Une région frontière, un carrefour où se mêlent Juifs et Païens, telle est la Galilée choisie par Jésus pour le début de sa mission, la Galilée des Nations. Nous sommes loin de Jérusalem, du Temple, des grands prêtres et des scribes. Loin aussi d’Hérode, le roi qui a fait arrêter et condamner Jean-Baptiste. Aux confins de cette Galilée, c’est Capharnaüm que Jésus a choisi au détriment de Nazareth où il a grandi et où on a tendance à l’enfermer dans son statut de fils du charpentier. Le nom de Capharnaüm est devenu synonyme de grand désordre. Et bien, c’est là que Jésus commence sa mission. C’est là sur la route de la mer, au pays de Zabulon et de Nephtali, dans les ténèbres de ces pays de la marge qu’il fait resplendir la lumière, comme le prophète Isaïe l’avait annoncé.
Cette lumière provoque joie et allégresse. Elle appelle à la conversion. Le Royaume de Dieu est tout proche. L’ombre de la mort ne dicte plus les comportements délétères dont le seul but est de « sauver sa peau », fut-ce au détriment de Dieu et des autres. Le chacun pour soi n’a pas plus sa place, pas plus que les jalousies et les rivalités qui empoisonnent les communautés humaines et même la communauté chrétienne naissante de Corinthe. Cette lumière, c’est celle du Christ qui resplendit de la gloire du Père. Cette lumière, c’est celle de la résurrection qui éclaire à jamais le mystère de la croix et consacre la victoire de l’amour et de la miséricorde. Cette lumière change toutes les perspectives. Elle brille dans le regard de Jésus qui appelle Simon et André puis Jacques et Jean, si bien qu’aussitôt, il se lèvent et s’engagent à sa suite.
C’est cette lumière qui nous attire à l’église et dissipe peu à peu les ténèbres d’une actualité angoissante et des questions qui se bousculent dans nos petites têtes. C’est cette lumière que diffusaient clandestinement les jeunes chrétiens français comme André Parsy, jociste de Roubaix, partis pour soutenir leurs frères contraints de travailler pour l’Allemagne nazi avec le Service du Travail obligatoire. Alors, peu importe si on ne comprend pas tout. Peu importe s’il fait froid et si la fraternité entre nous est encore bien timide. Peu importe si la persécution menace ou que la foi expose aux moqueries et aux brimades. Dieu nous aime, il nous chérit. Il compte sur nous pour diffuser la Bonne Nouvelle et garder le cap de l’espérance. Il nous parle dans le secret du cœur. Il nous parle par les paroles de feu des prophètes et les perles précieuses des psaumes murmurés depuis des siècles par les Juifs et les chrétiens : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » (Ps26,4cd) Sa Parole est vivante. Elle est bien plus qu’une bibliothèque d’écrits vénérables. Cette Parole, c’est le Christ Jésus, le Verbe fait chair, par qui le Père a créé le monde et qui récapitule toute l’humanité en lui pour la présenter au Père « comme une épouse resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut » (Eph 5,27). Certes, il y a encore du boulot pour y parvenir. Il y a encore bien des conversions à opérer, des transformations auxquelles consentir en chacun de nous et dans le monde pour qu’il soit plus juste, plus beau, plus fraternel.
Frères et sœurs, pour y parvenir, aimons la Parole, fréquentons-la souvent, lisons-la seul, en fraternités ou en équipes. Méditons-la et laissons-la agir en nous pour qu’elle nous renouvelle et nous façonne jusqu’à ce que nous soyons unis au Christ, que nous puissions dire comme l’apôtre Paul : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal2,20) Amen.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.