Voila un évangile d’une étonnante actualité : le déferlement de violence, l’exercice d’un pouvoir autoritaire et sanglant entraînant l’exil d’une famille, la Sainte Famille de Marie, Joseph et l’Enfant-Jésus. On croirait entendre les informations en continu et leurs litanies de drames, de souffrances telles qu’on n’y prête plus guère attention. Sans compter que certaines sont passées sous silence dans des régions où même les journalistes sont interdits de séjour ou menacés. Combien d’hommes et de femmes, combien d’enfants et de nourrissons vivent aujourd’hui dans des camps de fortune, manquent de l’essentiel, n’ont pas accès à l’éducation et aux soins de santé de base ? Combien et il y en a parmi nous, ont dû se résoudre à quitter leur pays pour solliciter l’accueil dans nos pays aisés et bien méfiants ? Combien de familles n’ont pas connu les lumières et les cadeaux de Noël, mais le froid et la lutte pour la survie ? Rivalités ethniques, appétit de puissance, recherche de trafics juteux, affrontement de grandes puissances : peu importe. Dans tous les cas des pauvres en font les frais. Des familles les subissent. Etonnante actualité de ce deuxième chapitre de l’évangile selon Saint Matthieu, juste après l’adoration des mages et alors même que le 28 décembre, l’Eglise fait mémoire du massacre des saints innocents lorsque ce n’est pas un dimanche.
Revenons à l’évangile. Matthieu ne nous livre pas une prophétie, mais raconte ce qui est arrivé à la Sainte Famille en faisant sans cesse référence aux Ecritures, entendez l’Ancien Testament : Osée, Jérémie, plusieurs prophéties sont citées pour fonder l’exil de la Sainte Famille en Egypte en évoquant l’Exode et la mission libératrice de Moïse (Mt2,15/Os11,1). Jésus est le nouveau Moïse. Il va libérer Israël et l’humanité entière du péché qui l’éloignait de Dieu et de sa promesse de bonheur. Il assume l’histoire de violence qui marque l’humanité, histoire dont l’exil à Babylone est un événement particulièrement marquant pour Israël qui a tout perdu (Mt218/Jr31,15). Matthieu insiste sur l’accomplissement des Ecritures dans la personne de Jésus. Il écrit à des chrétiens venus du judaïsme et il cherche à fonder la légitimité de Jésus en s’appuyant sur les textes bibliques. Jésus est le Messie promis à Israël. Il est le nouveau Moïse. Il assume l’histoire de son peuple, une histoire marquée par la violence mais aussi par la fidélité de Dieu qui n’abandonne pas son peuple et le guide à travers les patriarches et les prophètes. Il inscrit les débuts de la vie de Jésus dans l’actualité tourmentée d’un pays sous tutelle romaine, dirigé par des personnages peu recommandables. En cela, il annonce un autre déferlement de violence, celui qui conduira le Fils de Dieu à la passion.
C’est dans ce contexte que la Sainte Famille trace son chemin et offre à l’Enfant Jésus un cadre de vie propice. Notez bien que c’est Joseph qui pilote. C’est à lui que l’Ange du Seigneur a révélé en songe l’origine de l’enfant que portait Marie, sa fiancée (Mt1,20). C’est à lui encore et toujours que l’Ange du Seigneur apparaît en songe et prévient de la menace d’Hérode en lui demandant de mettre sa famille à l’abri en Egypte. C’est dans les mêmes circonstances qu’il sera autorisé à ramener l’enfant et sa mère sur la terre d’Israël puis conseillé de se retirer en Galilée pour échapper à la terreur que fait régner Archélaüs. Joseph est l’homme des songes, comme bien des personnages de la Bible auxquels Dieu parle dans le sommeil. C’est notamment le cas de Joseph, invité par Dieu à se rendre en Egypte où il retrouvera Joseph, son fils perdu, devenu un fonctionnaire important de Pharaon.
Frères et sœurs, l’histoire de la Sainte Famille est d’une actualité surprenante. Elle nous invite à confesser la fidélité de Dieu au milieu de circonstances souvent tragiques. Elle nous entraîne dans l’écoute attentive de Dieu et au discernement de sa volonté. Elle nous encourage à faire de nos familles des foyers d’affection mutuelle, de paix et de bienveillance, où la vocation de chacun est respectée et soutenue. Bonne fête à toutes les familles.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.