C’est le dernier dimanche de l’année liturgique et nous fêtons le Christ roi. Nous avons en tête les grandes sculpture qui domine la baie de Rio de Janeiro ou le Tage à Lisbonne comme de nombreuses représentations plus modestes dans nos villages. Ces représentations sont assez récentes car la fête a été instaurée par le pape Pie XI en 1925, pour affirmer la royauté du Christ à une époque où grandissait l’attrait pour des pouvoirs autoritaires au lendemain de la première guerre mondiale. Le Christ l’a dit avec force : « ma royauté n’est pas de ce monde ». Il ne vient pas en concurrence des autorités humaines. Il vient instaurer le Règne de Dieu qu’on nomme parfois le royaume des cieux. Jésus l’annonce par la parole et par les actes. Le Royaume, c’est la réalisation de la promesse messianique, sans cesse relancée par les prophètes. C’est un royaume de justice et de paix, un royaume qui s’ouvre aux pauvres, aux cœurs purs, aux miséricordieux. Jésus l’illustre souvent par des paraboles. Il dit combien il est précieux comme une perle de grand prix et en même temps enfoui comme une semence. Mais Jésus ne se définit pas comme roi, son Royaume n’est pas de ce monde. Il n’y a guère que dans sa passion et sur la croix qu’on l’institue roi des juifs. Un titre qui ne consonne gère avec sa situation d’humilié, d’homme dépouillé, torturé, sans pouvoir. La seule couronne qu’il portera, c’est la couronne d’épines. Alors pourquoi donc fêter le Christ roi de l’univers ? Pourquoi, sinon parce que la puissance de Dieu l’a ressuscité, parce qu’il est vivant auprès de Dieu et qu’il nous ouvre le chemin vers lui. Jésus est roi. Il règne sur tout l’univers. Il guide l’humanité vers Dieu son Père. Il est le pasteur qui nous mène l’humanité vers le Royaume de Dieu.
Ainsi, vous l’avez compris. Le Christ renverse tous les repères que nous avons sur la royauté. Il est roi d’humilité, roi sans pouvoir et sans armée. Il est le serviteur qui prend la dernière place, qui lave les pieds de ses disciples la veille de sa passion. Il ne répond pas aux accusations durant son procès. Il n’oppose pas de résistance aux violences qu’on lui inflige. Il brise le cercle vicieux de la haine et de la vengeance. Il va jusqu’à pardonner ses bourreaux ou plutôt il demande à son Père de les pardonner « car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc23,34) Le larron condamné à mort sur la croix à ses côtés est le premier à entrer au paradis. Les pauvres sont premiers dans le Royaume (Lc6,20) et « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Lc18,25) Tout est inversé. De plus, à l’achèvement des temps, « le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance ». (1Cor15,24) et « le dernier ennemi qu’il aura anéanti, c’est la mort » dit encore l’apôtre Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens.
Si l’Eglise célèbre le Christ-Roi le dernier dimanche de l’année liturgique, c’est pour mieux signifier la portée de la résurrection et l’avenir qui s’offre à nous. Nous sommes tendus vers l’accomplissement des temps. Nous confessons que le Christ est le chef de l’humanité nouvelle, lui qui va rassembler toute l’humanité en lui pour la mener au Père. Ainsi le Christ récapitule toute chose comme le dit magnifiquement la lettre aux Ephésiens : Par la grâce manifestée dans le Christ (…) Dieu le Père a dévoilé sa volonté et sa bonté : il va « mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre ». Le Christ est roi ; il nous guide. « Il est la tête du corps, la tête de l’Eglise » (Col1,18) Ainsi, « en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance (…). Il se construit dans l’amour ». (Eph4, 15.16).
Célébrons dans la joie le Christ roi. Désirons de tout notre cœur que son règne vienne comme nous le répétons chaque jour dans la prière du Notre Père. Demandons la grâce d’être vraiment « un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap1,6). Amen !
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.