Dn 7, 2-14 ; Dn 3, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81 ; Lc 21, 29-33
Il y a de quoi être effrayé par les descriptions que nous venons d’entendre : les bêtes difformes, les dents de fer, les propos délirants… mais j’espère que vous avez été attentifs jusqu’au bout à la lecture du livre de Daniel qui décrit sa vision : après avoir relaté les vues terrifiantes qui dénoncent la violence des puissances qui dominent le monde, voici que « bête fut tuée, son cadavre fut jeté au feu. Quant aux autres bêtes, la domination leur fut retirée, ». Tandis que « (comme) un Fils d’homme parvint devant le trône du Vieillard vêtu de blanc que servent des myriades de myriades et il lui fut donné « domination, gloire et royauté » et que « tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent ». « Sa domination ne passera pas, sa royauté ne sera pas détruite. »
On retrouve presque la même expression dans l’évangile selon Saint Luc : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » Si inquiétante soit l’actualité, si sombres paraissent les perspectives, « le royaume de Dieu est proche ». Cette proximité, ce n’est pas forcément celle du calendrier, c’est celle de notre disponibilité à accueillir le don de Dieu, notre capacité à nous ouvrir à sa grâce. Il ne manque pas grand-chose. Nous le savons bien et pourtant nous retombons souvent dans les mêmes ornières. Nous buttons sur les mêmes obstacles et les cercles vicieux des jalousies et des rivalités, de la haine et de la violence nous tiennent captifs. Notre péché nous éloigne de Dieu et de la réalisation de sa promesse.
Il ne tient qu’à nous d’emboîter nos pas dans ceux de Jésus. Il ne tient qu’à nous de quitter nos basses eaux pour nous ouvrir au don de Dieu et grandir en enfant de Dieu pour vivre l’expérience de Jésus. C’est alors que nous pourrons désamorcer le péché et voir les bourgeons du figuier, les derniers à apparaître, les bourgeons qui annoncent bien plus que le printemps, l’été au cours duquel le Moissonneur pourra récolter les épis dorés. Quels sont-ils ces bourgeons ? Plein de pépites qui s’offrent à nous lorsque la tendresse et la miséricorde guident nos actions, lorsque la fraternité l’emporte sur le chacun pour soi, lorsque l’hospitalité réciproque dissipe les logiques d’exclusion et de racisme. Quels sont-ils ces bourgeons, sinon la curiosité des chercheurs de Dieu de tous âges, l’appétit de découverte des catéchumènes, la disponibilité des serviteurs de la charité et de tous ceux qui au quotidien enseignent, soignent, accueillent, soutiennent, accompagnent ceux qui deviennent alors des frères et des sœurs.
Prêtres, nous sommes souvent les témoins privilégiés de l’œuvre de Dieu dans les cœurs. Prédicateurs de la Parole, nous mesurons sa force lorsqu’elle est accueillie dans des cœurs sincères. Pécheurs parmi les pécheurs, nous sommes témoins et nous faisons l’expérience du changement qu’opère le Christ lorsqu’il devient un compagnon de route. Alors, nous touchons de près le mystère du Royaume tout proche et nous sommes heureux d’entraîner le peuple de Dieu dans l’action de grâce, dans l’eucharistie du Christ à son Père. Si nous rendons grâce ce soir c’est d’abord pour cela. Le doctorat de Romain nous réjouit pour lui, pour sa famille, pour le diocèse de Lomé au Togo pour lequel il a été ordonné prêtre. Il nous réjouit plus encore par l’objet de son étude sur la posture des accompagnateurs spirituels des candidats au sacerdoce. Et nous rendons grâce à l’avance pour les fruits que cette thèse produira pour le service de Dieu et du Royaume qui vient. « A lui, haute gloire, louange éternelle ». Amen
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.