Antienne : « Elle est vivante, efficace, la parole de Dieu : elle juge des intentions et des pensées du cœur. »
A première vue, le message est clair : il faut persévérer dans la prière. Tenir bon. Répéter ses demandes avec insistance et on finira par obtenir gain de cause.
Ça serait trop simple. Beaucoup s’y sont essayé sans succès. Ils ont beaucoup prié et font l’amère expérience de ne pas avoir été exaucés. Qu’est-ce-à-dire ? Dieu est-il sourd ? Ou indifférent à nos soucis ? Leur prière était-elle mauvaise ? Autant de questions qui nous turlupinent et parfois même nous conduisent à douter de Dieu.
Ecoutons bien la Parole de Dieu de ce dimanche. Comme l’écrit Paul à Timothée : « les Saintes Ecritures ont le pouvoir de communiquer la sagesse. » (2Tm3,15). Et que nous disent-elles ? Prie sans te décourager, lève les bras au Ciel sans faiblir et comme Moïse soutenu par Aaron et Hour, et tu obtiendras la victoire en gardant les bras levés vers le ciel (Ex17,8-13). Comment comprendre cela ? Faut-il à ce point insister pour que Dieu exauce ? Tiendrait-il une comptabilité de nos prières ? La prière exaucée est-elle la récompense d’un Dieu exigeant et comptable. Ce n’est pas ce que nous savons de lui qui aime gratuitement. Qui est riche en miséricorde (Eph2,4). Il connaît les souffrances de son peuple, il a vu sa misère (Ex3,7). Il n’a de cesse que nous entrions dans sa justice, que nous accomplissions sa volonté. Ainsi, notre prière sera exaucée si nos demandes vont dans le sens de Dieu. Elles seront exaucées, non parce que Dieu ferait les choses à notre place mais parce qu’en nous tournant avec confiance vers Dieu, en lui présentant nos attentes en vérité, nous finirons par agir avec la force de l’Esprit Saint. Comme le dit Saint Augustin dans une lettre adressée à Proba, une veuve de Rome qui l’interrogeait sur la prière : la prière stimule notre désir, elle dilate notre cœur et le fait vibrer aux intentions de Dieu. Persévérer dans la prière, nous permet d’accueillir la grâce de Dieu dans un cœur purifié, débarrassé de ce qui nous encombre et nous pollue, pour accorder nos actes à la volonté de Dieu et du Royaume qui vient. Ne nous méprenons pas : la prière riche en miséricorde chrétienne ne consiste pas à amadouer Dieu et à la convaincre de nous être favorable. C’est ainsi que les païens la conçoive. La prière du chrétien s’inscrit dans la relation de confiance avec le Dieu, Père de toute bonté qui veut nous sauver. La prière ne transforme pas Dieu qui est parfait, la prière nous transforme. Elle nous dispose à accueillir la grâce de Dieu. Et la plus grande grâce qu’il nous fait, c’est d’être ses enfants. En Jésus ressuscité, toute prière est exaucée car la puissance de l’amour l’a emporté sur la violence et la mort. Le péché a été vaincu une fois pour toutes. Toute justice est accomplie. En Jésus, nous sommes exaucés. Voilà pourquoi l’évangile d’aujourd’hui, après nous avoir invité à prier sans relâche à l’image de cette veuve qui implore le juge inique, nous soumet une interrogation : « Le Fils de l’homme, lorsqu’il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Une foi tendue vers l’avènement du Fils de Dieu, une foi ardente qui rend grâce à Dieu d’avoir été exaucée dans le Christ. Une foi ferme qui ajuste sans cesse notre prière à la volonté de Dieu.
Avant d’être un exercice spirituel ou de s’exprimer dans de belles formules, la prière est l’expression de la foi. Elle est une attitude de confiance, l’expression d’un désir qui rejoint le désir de Dieu. D’un Dieu qui aime tous les hommes et veut les sauver. D’un Dieu qui a fait alliance avec l’humanité et nous a donné son Fils, vainqueur de la mort. Sans hésiter, c’est à lui que nous pouvons confier notre prière. Il intercède pour nous auprès du Père et donne l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. (Lc11,13).
Père Bruno CAZIN, curé des Paroisses Saint-Martin et Saint-Charles-de-Foucauld, doyen de Roubaix.