Au cœur de la célébration du baptême, il y a la bénédiction de l’eau : moment important qui précède la profession de foi et le baptême lui-même. J’apprécie particulièrement ce moment, surtout si des enfants contribuent à remplir la cuve baptismale. Ce n’est pas sans émotion que je prononce la bénédiction en disant : « Maintenant, Seigneur notre Dieu, regarde avec amour ton Eglise et fais jaillir en elle la source du baptême ». L’Eglise, ce sont alors les parents, les parrains, marraines, les familles, les amis, les paroissiens présents, notamment ceux qui ont préparé le baptême en amont. Si ces personnes prêtent attention, elles entendent qu’ils sont l’Eglise et c’est touchant, car cette Eglise est composée de baptisés de tous âges, pas toujours fervents, une Eglise accueillante à des parents et des amis qui ne sont pas croyants ou qui sont d’autres religions. Le rituel leur fait prendre conscience que l’Eglise est composée de pierres vivantes, comme le dit l’épitre de Pierre. Elle est le Peuple de Dieu, le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit comme le Concile Vatican II l’a mis en valeur. L’Eglise est née de la sainte Trinité. Comme elle, elle est communion, unité dans la diversité. Ainsi, lorsque nous célébrons la dédicace des églises dont on ne connaît pas la date de consécration, nous ne célébrons pas des vieilles pierres ou des briques, si belles soient-elles. Nous célébrons le peuple vivant de Dieu qui se réunit ici depuis de nombreuses années, voir depuis plusieurs siècles. Nous célébrons le mystère de l’Eglise, témoin de la mort et de la résurrection du Seigneur, appelée à annoncer l’évangile de l’amour de Dieu. Dieu habite au milieu de son peuple. Plus encore, il vient habiter en chacun d’entre nous lorsque nous laissons résonner sa Parole et communions au corps sacré du Ressuscité. La liturgie en langue portugaise l’illustre bien : « O Senhor esteja convosco ». “Ele esta no meio de nos”, il est au milieu de nous.
L’Eglise ne se réduit pas aux églises, ni même à la messe. Elle vit par le témoignage et les engagements multiples des chrétiens à travers le monde. Avec les successeurs des apôtres et leurs collaborateurs prêtres et diacres, elle s’enracine sans cesse dans l’amour de Dieu révélé tout au long du cheminement d’Israël et manifesté en Jésus Christ. Voilà pourquoi, nous lisons et relisons la Parole de Dieu, ancien et nouveau Testament. Nous prions avec les mêmes psaumes que nos amis juifs. Nous les prions comme Jésus les priait avec ses disciples. Nous les prions avec le Christ Jésus en embrassant toute l’humanité que Dieu aime et veut sauver.
L’Eglise est fondée sur le Christ. C’est lui qui est « la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu. » (1P,2,4) nous dit celui qui le premier a reconnu l’identité de Jésus : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (Mt16,16) C’est alors que Jésus lui a donné le nom de Pierre et a promis de bâtir son Eglise sur cette pierre de fondation.
Parfois j’entends certains parler de l’Eglise, institution, qui aurait tous les torts, bien loin de l’Eglise authentique qu’ils estiment représenter. Ce n’est pas une vision chrétienne de l’Eglise ; au mieux une vision de sociologue qui ignorerait tout de l’expérience de foi. L’Esprit saint, le même qui relie le Père et le Fils, circule entre nous et nous anime. C’est lui qui nous permet de vivre en enfants de Dieu et en frères et sœurs. C’est lui qui nous permet d’aimer comme Jésus et d’agir en fonction du Royaume qui vient. C’est lui qui crée l’unité de l’Eglise dans la fidélité au témoignage des apôtres et dans la diversité des baptisés qui la composent à travers les différentes cultures du monde.
Frères et sœurs, aimons l’Eglise. Aimons-la comme notre mère. Elle nous a engendrés dans la foi. Aimons-la même si elle nous paraît parfois vieille et fatiguée. Aimons-la comme notre famille et même davantage. Nous en sommes membres. Nous vivons en elle et avec elle la formidable aventure du salut en Jésus Christ. Aimons l’Eglise répandue dans tout l’univers autour du pape et des évêques. Aimons notre Eglise diocésaine de Lille. Aimons notre paroisse et prions pour elle. Pour qu’elle soit toujours plus accueillant, plus vivante, plus fraternelle. Demandons-nous comment prendre part concrètement à sa mission, à la mesure de nos capacités et de nos charismes.
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.