avec l’aveugle, allons à la source. Laissons-couler sur nos yeux l’eau baptismale. Entendons l’appel du Seigneur : « Réveille-toi, ô toi qui dors. Relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » (Eph5,14)
Alors comme l’aveugle guéri, nous pourrons faire profession de foi : « Crois-tu au Fils de l’homme. Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit :« Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit :« Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. » (Jn9,35-38)
La belle histoire ne s’arrête pas là car la guérison de l’aveugle de naissance alimente la polémique contre Jésus. Elle a eu lieu le jour du sabbat et les juifs s’en prennent à Jésus. Ils le contestent. Ils refusent de croire qu’il est un homme de Dieu. Le jugement de Jésus est imparable : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » (Jn9,39)
Ayons l’humilité de reconnaître notre cécité. Implorons la lumière du Christ pour qu’il nous libère de notre péché et de tout ce qui nous enferme dans les ténèbres. Demandons-les « fruits de la lumière : bonté, justice et vérité, capacité à reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Eph5,9). Alors comme David, qui a reçu l’onction du Seigneur (1Sam16,13), nous laisserons l’Esprit s’emparer de nous. Alors, nous refléterons la gloire du Seigneur et serons transfigurés à son image (2Cor3,18). Nous serons des « créations nouvelles dans le Christ, comme on le dit aux baptisés lorsqu’ils revêtent le vêtement blanc de leur renaissance. Amen !
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.