Tout semble débuter à Noël. Et pourtant l’apôtre Jean ne dit rien de la Nativité comme Saint Luc, ni de l’adoration des mages comme Saint Matthieu. Il nous parle d’un autre commencement, le commencement avant tous les commencements, celui du Verbe, la Parole de Dieu qui était auprès de Dieu et qui est Dieu. Il explique que tout a été créé par lui et en lui. Puis, il nous livre une magnifique méditation sur l’Incarnation. Il mêle étroitement la venue du Verbe de Dieu dans notre humanité et le mystère de notre salut, notre naissance à la vie nouvelle dans le Christ : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (Jn1,12)
Pour parler de la naissance de Jésus, il ne parle pas de la Vierge Marie, ni de Joseph, ni des bergers, ni des mages. Il dit : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn1,14). Il poursuit sa méditation : « Et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». La gloire, c’est la plénitude de la vie qui est en Dieu, c’est l’intensité de son amour miséricordieux. Non seulement, c’est un mot fort pour dire que Jésus est Dieu mais le verset tout entier est une réponse à la prière de Moïse qui était bien abattu à la fin de sa vie, craignant d’avoir lutté en vain : « De grâce, fais-moi voir ta gloire ! » (Ex33,18) La prière de Moïse est exaucée en Jésus et avec elle l’attente de toute l’humanité qui désire voir triompher l’amour, la justice et la paix.
Comprenez bien. Jean n’ignore pas les circonstances de la naissance de Jésus, mais il est tellement ébloui par le mystère de notre salut dans le Christ qu’il ne parle que de cela : le Christ lumière qui éclaire tout homme, le Christ vrai homme et vrai Dieu qui avant même de naître existe de toute éternité, « engendré non pas créé ». Il est Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux. Il nous permet de devenir enfants de Dieu. Jean en a plein la bouche et il nous associe à son émerveillement : « Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce sur grâce. » (Jn1,16) En ce jour de Noël, rendons grâce à Dieu pour la naissance de Jésus. Elle marque en même temps notre naissance à la vie nouvelle. Dieu s’est fait homme pour que nous, les hommes nous partagions la vie de Dieu, pour que nous vivions de sa vie, que nous aimions comme lui et par lui. Voilà pourquoi huit jours après Noël, nous fêtons le Nouvel An et nous formulons des vœux de bonheur, de santé, de paix. Noël et Nouvel An indiquent un commencement, un nouveau départ plein de promesses. C’est pourquoi il est malheureux de souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année. Noël, ce n’est pas la fin. C’est un commencement, une promesse à accueillir pour nous laisser transformer et devenir ce à quoi nous sommes appelés : des enfants de Dieu unis par l’amour. Amen.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.